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Être gentil jusqu’au moment de ne plus l’être…

Par @Vinvin

Avant c’était plus simple. Il y avait les méchants et les gentils.

FourgonLes gentils étaient protégés par la police et par l’armée. Les méchants étaient faciles à reconnaître, ils avaient un uniforme allemand ou des costards à la Audiard. En cas de pépin, les gentils appelaient soit la police qui arrivait en fourgonnette de boulanger itinérant, soit l’armée qui se retrouvait encerclée. Les gentils se planquaient en attendant des jours meilleurs – ça sert à ça les gentils. Quand les soldats gagnaient, grâce à des héros américains et des résistants communistes-mais-pas-que, les gentils les embrassaient et on dansait toute la nuit en mâchant des chewing-gums.

Telephone rougeEnsuite sont arrivés les combats froids. Une guerre d’intimidation à base de j’en-ai-une-plus-grosse-que-toi et si tu dépasses la frontière je te fais un Hiroshima pour toi tout seul. Planque tes missiles abruti, tout le monde t’as vu mon cochon, il n’y a pas de Baie qui tienne : détente ! Les murs tombant, la guerre s’est réchauffée et chacun a pu garder les moutons ensemble en faisant prospérer le petit commerce. Pendant quelques temps la pistole est restée en haut du placard, pour bien profiter des Glorieuses et faire péter la carte bleue.

Et puis un jour, il faudrait retrouver où et quand, la matrice est devenue floue… Le méchant s’est dilué, il a muté, il s’est glissé en intraveineuse. Aujourd’hui il est partout ; et nulle part. Il frappe par petites touches, qui d’un dessinateur de presse, qui d’une reporter en direct, d’un wagon, d’une école d’adolescentes, d’un lycée, d’un cinéma, d’un marathon, d’un musée, d’une mosquée, d’une synagogue ou d’une église, qui de quoi mais ou et donc or ni car. Il est noir, blanc, jaune ou vert, athée ou croyant, mais il a un flingue, une caméra et une page Youtube. Le mytho-mégalo-psychopathe a vu tous les films et il s’est vu dedans. Tout seul, il met le monde à ses pieds le temps d’un selfie et d’un JT, avant de se faire broyer dans l’oubli comme Mickael Vandetta.

marqueyssac_bastionDu coup quand t’es un gentil con-con, comme 90% de la planète, tu appelles qui ? Un drone ? Le drone c’est sympa, ça vole en stationnaire et ça filme les plus beaux jardins de France pour Stéphane Berne. En revanche, le drone que tu as acheté 90€ chez Auchan à Noël il s’est écrasé sur le toit une heure après l’avoir sorti de sa boîte. Sinon, pour les drones de guerre, ils marchent pas mal pour buter du Taliban récalcitrant, mais ils sont nuls pour l’intérieur des musées, rapport à la hauteur sous plafond.

Ça laisse comme une impression d’impuissance, un petit goût amer, une sorte de voile sur un bonheur possible, car oui, le bonheur est possible ! (si l’on considère qu’il n’y a pas de crise financière, ni morale, ni politique, ni religieuse, ni sociale, ni rien. Les indicateurs sont aux verts parait-il, pendant que les dépressifs sont au rouge. Hips). J’en étais où ? Ah oui, les gentils et les méchants. Solution ! On renforce la surveillance. Grâce aux renseignements, la prochaine fois qu’un mec qui s’appelle Flanagan envoie un fax de 20 pages quelque part on l’oblige à lire un roman de James Joyce, en anglais dans le texte, assis sur le crâne d’Eric Ciotti préalablement enduit de vaseline Morano, la vaseline qu’il vous faut. Ça ne le tuera pas (le méchant) mais on gagnera du temps… Mais je sens que je m’égare.

Trêve de plaisanterie ! Hier avec le coup de ces morts en direct, comme tout humain normal je me suis une fois de plus demandé comment on en était arrivé là… À chaque fois je me dis qu’on a atteint les limites, et une semaine plus tard elles sont à nouveau franchies. Le méchant tape comme la foudre en forêt, ici ou là (comment savoir ?), et il te le raconte en live avec sa tête de noeud. Il te prend à témoin et tu n’as pas d’autre choix que de le supporter, sauf à couper toute liaison avec le temps réel. Après tu l’évacues par tous les pores de ton corps, mais le mal est fait. Il va falloir vivre avec ça, une peur permanente, une trouille statistique, c’est comme l’Euromillions mais avec la mort au bout, même si t’as pas envie de jouer…

suricateContre cette roulette russe grandeur mondiale, en ces temps d’héroïsation des héros héroïques, on nous invite à nous responsabiliser. Ouvre les yeux petit scarabée, renifle le parfum de dynamite, écoute le bruit d’un chargeur qui s’enraie, reconnais le sac de contrebande, dénonce le voisin trop bruyant… Je taquine mais il y a un truc quand même… Il va peut-être falloir vivre autrement, en réapprenant les bases de la survie, trop longtemps déléguées à la police et à l’armée ? Ne plus se contenter de se figer devant le JT, mais refaire appel à nos réflexes reptiliens ? Se réarmer, et je ne parle pas des armes à feu mais de notre capacité à sentir, anticiper, esquiver, fuir au lieu de combattre et inversement…  Est-ce une régression de notre humanité ? Une défaite de la pensée des Lumières ? Un juste retour des choses ? Un cycle ? Une étape ou un nouveau départ ? La ré-acquisition d’une certaine autonomie dans la survie trop longtemps déléguée ? Je n’en sais rien et ça me fait peur.

Pour aller plus loin dans ces questionnements, j’ai décidé d’aller discuter très sérieusement avec un spécialiste de la self défense et bien plus que cela, un type qui a bossé en espaces très secrets secrets, qui forme des mecs qui forment des mecs qui forment des machines de combat, une sorte de Jedi. Je suis en cours de discussion avec lui car je n’en resterai pas là sur ce sujet qui m’intrigue et me passionne. On se fera un Hangout tous ensemble si ça vous branche, pour discuter sérieusement de ces histoires de sécurité, d’héroïsme, de préparation, d’armes ou pas d’armes, de comment vivre en paix dans un monde si violent… Je vous tiens au jus.

J’ai l’impression que si nous, les con-cons, ne reprenons pas la main, on n’a pas fini de commencer.

Musique de film, symphonie, larmes d’émotion, canette de bière.