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Bataclan : 6, Climat : 0 ?

Ces 15 derniers jours j’ai été négatif avec un paquet de trucs.
Hier j’ai été négatif à propos de COP21. Je sais, ce n’est pas bon pour le karma.
Mais mes désillusions sont le fruit de semaines et de semaines d’érosion , le tout bien pulvérisé le 13 novembre, et enfoui ensuite sous un tas de décisions que tout mon corps rejette. Un peu gavé en somme. Alors se plaindre ne fait pas avancer le bousin. Mais ça détend et on se sent moins seul…

Je reviens cependant sur COP21.

logoCOP21Ce qui est dingue c’est que des milliers de gens travaillent sur cet événement depuis des mois. Des gens qui ne comptent pas leur temps pour nous alerter et nous protéger. Des associations, des institutions, des particuliers, des universitaires, des chercheurs, pour qui le climat est l’enjeu des enjeux. Ces gens composent avec le politique car ils ont compris qu’ils n’avaient pas le choix. Ils acceptent d’avaler des couleuvres pour progresser d’un mètre, puis reculent de deux avant de recommencer. J’imagine à quel point les attentats, au-delà de la douleur partagée, ont dû les décourager, les creuser davantage. 130 morts dans un concert de rock, ça provoque une émotion presque reptilienne, d’une puissance dévastatrice dans la hiérarchie de nos peines. Il suffit de trois photos du Petit Cambodge pour pulvériser tous les arguments pour la planète. Alors que « le réchauffement climatique », c’est comme une thèse à lire, des images à construire, une projection intellectuelle à dessiner. On ne ressent pas les effets du réchauffement dans son corps, on ne visualise pas les conséquences dans le futur, la projection est abstraite. Le climat ne peut pas lutter contre le Bataclan, il est désintégré…

depression1Pour tous ces lanceurs d’alerte, qui gardent leur cap malgré cette tempête terroriste, lire nos statuts et nos tweets sur COP21, réducteurs, faciles parfois, ce sont autant de coups sur leurs gueules, sur eux qui se battent chaque jour pour y croire malgré l’indifférence générale. Bien sûr, ce ne sont pas eux qu’on vise quand on critique, mais dans le peu de temps que l’on prend à argumenter, débattre, développer nos colères, ils prennent dans le lot et puissance dix, car à leur désarroi se joint l’impuissance et l’abandon du public.

Résultat : COP21, qui devrait être notre cause à tous, devient le support de nos ressentiments.
C’est aberrant.

Le problème du climat est au coeur, et peut-être même à la source (entre autres) du problème terroriste. Dans les zones déjà touchées, les morts sont quotidiennes, plus nombreuses (mais moins spectaculaires), et elles créent des exodes effrayants. On se sent impuissant alors que des solutions existent. Plein. On les connait. Mais les gars qui dirigent, et les gars qui financent et influencent les gars qui dirigent, se protègent dans des bunkers pour s’accorder entre eux sur des compromis qui ne rejoignent pas toujours l’intérêt public planétaire. Du coup on est énervé, alors c’est reparti, ça relance la machine à plaintes, moi le premier, on s’emporte, on s’agace, on voudrait tout péter et on écrit des tweets assassins pendant que ceux qui bossent vraiment sur le climat se désespèrent… Et ainsi de suite… Cercle infernal. Stérile.

STOP !

J’en ai assez. Marre de cette inefficacité systémique.

Logo_PlacetoB-2Mon ami et ancien associé Gildas Bonnel, qui est (entre autres) responsable du développement durable à l’AACC, m’a invité à causer le 8 décembre à « Place to smile », qui se tiendra dans le cadre des actions « Place To Be » , et j’ai accepté. Ensemble et avec d’autres nous allons réfléchir à comment parler du climat pour intéresser les gens, même si ça continue de péter autour de nous et que nous rejetons ceux qui tiennent les manettes .
Comment communiquer sur l’urgence d’un problème dont on ne perçoit rien quand dans le même temps on perçoit l’inhumanité et le sang en direct et en images ?
Par soutien, amitié, ras-le-bol de ma complainte et surtout parce que le sujet est critique, je fais le pacte avec moi-même de mettre mes critiques sur COP21 de côté pendant tout l’événement ; nous verrons ensuite ce qu’il ressort de tout cela.
Je vous laisse, je dois y aller. Je dois traverser Paris à pied ils ont bloqué le périph’ ces enc… Pardon.
C’est parti.

Paysans : des vies sans star.

Par Marion

Reprendre la main sur ce que l’on mange. Ce que l’on mange nous constitue.

michel-guerard-poids-lourd-de-la-dietetique-en-aquitaine,M163386Depuis les années 80, la nourriture – ce que l’on mange et comment on le mange – est devenue l’objet de toutes les attentions et de toutes les médiatisations. J’ai notamment en mémoire Michel Guérard (photo), parmi les premiers à lancer sa cuisine minceur et une boutique place de la Madeleine à Paris. Les cuisiniers sont devenus peu à peu des stars internationales, passant de la cuisine au petit écran, en profitant pour générer de nombreux produits dérivés. Dans cette mouvance, les artisans de la gastronomie ont travaillé leur image et nous avons vu naitre des stars chez les bouchers, les fromagers, les traiteurs, etc. La nourriture inonde nos médias traditionnels et nos réseaux sociaux, le #Foodporn devenant même pour certains un bien meilleur moyen de briller en société que la mode !

AnaisDans cette chaine alimentaire, les seuls qui n’ont pas saisi à bras le corps cette vague de reconnaissance en sont le premier maillon, le maillon essentiel sans lequel rien ne se ferait : les paysans. Pourquoi nos paysans, à quelques très rares exceptions, n’ont-ils pas réussi à devenir des stars de la bouffe comme tous les autres ? Il y aurait pourtant des candidats « naturels », comme Jacques Abbatucci et sa vache tigre en Corse, Asafumi Yamashita et ses légumes extraordinaires ou encore Anaïs Kerhoas (photo) et ses plantes médicinales. Je suis triste que la majorité des paysans que l’on entend ne soit pas plus fière de ce qu’ils produisent. Quelle misère que leur seule médiatisation se passe autour d’amours pathétiques scénarisés sur fond de James Blunt ou de tonnes de fumier déversées devant des préfectures aux grilles fermées.

SAVOIR FAIRE BIEN ET BIEN FAIRE SAVOIR

Il y a, à la source de ce qui nous constitue, un savoir faire et un métier qui sont en train de s’enliser dans des normes, des quotas, des rendements. Et c’est pourtant, sans doute, le plus important de tous les métiers. Comment faire pour leur redonner envie de nous nourrir bien, mieux, avec plaisir et fierté ? Et que ça se sache.

Marion

Une pensée bio pour mes moines !

2boitesSeptFonsJe gardais le clebs à l’ombre pendant que le reste de la famille faisait les courses au supermarché. Je n’ai donc pas vu the Meuf choisir les produits qu’elle a glissés dans le caddy à l’insu de mon plein gré. C’est en rangeant les courses que j’ai découvert ça… (photo ci-contre)

AVInvin2BoitesSeptFonslors pour vous ce ne sont peut-être que deux boites de trucs chelous, mais pour moi ce sont des trésors. Si vous regardez bien, ce sont des boîtes qui proviennent de l’Abbaye de Sept-Fons. C’est dans cette abbaye au coeur de l’Allier que je vais chaque année depuis trois ans ; j’en avais parlé là lors de ma première déconnexion. J’écrirai un jour sur les bienfaits d’une retraite chez les moines, même quand on n’est pas en taquet en terme croyance. L’Abbaye de Sept-Fons est devenue pour moi une sorte de port d’attache, un lieu paisible qui existe quelque part et dont les pulsations me rassurent. Plus de 70 moines y vivent et y travaillent, produisant depuis près d’un siècle une vaste gamme d’excellentes choses, du miel, de la confiture, des biscuits et plein de trucs bizarres à base de machins qu’ils mettent dans tous les plats. Leur produit phare est la Germalyne, vous connaissez peut-être. Mes moines (je les appelle « mes moines » parce que ce sont mes moines) produisent du bio depuis quelques temps, pour se mettre aux goûts du jours. Alors ça m’a fait plaisir cette petite attention bio ! J’espère que mon ami le Frère E., qui gère la boutique, passera un jour sur ce blog pour lire cet article et constater que je pense à eux même dans mon assiette !

Soleil-Septfons

Je me transforme en légume…

REPRENDRE LA MAIN sur ce qu’on mange.

croissantsJe dois vous avouer qu’à la base, l’alimentation n’est pas mon sujet de coeur.
Plus jeune et célibataire j’étais le roi du « grillado » surgelé, une sorte de steack haché avec des petits oignons incorporés, mélangés avec des coquillettes agrémentées de béarnaise : une tuerie. Il n’était pas rare que j’accompagne ce plat d’excellence d’un petit verre de rouquin. Pour le dessert, j’aimais particulièrement tremper une barre de Crunch dans un café Liégois, un vrai délice. Aujourd’hui encore, quand personne ne m’observe, mon petit déjeuner idéal c’est un croissant au beurre bien gras un peu tiède avec plusieurs morceaux de beurre en plus, et une grosse dose de lait concentré sucré qui déborde et coule sur les doigts, le tout trempé dans un bol de cacao pas bio du tout.
Mais ça, c’était avant.

Parce que la dame avec qui je vis a patiemment repris tout cela en main, année après année, par petites touches d’abord discrètes puis franchement grossières, et aujourd’hui ça ne déconne plus en terme de santé-bien-être-bio-pas-saucer-le-pain. À force de glisser des légumes un peu partout dans les repas, ils ont même fini par pousser dans le jardin. Nous avons désormais ce qu’on appelle communément un potager. Un potager, quoi ! Le machin aves des légumes qui poussent, ou pas. Rien que de l’écrire j’ai l’impression de prendre une verveine en compagnie d’un trio de joueurs de bridge octogénaires, des potes âgés en quelque sorte.

Charles-2Le jardin potager, c’est pour elle un combat philosophique, alors j’ai l’air de me moquer mais je la suis, et de plus en plus. Depuis quelques mois elle me fait lire des livres qui parlent d’agriculture, de graines, de boutures, de buttées, de pluie et de traction animale. Je me suis même surpris à kiffer la lecture de « La permaculture* » (définition en bas de ce post), écrit par Perrine et Charles Hervé-Gruyer (photo), les spécialistes français du machin. Poussant la curiosité à son comble, nous sommes allés il y a quelques semaines, en famille, visiter leur ferme du Bec Hellouin : un miracle de culture et de rendement à taille humaine, sans pesticide, sans machine à moteur ou presque. Leur journée porte ouverte a explosé les compteurs, preuve que tout le monde commence à réfléchir dans son coin à des solutions propres et « dont on sait d’où ça vient ».

Alors pourquoi la ferme du Bec Hellouin est-elle une expérience de ouf ? Je laisse ma dame vous expliquer parce que je ne suis pas encore ce qu’on appelle un Jedi dans le domaine…

permaculture1« La ferme biologique du Bec Hellouin, c’est TRÈS beau et c’est TRÈS bon ! Perrine et Charles Hervé-Gruyer étaient tout sauf des paysans quand ils ont démarré cette aventure il y a 6 ans. Ils ont mis beaucoup de cœur et de beauté dans ce projet. Aujourd’hui, la ferme produit des légumes et des fruits délicieux qui poussent ensemble et mélangés sur une même ligne, permettant à chacun de profiter des richesses des autres. Résultat : les récoltes sont super gouteuses et riches en nutriments. L’INRA a validé la très grande productivité de ce mode de culture au Bec Hellouin et grâce notamment à l’enseignement qui y est dispensé, la permaculture se répand – doucement – en France ».

Vinvin-concombre-2Ok, merci madame. Du coup on a commencé à faire notre petit Bec Hellouin à nous. Tomates, courges, concombres, haricots et patates. J’avoue, c’est super marrant. Pour le gros urbain que je suis, REPRENDRE LA MAIN sur ses légumes, c’est un peu magique. Et il y a peu nous avons mangé notre premier concombre ! Tremble Leclerc, pleure donc Auchan, l’alternative est là ! Trois courges et deux patates, c’est un début mon pote ! (Bon, sur cette photo le concombre a pris des libertés que nous ne nous expliquons pas…).

Bon allez, on rigole, on rigole, mais quelque chose me dit qu’on n’en pas fini avec ce potager ; je viens de ramener une douzaine de planches de chez Brico, j’y vois comme un signe…

*Permaculture (Wikipédia) : La permaculture est une méthode de conception d’habitats humains et de systèmes agricoles inspirée de l’écologie naturelle (biomimétisme) et de la tradition. Elle n’est pas un mode de pensée mais un mode d’agir qui prend en considération la bio-diversité des écosystèmes. En outre, elle vise à créer une production agricole durable, très économe en énergie (travail manuel et mécanique, carburant…) et respectueuse des êtres vivants et de leurs relations réciproques, tout en laissant à la nature « sauvage » le plus de place possible.

Soleil-Potager-Cahier