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« L’AFFAIRE » MÉLENCHON

Hier je postais le Facebook live en direct de sa perquisition. Sans prendre position, juste en constatant l’hallucination générale. J’ai vu comment parmi vous certains plongeaient, promoteurs de leurs opinions, campés sur leur vision du monde et c’est normal, vous n’allez pas camper sur celle d’un autre. Je trouve cette histoire fascinante et belle. Grandeur et décadence d’un être humain pétri de contradictions, et c’est ce que j’aime chez l’Homme en général : ses contradictions. Je crois qu’on peut être sincèrement en colère et défenseur des petits tout en se sentant sacré et occupant un appartement bourgeois. Je crois qu’on peut dédier son combat depuis trois décennies comme un ours acharné tout en flirtant avec les limites du système et jouissant discrètement des avantages acquis. Chaque jour, chacun de nous marche dans les pas de ses contradictions. En scooter je dépasse douze voitures au feu rouge en mordant la ligne blanche allègrement tout en insultant le mec qui vient de passer à l’orange-rouge vif ou consulte son téléphone, ce que je fais régulièrement aussi, mais moi j’ai le droit. Je m’insurge contre ces enfoirés qui polluent la planète mais je vis et consomme du plastique, du pétrole, des produits lointains dont j’ignore tout, je ferme les yeux sur mes achats peu durables, il m’est arrivé mille fois de jeter des mégots, de ne pas finir mon assiette et de jeter de la nourriture mangeable à la poubelle tout en pestant sur la faim dans le monde et en likant ceux qui luttent contre cela. Je crois que Mélenchon est sincère dans ses contradictions, qu’il se sent légitime à exiger que les députés soient jugés comme les autres, et qu’il se sent injustement perquisitionné quand c’est de lui qu’il s’agit car, de son point de vue d’individu se pensant sincère, c’est évidement injuste. Ensuite, le type est un bon vieux singe de la politique et des médias, biberonné au complot du David contre Goliath ; l’argument du « on veut nous faire taire » est aussi classique qu’un 4-4-2 au football. C’est presque une seconde nature, un réflexe. Alors muni de tout ce qui lui reste, un smartphone, on voit l’homme blessé extirpé de sa tanière. Toutes proportions gardées, ça m’a rappelé les images de Saddam Hussein qu’on allait pendre ou Khadafi avant son lynchage. Sauf que là c’est voulu, maitrisé, le rebelle au milieu de l’ordre qui crée le désordre et s’en plaint. Fascinant. Mais mal éclairé, mal filmé, il se désacralise en invoquant le sacré. Il hurle à la violence en bousculant un policier. L’Homme, pétri de contradictions, est en direct live de sa descente, à bout de logique. Les contradictions de Mélenchon sont à la fois attachantes et effrayantes. J’ai toujours aimé ce type pour sa culture, sa gouaille et son mauvais caractère, comme j’admirais MacEnroe ou Eric Cantona. Mais j’ai toujours eu peur de ce type, pour son romantisme aveugle, sa régulière suffisance, son enfermement idéologique qui m’a toujours donné l’impression d’être son ennemi avant même d’avoir ouvert la bouche, parce que né à l’ouest, avec particule, plutôt libéral, un peu entrepreneur, blanc et sans problème pour présenter mes papiers : avec lui je suis exclu d’emblée de la possibilité d’être un type bien parce que venu au monde du mauvais côté de sa vision du monde. Alors quand je le vois lui, se débattant terrorisé et exalté dans les sables mouvants de sa perquisition, dans cet appartement de sénateur, implorant le combat de ses camarades, je réalise que Mélenchon est une énorme dissonance cognitive à lui seul et que c’est sans doute ça son problème éternel. N’étant pas spécialiste de la chose politique, je me concentre toujours et encore, par goût, sur la chose humaine. Et la chose Mélenchon est fascinante, dramatique, touchante et désormais fragilisée car il vient vraiment de se montrer gesticulant, touchant mais pathétique, tout petit quand même, lui qui depuis si longtemps s’imagine tellement grand. Il lui faudrait un peu de repos, de l’amour et des couchers de soleil en famille. Cool. Zen.