Archives pour la catégorie SOCIÉTÉ

Paysans : des vies sans star.

Par Marion

Reprendre la main sur ce que l’on mange. Ce que l’on mange nous constitue.

michel-guerard-poids-lourd-de-la-dietetique-en-aquitaine,M163386Depuis les années 80, la nourriture – ce que l’on mange et comment on le mange – est devenue l’objet de toutes les attentions et de toutes les médiatisations. J’ai notamment en mémoire Michel Guérard (photo), parmi les premiers à lancer sa cuisine minceur et une boutique place de la Madeleine à Paris. Les cuisiniers sont devenus peu à peu des stars internationales, passant de la cuisine au petit écran, en profitant pour générer de nombreux produits dérivés. Dans cette mouvance, les artisans de la gastronomie ont travaillé leur image et nous avons vu naitre des stars chez les bouchers, les fromagers, les traiteurs, etc. La nourriture inonde nos médias traditionnels et nos réseaux sociaux, le #Foodporn devenant même pour certains un bien meilleur moyen de briller en société que la mode !

AnaisDans cette chaine alimentaire, les seuls qui n’ont pas saisi à bras le corps cette vague de reconnaissance en sont le premier maillon, le maillon essentiel sans lequel rien ne se ferait : les paysans. Pourquoi nos paysans, à quelques très rares exceptions, n’ont-ils pas réussi à devenir des stars de la bouffe comme tous les autres ? Il y aurait pourtant des candidats « naturels », comme Jacques Abbatucci et sa vache tigre en Corse, Asafumi Yamashita et ses légumes extraordinaires ou encore Anaïs Kerhoas (photo) et ses plantes médicinales. Je suis triste que la majorité des paysans que l’on entend ne soit pas plus fière de ce qu’ils produisent. Quelle misère que leur seule médiatisation se passe autour d’amours pathétiques scénarisés sur fond de James Blunt ou de tonnes de fumier déversées devant des préfectures aux grilles fermées.

SAVOIR FAIRE BIEN ET BIEN FAIRE SAVOIR

Il y a, à la source de ce qui nous constitue, un savoir faire et un métier qui sont en train de s’enliser dans des normes, des quotas, des rendements. Et c’est pourtant, sans doute, le plus important de tous les métiers. Comment faire pour leur redonner envie de nous nourrir bien, mieux, avec plaisir et fierté ? Et que ça se sache.

Marion

Il y aura trois mondes.

Par Vinvin

La technologie va tellement nous habiter qu’elle va disparaître… De notre vue.
C’est ce que je retire de la lecture de ces deux articles qui m’ont interpellés hier…
Le premier article raconte la passionnante aventure entrepreneuriale de Rand Hindi et le deuxième est une interview de Rafi Haladjian , inventeur en son temps de Nabaztag et créateur aujourd’hui de l’objet connecté-domotique Mother.

MOTHERSi j’ai bien tout compris à ces deux lectures, le monde qui s’annonce sera tellement connecté et simplifié que l’on ne s’apercevra plus de rien. Les données circuleront de façon indolore. L’intelligence embarquée se fera discrète pour ne rien nous imposer. Comme si la phase d’utilisation consciente et rébarbative des machines telle que nous la vivons aujourd’hui n’allait être qu’une étape intermédiaire qui nous paraîtra dans dix ans aussi archaïque qu’un vieux walkman Sony. Les objets redeviendront objets, une casserole sera casserole et une brosse à dents… Brosse à dents. Dans ce monde idyllique d’apparence « re-déconnecté », des milliards de données passeront de l’homme à l’objet et de l’objet à l’homme sans qu’on n’ait plus à se soucier du mode d’emploi, du système d’exploitation et de la puissance du processeur.

IL Y AURA TROIS MONDES.

Premier monde, la plus grande masse : les Connectés. Les connectés sont les utilisateurs bienheureux d’une technologie de plus en plus performante et discrète. Des humains protégés, à la vie simplifiée, accompagnés et servis avec intelligence, anticipation et précision. C’est nous tels que nous sommes aujourd’hui et tels que nous serons peu à peu, nous habituant à l’idée comme des grenouilles s’accoutumant à l’eau chaude dans la marmite… Les plus pauvres économiquement feront partie de ce premier monde, se connectant à crédit, grappillant comme ils pourront leur kit de survie « smartphone-voiture-domotique », pour ne pas se laisser distancer par la grande marche de l’humanité.

Elon-MuskDeuxième monde : les Concepteurs. Détenteurs de cette technologie, marionnettistes fortunés, ingénieurs savants, entrepreneurs que l’on dit de génie, visionnaires investis à qui l’on va confier notre confort. De plus en plus équipés en Intelligence Artificielle, baignés par la Biotechnologie et les Nanotechnologies, les Concepteurs vont devenir une caste à part entière : ceux qui comprennent et organisent le monde. Les Concepteurs compteront les points, les données et les dollars…

Et enfin le Troisième monde. Les Volontaires. Déconnectés par principe, résistants à l’immense matrice invisible et indolore, soucieux de préserver leur illusion de liberté, ils seront les fruits d’une rébellion philosophique revendiquée qui devra inexorablement se radicaliser. Car dans cette gigantesque carte à puce que va devenir notre humanité, une seule connexion sera suffisante pour entrer dans le système. Et comme personne ne vendra plus d’appareils déconnectés, il faudra réapprendre à se servir d’objets inanimés, sans doute se cacher des capteurs en tous genres, d’images, de sons, de parfums…Dans ce monde-là les casseroles seront juste des casseroles, les frigos seront vieux, froids et isolés, les voitures seront des vestiges carburant à l’huile frelatée et roulant sur des chemins de traverse inaccessibles en voiture sans chauffeur. Une liberté inconfortable, sans doute anachronique, jugée désuète et ridicule par l’ensemble du monde confortable. Les Volontaires ne feront peur à personne avec leurs arcs à flèches et leurs solex. Ils seront considérés comme les descendants des beatniks, des rêveurs, des attardés refusant le progrès.

3092036271_1_3_6jAVK0NYLa question maintenant, c’est : dans lequel de ces trois mondes vivrez-vous ? Et vos enfants ?

Je me transforme en légume…

REPRENDRE LA MAIN sur ce qu’on mange.

croissantsJe dois vous avouer qu’à la base, l’alimentation n’est pas mon sujet de coeur.
Plus jeune et célibataire j’étais le roi du « grillado » surgelé, une sorte de steack haché avec des petits oignons incorporés, mélangés avec des coquillettes agrémentées de béarnaise : une tuerie. Il n’était pas rare que j’accompagne ce plat d’excellence d’un petit verre de rouquin. Pour le dessert, j’aimais particulièrement tremper une barre de Crunch dans un café Liégois, un vrai délice. Aujourd’hui encore, quand personne ne m’observe, mon petit déjeuner idéal c’est un croissant au beurre bien gras un peu tiède avec plusieurs morceaux de beurre en plus, et une grosse dose de lait concentré sucré qui déborde et coule sur les doigts, le tout trempé dans un bol de cacao pas bio du tout.
Mais ça, c’était avant.

Parce que la dame avec qui je vis a patiemment repris tout cela en main, année après année, par petites touches d’abord discrètes puis franchement grossières, et aujourd’hui ça ne déconne plus en terme de santé-bien-être-bio-pas-saucer-le-pain. À force de glisser des légumes un peu partout dans les repas, ils ont même fini par pousser dans le jardin. Nous avons désormais ce qu’on appelle communément un potager. Un potager, quoi ! Le machin aves des légumes qui poussent, ou pas. Rien que de l’écrire j’ai l’impression de prendre une verveine en compagnie d’un trio de joueurs de bridge octogénaires, des potes âgés en quelque sorte.

Charles-2Le jardin potager, c’est pour elle un combat philosophique, alors j’ai l’air de me moquer mais je la suis, et de plus en plus. Depuis quelques mois elle me fait lire des livres qui parlent d’agriculture, de graines, de boutures, de buttées, de pluie et de traction animale. Je me suis même surpris à kiffer la lecture de « La permaculture* » (définition en bas de ce post), écrit par Perrine et Charles Hervé-Gruyer (photo), les spécialistes français du machin. Poussant la curiosité à son comble, nous sommes allés il y a quelques semaines, en famille, visiter leur ferme du Bec Hellouin : un miracle de culture et de rendement à taille humaine, sans pesticide, sans machine à moteur ou presque. Leur journée porte ouverte a explosé les compteurs, preuve que tout le monde commence à réfléchir dans son coin à des solutions propres et « dont on sait d’où ça vient ».

Alors pourquoi la ferme du Bec Hellouin est-elle une expérience de ouf ? Je laisse ma dame vous expliquer parce que je ne suis pas encore ce qu’on appelle un Jedi dans le domaine…

permaculture1« La ferme biologique du Bec Hellouin, c’est TRÈS beau et c’est TRÈS bon ! Perrine et Charles Hervé-Gruyer étaient tout sauf des paysans quand ils ont démarré cette aventure il y a 6 ans. Ils ont mis beaucoup de cœur et de beauté dans ce projet. Aujourd’hui, la ferme produit des légumes et des fruits délicieux qui poussent ensemble et mélangés sur une même ligne, permettant à chacun de profiter des richesses des autres. Résultat : les récoltes sont super gouteuses et riches en nutriments. L’INRA a validé la très grande productivité de ce mode de culture au Bec Hellouin et grâce notamment à l’enseignement qui y est dispensé, la permaculture se répand – doucement – en France ».

Vinvin-concombre-2Ok, merci madame. Du coup on a commencé à faire notre petit Bec Hellouin à nous. Tomates, courges, concombres, haricots et patates. J’avoue, c’est super marrant. Pour le gros urbain que je suis, REPRENDRE LA MAIN sur ses légumes, c’est un peu magique. Et il y a peu nous avons mangé notre premier concombre ! Tremble Leclerc, pleure donc Auchan, l’alternative est là ! Trois courges et deux patates, c’est un début mon pote ! (Bon, sur cette photo le concombre a pris des libertés que nous ne nous expliquons pas…).

Bon allez, on rigole, on rigole, mais quelque chose me dit qu’on n’en pas fini avec ce potager ; je viens de ramener une douzaine de planches de chez Brico, j’y vois comme un signe…

*Permaculture (Wikipédia) : La permaculture est une méthode de conception d’habitats humains et de systèmes agricoles inspirée de l’écologie naturelle (biomimétisme) et de la tradition. Elle n’est pas un mode de pensée mais un mode d’agir qui prend en considération la bio-diversité des écosystèmes. En outre, elle vise à créer une production agricole durable, très économe en énergie (travail manuel et mécanique, carburant…) et respectueuse des êtres vivants et de leurs relations réciproques, tout en laissant à la nature « sauvage » le plus de place possible.

Soleil-Potager-Cahier

Comment se préparer dès maintenant à la Résistance contre les machines tueuses ?

Attention les amis, je ne parle même pas de machine autonome décidant de butter l’humain par elle-même, sur ce sujet les avis divergent sur la date mais convergent sur la perspective : nous sommes universellement tellement niais que nous y arriverons ; ce n’est pas pour demain, mais nous y arriverons.
Non, je parle des machines « presque » autonomes, avec un humain derrière.
Et là, on y est déjà.

795643-une-libe-robots-tueursHier, Libération faisait sa Une sur ses angoisses techno-alarmistes face aux armes autonomes, preuve que le sujet devient mainstream. Vous verrez que sous peu les robots-killers remplaceront au palmarès des marronniers le pouvoir des franc-maçons ou le classement des hôpitaux de France. En attendant nous sommes quand même un certain nombre à nous inquiéter de l’évolution du marché de la mort automatisée. Savoir qu’Elon Musk, Steve Wozniak, Stephen Hawking et un bon millier d’experts en I.A. s’angoissent sur le sujet n’est pas là pour réconforter mes vilains pressentiments.
Dans leur lettre ouverte, ces sommités demandent « d’interdire préventivement les armes autonomes offensives sans contrôle significatif d’un être humain ».
Et là : je m’inquiète. Parce que si la solution pour nous sauver des robots tueurs, c’est « le contrôle significatif d’un être humain », alors autant dire que c’est mort. Plié. Kaput. On l’a dans le derrière. Autant j’aurais pu faire confiance à un T1000 autonome bien programmé, autant s’il y a un humain dans le coup nous sommes farcis. Pour peu que cet humain ait à sa disposition un attirail législatif de type Loi de Surveillance ou un truc de ce goût-là, alors là ce serait le pompon ! Heureusement qu’on n’a pas cela chez nous… Hein ? Si ? Ah merde.

bateauDu coup je m’inquiète, parce que je ne suis pas Isaac Asimov ni Alain Damasio, mais si je me projette un peu, j’imagine bien que les robots, qui ne sont que des carcasses métalliques avec du soft dedans (comme des aspirateurs, mais en plus agressifs), s’appuieront sur des données froides pour agir : ils obéiront à des tâches programmées via les datas. Ils devront croiser les données pour, par exemple, supprimer tous les hommes à peau noire entre 20 et 50 ans sortant de l’eau sans papier sur les côtes méditerranéennes. Une politique des quotas d’un genre nouveau, une sorte de tri dynamique d’intérêt général qui devrait plaire à Eric Ciotti, c’est quand même plus efficace que de détruire les bateaux des passeurs Libyens.

Revenons à un exemple plus calme. Je suis au gouvernement, je n’aime pas trop les gens qui critiquent le système, ils sont une menace pour ma démocratie, c’est mon appréciation et c’est moi qui possède le « contrôle significatif ». J’envoie donc mes robots-aspirateurs « regrouper » les empêcheurs de gouverner en rond, en faisant du porte-à-porte à la recherche de toutes les Sarah Connor en herbe. La scène se passe en octobre 2028.

« Bonjour vous êtesterminator_01 Cyrille de Lasteyrie ? »
– Oui…
– Veuillez me suivre, vous êtes accusé d’avoir critiqué le gouvernement à partir du 7 mai 2017 à 20h04 et plus de 2846 fois depuis, contrevenant à la Loi de Renseignement de juillet 2015.
– Moi ? Noooooon. On m’a piqué mon mot de passe.
– Vous mentez, votre pouls est de 234, votre taux de sudation est de 65% et votre voix est plus aigüe de 43%.
– P’tain vous déconnez pas vous ? Je peux prévenir ma femme, elle fait les courses.
– Votre femme est déjà au Centre de Traitement des Menaces pour la Sécurité de l’Etat, elle vous attend…
– J’arrive ! Je prends un pull et j’arrive…
– Cette tactique de fuite élémentaire a été utilisée 8215 fois le mois dernier : ne tentez pas de partir par la porte de service ni de vous munir d’une arme ou ne serions obligés de vous pulvériser.
– Ok. Je vois le genre… Vous êtes très méchant.

drones-for-sale1-550x300Après cela, on peut aussi imaginer une petite guerre entre robots buteurs de migrants et aspirateurs à rebelles. Pendant ce temps-là, nous tous, les amibes archaïques même pas augmentées, on comptera les points en attendant qu’on vienne nous buter chercher. Ça dépendra des fichiers dans lesquels nous serons rangés.

By the way, j’ai lu qu’Amazon demandait un couloir aérien pour ses drones. Ça va être marrant le ciel, quand les drones d’Amazon croiseront les drones de Greenpeace, les drones de Daesh, les drones de la police, le drone de Noël du gamin, et tous les autres drones… On aura les cervicales bloquées vers l’arrière à force de regarder le ciel en attendant d’être happés par Eagle-Eye-Cop, le drone qui t’arrache du sol parce qu’un jour t’as buté un lion qui s’appelait Cecil.

Ok.
Donc on fait quoi ?
On arrête de travailler sur l’IA ?
On se déconnecte pour sortir du radar ?
On fume des substances rigolotes en attendant qu’ils viennent nous chercher ?
On crée des commissions d’éthique ?
On crée des contre-robots ?

Là, tout de suite, maintenant, je n’ai pas de solution.
Si vous en avez n’hésitez pas à partager. Merci d’avance.

Homme-robot

Est-il possible de vivre en accord avec ses idées ?

Agricultural Fields on FarmNous nous posons la question chaque jour.

Si je m’écoutais je supprimerais tout de suite AMAZON de nos vies tant qu’ils ne paieront pas correctement leurs impôts en France. C’est ballot parce que j’aime bien Amazon.

Je supprimerais également toute alimentation ayant affaire de près ou de loin avec MONSANTO, soit parce que je crois que les pesticides sont la nouvelle bombe atomique, soit parce que la politique de copyright de Monsanto est hallucinante-ils-veulent-posséder-la-nourriture-mondiale-de-nous. Au passage, il faudrait également que je m’intéresse à toutes les marques chimiques, le problème c’est que j’ai fait des études de lettres et il va falloir que je m’en remette à des tiers de confiance pour savoir qui est gentil et qui est méchant. Le bémol avec les tiers confiance c’est qu’on ne connait pas bien leurs motivations, même en confiance…

Pour les HABITS, je ferais une enquête détaillée sur toutes les marques et les conditions de travail. J’irais ensuite témoigner à des colloques pour expliquer qu’il n’est pas acceptable que les très pauvres aient des boulots inhumains dans des usines surpeuplées à coudre des tee-shirts en amiante pour vingt centimes par mois. Ça paraît évident mais certains pensent que sans ces jobs ils crèveraient de faim davantage. Un débat houleux aurait lieu.

Il faudrait aussi que jKungFuPandae supprime le LAIT, ou en tout cas que je fasse gaffe, parce qu’on me dit dans l’oreillette que ce n’est pas si bon que ça. Il faudrait donc que je m’y connaisse pour faire la part du vrai et du faux. Alors autant je sais distinguer une vache marron d’une vache noir et blanc, autant quand j’ai du lait dans mon verre je suis comme une poule devant un cure-dent. Et puis qui me dit que cette poule sans cure-dent n’est pas chelou ? J’en sais rien moi ! Un poulet c’est un poulet. T’auras beau me mettre un label rouge sur le paquet, quand c’est plié et sans plumes ni tête ça ressemble à un poulet… Comment savoir s’il a bouffé du Roundup entouré de ses huit mille cousins entassés dans des machines sado-maso, ou s’il s’appelait Coco dans une ferme biologique tenue par un couple de hippies finlandais ayant migré dans le Larzac. Je n’en sais rien, ce n’est pas écrit dessus. Si ?

Côté INTERNET il faudrait rapidement que je me mette au code, au chiffrage, au hacking, à l’autonomie technologique, parce que je suis réellement consterné par la tournure que prennent nos libertés et nos droits. Le problème c’est que j’ai déjà du mal avec la règle de trois, je continue à la poser en me trompant. J’ai l’impression que ce n’est pas tout de suite que je vais protéger mes communications… Pourtant j’aimerais bien, vraiment. Je fais le rigolo mais je vais m’y mettre : j’ai commencé les cours de math de la Khan Academy, je viens de recevoir un mail de félicitations, je suis niveau quatrième aux Etats-Unis !

wauquiez-ciotti_scalewidth_460Si on parle POLITIQUE, normalement je devrais tout arrêter tout de suite pour m’engager parce que j’ai la moutarde qui monte au nez. Je ne peux plus voir un professionnel des plateaux en peinture ça me déclenche des palpitations. Toutes les raclures de fond d’alcôves, les récupérateurs de voix, les obscènes pourfendeurs de la vertu qui se drapent derrière leur corruption, ou l’inverse. Je voudrais que quelqu’un d’honnête et de courageux prenne les choses en main pour qu’on arrête de marcher sur la tête. Et je me dis qu’à part moi je ne vois personne en qui j’ai confiance, et encore. Le problème avec la politique, c’est qu’il faut serrer les mains et j’ai un petit blocage avec ça : j’ouvre les portes des toilettes avec mon pull pour ne pas choper les microbes… Ou alors il faudrait que je porte des gants mais ce n’est pas très convivial. Déjà que j’ai un nom à rallonge, si en plus je porte des gants sur les marchés, on va me traiter de snob, je le vois venir d’un coup !

Ensuite si j’allais vraiment au bout de nos idées, je sortirais mes enfants de l’ÉCOLE traditionnelle pour les élever totalement différemment. On ferait un tour du monde de deux ou trois ans pour comprendre l’Autre, découvrir des cultures, des modes de vie. On vivrait des moments uniques tout en conservant un lien avec l’apprentissage, via les MOOCS, les cours en ligne, les formules à distance… On devrait sacrifier un paquet de trucs mais j’imagine la richesse d’une telle expérience pour eux, et pour nous… Le problème c’est l’appart, le job, les sous, les potes, le confort, la Champion’s League et la soirée chez Lucas samedi soir… « Y’aura tout le monde ! »…
Alors le voyage chez les papous va attendre, je le sens bien…

Bref. Comment fait-on pour vivre en accord avec ses idées ?

FamilleInterrogation

Taxis/Uber pour les Nuls

ob_8605b3_taxi-driver-trailer-01

Alors.

Je résume.

Vous me direz si j’ai bien compris.

  • Les chauffeurs de taxi se font enfler depuis vingt ans par le système monopolistique discrètement mis sur pied par les taxis G7 Bleus qui parfois sont verts.
  • Si tu veux devenir chauffeur de taxi, tu fais la queue et ça te coûte un bras. Ce qui est mieux que l’inverse.
  • Une fois que t’es installé, et tandis qu’à la base tu étais quelqu’un de bien, tu deviens rapidement « un gros con de chauffeur de taxi ». Car il est évident que tous les chauffeurs de taxi sont des gros cons, comme il est évident que tous les noirs savent danser et que tous les homos sont cultivés. Ce qui se passe c’est que je MOI, PERSONNELLEMENT, JE me souviens du jour où le mec m’a enflé du coup c’est tout le métier qui prend. J’oublie les dizaines de fois où ça s’est très bien passé et où on a ri avec le chauffeur. Lui, c’était un gros con gentil. D’ailleurs j’aime bien quand je suis dans le taxi et qu’il prend le couloir de bus pendant que tous les gros cons d’automobilistes sont bloqués dans le trafic.
  • Et puis soudain d’autres chauffeurs arrivent. Notons que ces chauffeurs ne sont pas des vrais chauffeurs car ils n’ont pas de boite avec écrit Taxi sur le toit. Ça m’arrange bien parce que je n’ai jamais rien compris aux petites lumières jaunes et vertes, c’est quand c’est allumé que c’est libre ou quand c’est éteint ?

  • Ces chauffeurs sont gentils et proposent des bonbons. Ils ouvrent la porte. Ils te sourient. Ils te cirent les pompes. Ils parait même que y’en a qui font les devoirs des enfants et mettent la table. Une légende raconte que la nuit ils proposent un massage du périnée.

  • Alors ces chauffeurs-là ils sont soit dans la légalité, quand ils sont X, soit dans l’illégalité, quand ils sont Pop, ou l’inverse, j’ai pas réussi à fixer l’info. Je crois que ça dépend s’ils s’arrêtent pour attendre ou s’ils chopent le client à la volée, en ouvrant la portière et en gueulant de courir sur dix mètres pour entrer dans la voiture.

  • Ces chauffeurs-là sont des gens qui n’ont pas trouvé d’autre moyens pour survivre parce qu’il faut dire que la situation générale n’est pas folichone, notamment en terme d’argent. On pourrait dire sans se tromper, mais je ne garantis rien, que ce sont des gens aux situations précaires, qui ont investi dans un smoking made in Bengladesh et un abonnement chez Budget pour tenter de joindre les deux bouts en dehors de leurs heures de chômage.
  • Pour eux, la lumière est venue des States, grâce à la « sharing economy », l’économie du partage, qui permet d’auto-entreprendre (un auto-entrepreneur, c’est un entrepreneur qui fait travailler son auto) grâce à une appli et sans payer les taxes ringardes dont on n’a plus besoin parce que ça passe directement par une appli. La sharing economy, c’est l’art de partager sa misère sans passer par des méchantes entreprises ou administrations qui prennent leur commission au passage. Pour y parvenir, il suffit d’utiliser des applis créées par des gentilles entreprises qui prennent leur commission au passage, mais c’est pas pareil, elles sont gentilles parce qu’elles nous permettent de partager et de pas payer de commission au… hein ? Je sais plus.

  • Mais bon, je suis rassuré le gouvernement a frappé fort du poing sur la table, il a supprimé l’appli ! Et bim ! Ça me rappelle moi avec Candy Crush. Je le désinstalle tous les quinze jours parce que j’ai une volonté d’acier.
  • La société américaine qui prône la liberté des grands espaces libéraux de y’a-une-appli-pour-ça est une belle réussite et nous nous réjouissons pour elle. Si l’on ne se réjouit pas de cette belle réussite c’est qu’on est un gros con de français qui n’aime pas ceux qui font des belles réussites. Parce que c’est une belle réussite de dire à un Etat qu’il peut aller se faire voir chez les Grecs, que son appli elle est là et bien là et que je t’emmerde.

  • On a donc des précaires qui se font enfler par un monopole du XXème siècle (les taxis) qui tapent sur des précaires qui se font enfler par une innovation du XXIème siècle (les Uber), sous les yeux d’un Etat régi par des compétences du XIXème siècle, qui se fait enfler par tout le monde puisqu’à la fois les monopoles et les précaires lui pissent à la raie.
  • Notons au passage que les précaires se tapent dessus entre eux pendant que les monopoles prospèrent, youpla boom, c’est vachement bien foutu.
  • À ce stade de mon résumé je suis moi-même perdu. Je voudrais bien prendre fait et cause pour l’un ou l’autre, mais je n’y arrive pas.
  • Mais surtout là où je suis emmerdé, c’est que d’ici quelques années, les précaires taxis et les précaires pas taxis seront remplacés doucement et en souplesse par des précaires automatisés à l’intelligence artificielle, comme ces gros cons de taxi. Robots qui en ont rien à faire de joindre les deux bouts et qui pourront te masser le périnée pendant que tu joueras à Candy Crush, assis à l’arrière d’une voiture qui sent bon ton parfum sur mesure et qui n’a plus d’accident parce qu’en roulant à 30km/h avec des capteurs partout tu ne risques plus rien.

  • Je ne dis pas que ça ne va pas se faire sans un bain de sang, surtout que juste après les gros cons de taxis, les gros cons de médecins généralistes verront des applis diagnostiquer les maladies avec 1000 fois plus de précision, les gros cons de juristes verront des applis compiler les jurisprudences en 4/10èmes de seconde, les gros cons de journalistes verront des applis rédiger des articles avec bien plus de rigueur, et même les gros cons de financiers verront les softs leur demander de ne plus intervenir, s’il-vous-plait, ne touchez pas aux boutons vous risquez de tout faire foirer.

  • Ce jour-là Uber lui-même se fera Uberiser.
  • Et alors là, les amis, on se retrouvera tous comme des gros cons, Porte Maillot, pour chanter la Marseillaise en se demandant comment nous en sommes arrivés là ?
  • J’ai bien tout compris ?