Archives pour la catégorie POLITIQUE

Pensées en vrac sur le récit raté des gilets jaunes.

– Bullet point. 
– Je me demandais pourquoi le mouvement s’essoufflait. 
– Passés de soutien à lassitude à agacement.
– Je me suis concentré sur la technique narrative de l’histoire ; déformation professionnelle.
– Le gilet réunit, comme un logo, un drapeau ou un cri de ralliement. 
– On a les prémices d’un bon storytelling, la naissance d’un héros collectif avec une cape comme Batman, mais jaune.
– Et l’expression d’un désir. 
– Mais un désir désordonné. 
– Le spectateur est vite perdu. C’est quoi vraiment le désir ? 
– Au début c’était mieux vivre, arrêter l’injustice, remettre de la dignité.
– Puis « Macron démission », « à mort les juifs » et « Brigitte la pute ».
Tout casser ? 
– Si le désir est de tout détruire alors le héros devient celui qui veut tout sauver (l’Etat).
– La grande majorité des spectateurs préfère que la vie continue dans des conditions acceptables. 
– Donc tous ceux dont le désir est de tout casser sont voués à l’échec et à ne réunir autour d’eux que ceux dont le désir est de tout casser. 
– Ce n’est donc pas un récit universel, c’est du storytelling de niche.
– Revenir au même endroit tous les samedis et tout casser, c’est le scénario le plus pénible qu’on ait jamais vu. 
– C’est “Un jour sans fin” mais sans les vannes de Bill Murray. 
– T’as beau maquiller le manque d’intrigue en appelant ça des actes comme si on allait avancer, ça se répète. 
– Le scénario est tellement pénible que désormais le sujet c’est de savoir si les flics doivent tirer au flashball ou pas…
– Après trois mois d’un mouvement qui est né de façon « extra-ordinaire », on en vient à discuter de ça. 
– Comme si dans Star Wars on passait un épisode entier à se demander si les stormtroopers doivent sortir le fusil ou pas. 
– Le scénario répétitif est du pain béni pour les storytellers embusqués qui peuvent alors proposer leur sujet. 
– Le flashball est une superbe diversion.
– Dans du bon storytelling, le héros est puissant. 
– Le héros d’origine de cette histoire de gilets jaunes, c’était la souffrance de ceux qui n’ont rien. Ça, c’est un héros sérieux. 
– D’ailleurs seul un héros de cette puissance peut soulever autant de monde de façon spontanée au point de venir tous les samedis se gâcher sa propre vie sur les ronds points… 
– Mais la société du spectacle a détruit ce héros, et l’a morcelé en sous héros. 
– Eric Drouet ou Maxime Nicolle. Ce sont eux désormais les héros. 
– Et tous les autres, ceux qui étaient là au début poussés par leur souffrance, se retrouvent alors associés à des mini héros qu’ils n’avaient pas souhaités. 
– Des types qui n’ont pas les clé de la story, mais maitrisent le telling, via Facebook, les plateaux télé, les instagram provocateurs.
– Des mini Trump.
– Même méthode, crier fort, de façon originale, se poser au-dessus de la pile du contenu et peu importe le gif qu’on anime. 
– Le sens n’est pas là, la story non plus ; on est juste dans du telling maitrisé. 
– Mais on ne peut pas faire un grand film avec Jabba the Hutt comme héros.
– On a donc un scénario répétitif porté par des héros sans relief : c’est pas bon.
– Une fois qu’on a dit cela, une société humaine responsable devrait s’arrêter quelques instants et revenir aux racines de cette histoire. 
– On a une souffrance, vraie. 
– Des gens crèvent de faim, meurent au pied des immeubles ou dans la mer, bouffent de la nourriture pour chat, font trois boulots et dorment dans leur voiture. 
– La racine de cette story qui a été gâchée par le telling, elle est profondément là, et dramatique, et elle va rester, longtemps, très longtemps. 
– Cette histoire-là ne va pas disparaitre. 
– Les fioritures autour vont peut-être changer, on va penser que le calme est revenu, on s’arrêtera peut-être à l’acte 25. 
– On créera peut-être même un impôts pour financer les casses, on s’habituera aux yeux crevés par les flashballs. 
– Mais la source de l’histoire, le héros d’origine, il est là et bien là et c’est de lui dont il faut prendre soin. 
– Le sens il est là.

Il faut réveiller l’ours endormi.

Ma théorie de l’ours dit que les gens honnêtes représentent 90% de l’humanité (c’est notre gros ours) mais que, comme nous sommes des gentils bien élevés, fainéants et timides, nous ne faisons rien pour nous organiser contre les loups, les requins et les hyènes qui, du haut de leurs maigres 10%, parviennent à contrôler l’ensemble de la décadence mondiale de l’intelligence, de l’humanisme élémentaire et du bon sens écologique. Alors que c’est bien connu, une fois que l’ours se réveille et donne un coupe de patte (en général après une guerre mondiale ou un drame d’envergure), il n’y a plus personne qui bronche. Il est grand temps de réveiller l’ours ; tout le monde devrait se consacrer à ce geste en priorité avant “qu’on finisse tous à poil ou avec une grenade dans le slip et une planète cramée” pour parler comme parle mon cousin Paul qui préfère ne pas m’écouter et regarder un bon match à la télévision en buvant une bière belge dont le nom m’échappe. Il m’énerve mais je comprends, tout le monde ne peut pas se sentir concerné et nous sommes des centaines de millions (je parle de nous, les humanistes primaires) les tétanisés nourris au minimum de souffrance, anesthésiés par trop d’expériences douloureuses. Chacun fait comme il peut pour se préserver et je n’en veux à personne de bien s’organiser pour être sobrement malheureux. C’est un droit essentiel face au non-sens, et je suis ceinture noire en la matière. Mais quand même. Il semblerait que dans le temps qui passe nous ayons atteint une sorte de climax un peu pénible qui consiste à la fois à la destruction de notre environnement et à la disparition des traces du Bien comme élément principal de notre sécurité et de notre confort.

Je me demandais par où commencer pour réveiller l’ours endormi.

Où prêcher sans perdre mon temps ? Par quel média et avec quel vocabulaire ? L’idée étant de se faire comprendre par tout le monde, du moins sachant au plus érudit, du plus pauvre au plus riche, dans tous les spectres de la diversité. Car comme je l’expliquais au cousin, les gens honnêtes sont partout, c’est même le gros du troupeau, et j’espérais fortement qu’il fût d’accord avec cette idée sinon mon concept de retour du Bien commençait mal et on n’avait pas besoin de ça. Il me répondit que oui, mais je crois que c’était pour que je le laisse tranquille. Car son problème à lui, sacré Paul, c’est qu’il n’était pas sûr de ma définition du bien, et pour être honnête moi non plus, conscient qu’en la matière chacun voit midi à sa porte (expression que je n’ai jamais comprise mais qui semble indiquer une sorte d’individualisme bien réparti chez les humains qui s’organisent en fonction de leur point de vue, ce qui est logique car il est extrêmement difficile ou en tout cas très altruiste de voir le monde avec les yeux d’un autre, ce serait peut-être la solution remarquez, mais on n’en est pas là).

Dignité

Dans ma vision du bien, que j’essaie de dessiner la plus légèrement possible pour ne choquer personne, disons que l’idée tient autour d’un mot, la dignité. Le reste n’étant qu’une gigantesque déclinaison de concepts et d’interprétations. Mais la dignité j’aime bien, c’est élégant, on oublie même que c’est le mot clé de la première ligne de la Déclaration des droits de l’homme de 1948. On n’en parle jamais mais le mot n’a pas été mis là par hasard. Les années noires et les camps de concentration ont marqué les esprits et les corps, et dans le détail des atrocités, ce qui fût le plus horrible (à entendre ceux qui l’ont vécu), fût la destruction programmée et méthodique de la dignité, cette enveloppe informelle qui nous tient debout et fait de nous ce que nous sommes, simplement parce que nous sommes. Du verbe être, sans autre précision, ni race ni religion, ni richesse ni défauts, juste nous, là, présents, dignes d’être en étant, point. Pas de “mais”, pas d’exception. La dignité étant la base de tout, c’est l’arme suprême, l’immunité absolue contre tous les meurtriers de la pensée et du coeur. Ce qui menace la dignité d’un seul menace chacun de nous. Il est alors facile d’orienter ses choix et ses actes en fonction d’elle, pas besoin de chercher loin. Ce qui n’est pas digne nous réduit, ce qui est digne nous élève. Ce qui menace la dignité menace mon être profond car si je ferme les yeux je consens, à être moins digne, soit parce que je me crois supérieur et dans ce cas j’entre dans la catégorie des raclures, soit parce que je suis faible, fatigué, endormi, confortablement installé dans mon anesthésie, et dans ce cas il faudrait me réveiller. Vite.

« L’AFFAIRE » MÉLENCHON

Hier je postais le Facebook live en direct de sa perquisition. Sans prendre position, juste en constatant l’hallucination générale. J’ai vu comment parmi vous certains plongeaient, promoteurs de leurs opinions, campés sur leur vision du monde et c’est normal, vous n’allez pas camper sur celle d’un autre. Je trouve cette histoire fascinante et belle. Grandeur et décadence d’un être humain pétri de contradictions, et c’est ce que j’aime chez l’Homme en général : ses contradictions. Je crois qu’on peut être sincèrement en colère et défenseur des petits tout en se sentant sacré et occupant un appartement bourgeois. Je crois qu’on peut dédier son combat depuis trois décennies comme un ours acharné tout en flirtant avec les limites du système et jouissant discrètement des avantages acquis. Chaque jour, chacun de nous marche dans les pas de ses contradictions. En scooter je dépasse douze voitures au feu rouge en mordant la ligne blanche allègrement tout en insultant le mec qui vient de passer à l’orange-rouge vif ou consulte son téléphone, ce que je fais régulièrement aussi, mais moi j’ai le droit. Je m’insurge contre ces enfoirés qui polluent la planète mais je vis et consomme du plastique, du pétrole, des produits lointains dont j’ignore tout, je ferme les yeux sur mes achats peu durables, il m’est arrivé mille fois de jeter des mégots, de ne pas finir mon assiette et de jeter de la nourriture mangeable à la poubelle tout en pestant sur la faim dans le monde et en likant ceux qui luttent contre cela. Je crois que Mélenchon est sincère dans ses contradictions, qu’il se sent légitime à exiger que les députés soient jugés comme les autres, et qu’il se sent injustement perquisitionné quand c’est de lui qu’il s’agit car, de son point de vue d’individu se pensant sincère, c’est évidement injuste. Ensuite, le type est un bon vieux singe de la politique et des médias, biberonné au complot du David contre Goliath ; l’argument du « on veut nous faire taire » est aussi classique qu’un 4-4-2 au football. C’est presque une seconde nature, un réflexe. Alors muni de tout ce qui lui reste, un smartphone, on voit l’homme blessé extirpé de sa tanière. Toutes proportions gardées, ça m’a rappelé les images de Saddam Hussein qu’on allait pendre ou Khadafi avant son lynchage. Sauf que là c’est voulu, maitrisé, le rebelle au milieu de l’ordre qui crée le désordre et s’en plaint. Fascinant. Mais mal éclairé, mal filmé, il se désacralise en invoquant le sacré. Il hurle à la violence en bousculant un policier. L’Homme, pétri de contradictions, est en direct live de sa descente, à bout de logique. Les contradictions de Mélenchon sont à la fois attachantes et effrayantes. J’ai toujours aimé ce type pour sa culture, sa gouaille et son mauvais caractère, comme j’admirais MacEnroe ou Eric Cantona. Mais j’ai toujours eu peur de ce type, pour son romantisme aveugle, sa régulière suffisance, son enfermement idéologique qui m’a toujours donné l’impression d’être son ennemi avant même d’avoir ouvert la bouche, parce que né à l’ouest, avec particule, plutôt libéral, un peu entrepreneur, blanc et sans problème pour présenter mes papiers : avec lui je suis exclu d’emblée de la possibilité d’être un type bien parce que venu au monde du mauvais côté de sa vision du monde. Alors quand je le vois lui, se débattant terrorisé et exalté dans les sables mouvants de sa perquisition, dans cet appartement de sénateur, implorant le combat de ses camarades, je réalise que Mélenchon est une énorme dissonance cognitive à lui seul et que c’est sans doute ça son problème éternel. N’étant pas spécialiste de la chose politique, je me concentre toujours et encore, par goût, sur la chose humaine. Et la chose Mélenchon est fascinante, dramatique, touchante et désormais fragilisée car il vient vraiment de se montrer gesticulant, touchant mais pathétique, tout petit quand même, lui qui depuis si longtemps s’imagine tellement grand. Il lui faudrait un peu de repos, de l’amour et des couchers de soleil en famille. Cool. Zen.

Le burn out français et nos résignations

J’ai atteint un tel niveau d’exaspération politique que j’ai l’impression d’être au bord du burn out. Chaque jour je prends directement dans le ventre la honteuse réalité. Je vis dans un pays malade de partout, avec à sa tête des petits français, élus par la magie de tous nos renoncements, assis sur leurs privilèges, vidant les caisses à tour de rôle et à tours de bras sous nos yeux ébahis, se moquant allègrement de nos conversations et de nos avis, s’octroyant des primes, des salaires, des taux, des toits et des avantages généreux, inventant des lois scélérates sous la panique, chantant la Marseillaise au Congrès de Versailles, la larme à l’oeil entre deux mises en examen, désertant leur poste à l’Assemblée, démissionnant de leurs ministères pour retrouver leur mairie, profitant de leur poste, les yeux dans les yeux, pour placer l’oseille au frais, écrivant des livres de promesses malodorantes, courant de plateaux en plateaux pour déverser leurs éléments de langage, vidant le langage de tous ses éléments, bafouant la vérité au profit du profit, mentant le mardi pour se repentir le jeudi et se représenter le dimanche, la gueule enfarinée, rasant gratis et sans état d’âme, bénis par leurs camarades de promotion, coudes à coudes, soudés, calés dans les dorures, au son de la trompette républicaine lustrée par notre impôt massif et note dette souveraine.

J’ai la nausée, elle est là et elle ne me quitte plus, elle s’intensifie.

Je cherche des traces de l’intérêt général, je ne le trouve pas. Il a été noyé sous les partis, les syndicats, les associations, les lobbies, les groupes, les intérêts particuliers, les privilèges des uns qui font les bénéfices des autres. Le blocage est total, les verrous sont rouillés et les flambeurs continuent de parader devant six millions de chômeurs, une école qui se délite, une santé attardée, un indice de bonheur qui s’écroule au 29ème rang derrière le Qatar et une consommation d’anti dépresseurs qui fait le délice de nos laboratoires, eux aussi bien placés dans la course aux bien placés. Je dégueule ma peine et je pisse dans un violon. Comme vous. Français impuissant à qui l’on fait croire tous les cinq ans qu’ils ont leur destin en main, comme des veaux qu’on mène à l’abattoir en leur caressant le flanc sous une musique douce pour faciliter l’anesthésie. Cinq ans à nous déchirer pendant qu’une petite bande de petits français joue avec nos vies, nos économies, nos rêves de bonheur simple et de paix sociale. De temps en temps ils nous filent un os à ronger, qui d’un mariage pour tous, qui d’une loi de renseignement, qui d’une déchéance ou d’une indignité, et nous sautons dessus comme prévu, en bons petits soldats. Ils nous divisent à l’intérieur de nos familles, à l’heure où nous devrions plus que jamais nous aimer. Je suis écoeuré et perdu, silencieux, tétanisé par le sentiment d’impuissance. Les gens comme moi n’appartiennent à aucun intérêt particulier, hors celui de vivre bien ensemble, sans se déchirer, sans se méfier les uns des autres, tranquillement vivants sans faire de vague. Mais ça ne se passe plus comme ça… Cet hiver, l’un des nôtres est mort à trois cents mètres de l’Elysée. Je dis bien l’un des nôtres. Un membre du village, un cousin de cousin, certainement. On l’a laissé crever comme un rat aux pieds du Palais. Sans domicile. Pendant ce temps-là l’Élu assistait à des matchs de rugby et commémorait les chrysanthèmes, s’asseyait sur l’Histoire pour laisser une trace, de frein. Je n’en veux plus, de ces simulacres d’un temps passé et révolu.
Je ne veux plus d’un homme qui dit « moi je », il est temps que nous disions Nous. Aucune raison morale, technique et même de bon sens, qu’un seul homme du haut de ses petits arrangements entre amis, puisse décider d’envoyer le pays dans la guerre, et même de nommer la guerre, sans que nous, NOUS, ayons dit qu’il le pouvait. Aucune raison de modifier notre constitution sur l’autel de la peur. Aucune raison de prendre seul des responsabilités plus grande que lui. Sommes-nous donc fous d’oublier sans cesse, de fermer les yeux, comme ces femmes battues qui voudraient fuir mais ne le peuvent pas, prisonnières d’une peur qui les paralyse ? Si peu de choix entre l’incompétence, la malhonnêteté et la résignation ? Nous irons bientôt, en 2017, comme des moutons sous morphine, choisir entre trois personnages, glissant dans l’urne le nom d’un comédien, maquillé, média-trainé, porté par des intérêts qui nous sont étrangers. Le goût des jeux, même sans le pain, nous donnera quelques temps notre dose d’adrénaline et comblera notre sens du débat. Le lendemain, les trois quarts de la population auront la gueule de bois et retourneront tête baissée vaquer à leurs espoirs corrompus, jusqu’en 2022.

J’ai perdu le goût de ce cirque. Le pays est au bord du burn out et à la fin de cet article, je ne sais toujours pas ce que je peux faire. Cercle vicieux et vertigineux. Ce qui me fait peur, c’est ma propre résignation et cette colère stérile qui ne fait qu’engendrer de la colère stérile. À quel moment la somme de ces colères pourra-t-elle produire un son commun, un premier pas vers une remise au goût du jour de notre dignité ?

Bataclan : 6, Climat : 0 ?

Ces 15 derniers jours j’ai été négatif avec un paquet de trucs.
Hier j’ai été négatif à propos de COP21. Je sais, ce n’est pas bon pour le karma.
Mais mes désillusions sont le fruit de semaines et de semaines d’érosion , le tout bien pulvérisé le 13 novembre, et enfoui ensuite sous un tas de décisions que tout mon corps rejette. Un peu gavé en somme. Alors se plaindre ne fait pas avancer le bousin. Mais ça détend et on se sent moins seul…

Je reviens cependant sur COP21.

logoCOP21Ce qui est dingue c’est que des milliers de gens travaillent sur cet événement depuis des mois. Des gens qui ne comptent pas leur temps pour nous alerter et nous protéger. Des associations, des institutions, des particuliers, des universitaires, des chercheurs, pour qui le climat est l’enjeu des enjeux. Ces gens composent avec le politique car ils ont compris qu’ils n’avaient pas le choix. Ils acceptent d’avaler des couleuvres pour progresser d’un mètre, puis reculent de deux avant de recommencer. J’imagine à quel point les attentats, au-delà de la douleur partagée, ont dû les décourager, les creuser davantage. 130 morts dans un concert de rock, ça provoque une émotion presque reptilienne, d’une puissance dévastatrice dans la hiérarchie de nos peines. Il suffit de trois photos du Petit Cambodge pour pulvériser tous les arguments pour la planète. Alors que « le réchauffement climatique », c’est comme une thèse à lire, des images à construire, une projection intellectuelle à dessiner. On ne ressent pas les effets du réchauffement dans son corps, on ne visualise pas les conséquences dans le futur, la projection est abstraite. Le climat ne peut pas lutter contre le Bataclan, il est désintégré…

depression1Pour tous ces lanceurs d’alerte, qui gardent leur cap malgré cette tempête terroriste, lire nos statuts et nos tweets sur COP21, réducteurs, faciles parfois, ce sont autant de coups sur leurs gueules, sur eux qui se battent chaque jour pour y croire malgré l’indifférence générale. Bien sûr, ce ne sont pas eux qu’on vise quand on critique, mais dans le peu de temps que l’on prend à argumenter, débattre, développer nos colères, ils prennent dans le lot et puissance dix, car à leur désarroi se joint l’impuissance et l’abandon du public.

Résultat : COP21, qui devrait être notre cause à tous, devient le support de nos ressentiments.
C’est aberrant.

Le problème du climat est au coeur, et peut-être même à la source (entre autres) du problème terroriste. Dans les zones déjà touchées, les morts sont quotidiennes, plus nombreuses (mais moins spectaculaires), et elles créent des exodes effrayants. On se sent impuissant alors que des solutions existent. Plein. On les connait. Mais les gars qui dirigent, et les gars qui financent et influencent les gars qui dirigent, se protègent dans des bunkers pour s’accorder entre eux sur des compromis qui ne rejoignent pas toujours l’intérêt public planétaire. Du coup on est énervé, alors c’est reparti, ça relance la machine à plaintes, moi le premier, on s’emporte, on s’agace, on voudrait tout péter et on écrit des tweets assassins pendant que ceux qui bossent vraiment sur le climat se désespèrent… Et ainsi de suite… Cercle infernal. Stérile.

STOP !

J’en ai assez. Marre de cette inefficacité systémique.

Logo_PlacetoB-2Mon ami et ancien associé Gildas Bonnel, qui est (entre autres) responsable du développement durable à l’AACC, m’a invité à causer le 8 décembre à « Place to smile », qui se tiendra dans le cadre des actions « Place To Be » , et j’ai accepté. Ensemble et avec d’autres nous allons réfléchir à comment parler du climat pour intéresser les gens, même si ça continue de péter autour de nous et que nous rejetons ceux qui tiennent les manettes .
Comment communiquer sur l’urgence d’un problème dont on ne perçoit rien quand dans le même temps on perçoit l’inhumanité et le sang en direct et en images ?
Par soutien, amitié, ras-le-bol de ma complainte et surtout parce que le sujet est critique, je fais le pacte avec moi-même de mettre mes critiques sur COP21 de côté pendant tout l’événement ; nous verrons ensuite ce qu’il ressort de tout cela.
Je vous laisse, je dois y aller. Je dois traverser Paris à pied ils ont bloqué le périph’ ces enc… Pardon.
C’est parti.

C’est donc comme ça que débutent les guerres ?

En étudiant l’histoire, à l’école puis à la fac, je me suis toujours demandé comment il était possible d’entrer en guerre. J’ai toujours été effondré par l’idée que des gens sympas, normaux avec des vies distraites et une bonne convivialité, pouvaient soudainement se placer dans la guerre, s’armer et bombarder, exterminer des civils, des gens sympas, normaux, avec des vies distraites eux aussi et une bonne convivialité la plupart du temps. J’ai été marqué par le conflit en Yougoslavie, m’interrogeant sur ces massacres entre soi, de tous ces gens qui vivaient si proches les uns des autres la minute d’avant, et se violaient, s’exterminaient la minute d’après, alors qu’ils avaient la modernité, la technologie, des championnats de foot et des pop corn au cinéma. Ça n’allait pas ensemble, ce confort, ces distractions familiales, et ces tueries.

MissBourgogneGlobalement je déteste la guerre, comme Miss France. Et je sais que vous aussi, vous détestez la guerre. Tout le monde déteste la guerre, c’est normal, ça pique et ça tue ; sans parler du fait que ce n’est pas très moral, et bien souvent inutile. « Quel gâchis ! » entend-on souvent si l’on tend l’oreille, ou encore « tout ça pour ça… » ou « quelle absurdité ! ».

Et pourtant, il a suffi d’un soir, d’un massacre d’innocents comme nous, d’un seul coup et avec des méthodes dignes des pires cauchemars, pour lancer la France dans la guerre.

EN DEUX JOURS.

J’ai compris donc pour la première fois comment les choses arrivaient dans l’Histoire. J’ai compris que le progrès, les Lumières, l’expérience du passé, l’humanisme revendiqué, l’esprit des anciens, na valaient pas tripette face au consensus sanguinaire. Le besoin de vengeance, animal, est bien plus fort que tous les raisonnements. Il est reptilien, immédiat, naturel. L’exigence de sécurité et le besoin de vengeance sont des instincts primaires, on ne peut pas lutter. Le temps court pulvérise le temps long. L’émotion désintègre la raison. Nous avons eu notre Pearl Harbour…

francois-hollande-arrive-a-versailles-pour-un-discours-face-au-congres-le-16-novembre-2015_5464406J’ai critiqué le congrès de Versailles pendant qu’il se tenait. J’ai détesté cette séquence. Tout mon corps, toute mon âme, savaient que nous allions plonger dans la guerre d’un seul tenant, avec des grands mots et des airs obscurs. C’est arrivé. Ils en ont appelé à l’union sacrée. Si tu critiques, tu es un traître. Si tu doutes, tu es un hippie. L’union sacrée, c’est l’expression massue, imposée par ceux qui pour la deuxième fois de leur mandat peuvent espérer une ébauche d’unité. Je ne dis pas qu’ils se réjouissent, ne soyons pas cynique, mais en tout cas ça tombe bien. Et soudain je me souviens de cette expression que disait mon grand-père pour s’amuser « ce qu’il nous faudrait c’est une bonne guerre ! ». Une « bonne » guerre, c’est un élan collectif, un ennemi commun, des usines qui tournent, une énergie nouvelle qui remet du baume au coeur… Mais embaume les corps. Parce que merde à la fin ! On parle quand même d’aller exercer la peine de mort à grande échelle. C’est ça la guerre. (Notons donc au passage que plein de gens que je connais sont contre la peine de mort, mais pour la guerre. C’est savoureux… Mais bon, je sais, c’est pas pareil, c’est reptilien…)

Un ami m’a dit « Tu ferais moins le philosophe si cela avait été ta femme, ou ta fille, au Bataclan ! ». C’est exact. Je pense que si cela avait été ma femme ou ma fille je serais déjà en guerre partout en train de combattre avec plus de Kalachnikov sur moi que dans tout le Moyen-Orient. Mais c’est pour protéger l’humanité de cela que nous avons créé un tas d’institutions, des lois, des protections collectives. Pour nous éviter ces pulsions de mort, cet instinct de vengeance. Nous protéger de nous-mêmes.

Ces-sept-deputes-qui-n-ont-pas-vote-l-etat-d-urgence_article_landscape_pm_v8Alors quand soudain je vois qu’en moins de deux jours tombent toutes les barrières, je m’effraie.
Quand je vois que seulement six députés ont voté contre la loi sur l’état d’urgence, je suis tétanisé. Je ne dis pas qu’il ne fallait pas la signer, mais s’interroger n’est pas un crime. Prendre du recul est possible. Mais là : non. L’esprit de meute est bien là, le sang au bout des crocs est unanime, et quiconque s’y opposera se prendra une fatwa républicaine. Depuis tout petit je me méfie des groupes et des consensus ; on me l’a souvent reproché, de rester dans mon coin. Je n’y peux rien, c’est plus fort que moi. Le consensus m’angoisse, surtout quand il est spontané, soudain et trempé dans l’émotion et le sang. (et cerise sur le gâteau, savoir que Balkany chante la Marseillaise dans un grand élan d’union nationale a tout pour m’émouvoir, c’est vrai. Pardon. Non mais c’est bien que des soldats français risquent leur vie pendant qu’il bronze dans son riad payé par le contribuable. Tout va bien. Mais je m’égare. Union sacrée, pardonnez-moi.)

Alors voilà, nous sommes en guerre. C’est ainsi. Là-bas, à coté des barbares dans les camps poussiéreux, des enfants, des femmes et d’autres innocents s’en prennent plein la gueule (les bombes choisissent mal leurs cibles), nourrissant souffrances et esprit de vengeance pour des décennies. Echec général de l’humain, de la raison et de l’Histoire. Le massacre continue, à la violence on rajoute la violence. C’est acté, c’est signé, c’est populaire. Et cette guerre là-bas, loin, dans le désert, porte le même nom que cette guerre ici, là, dans les cités, mais aussi dans nos libertés. Un seul mot pour tout compter, tout justifier. Du Rafale qui bombarde en Syrie, à la Loi de Renseignement qui surveille ici, il en reste un petit peu je vous le mets quand même ? Tu prends tout, tu fermes ta gueule et tu serres les fesses, c’est l’union sacrée mec…

« Ok donc t’es contre l’état d’urgence et la fermeté ? » (on me l’a dit)

Pas du tout. Je rappelle au passage que j’ai fait mon service dans l’Infanterie de Marine, que j’ai adoré cette période de ma vie, que j’y ai brassé la France, et que je pense que la suppression du service militaire a été la plus belle connerie de ces dernières décennies. J’ai d’autre part toujours été sensible à la notion de défense et de self-défense, que je pratique d’ailleurs toujours aujourd’hui. Je crois aussi qu’il fallait effectivement mener cette gigantesque campagne d’arrestations et de perquisitions qui se continue aujourd’hui (il y a huit mois ça aurait été bien mais bon, un truc m’échappe.)… Mais je ne crois pas qu’il fallait foncer tête baissée dans la guerre là-bas, en le clamant, tel un croisé, l’oeil ému et le bras tremblant. Cette croisade en Syrie est un autre dossier, un merdier capitalistico-pétroléo-stratégico-mafieux de grande envergure, qui n’a pas grand chose à voir avec notre unité nationale. Le combat ici, oui, plus fort, plus intelligent, concentré, financé, argumenté, accompagné, expliqué. La guerre là-bas ? Au minimum un débat. Une concertation du peuple. Un temps de recul avant de se la jouer Bush. N’a-t-on donc rien retenu des vingt dernières années ?

Et puis j’aurais rêvé que cette campagne ici se fasse au service d’un message plus puissant que simplement « la guerre ». J’aurais rêvé que cette contre-offensive soit le bras armé et imparable de « l’amour ». C’est possible. On aurait pu agir de la même façon sans employer les mots qui fâchent tout de suite. On aurait pu envoyer les mêmes troupes dans les cités sans exacerber cette pulsion de vocabulaire sanguinaire. On aurait pu renouveler notre amour, notre tolérance et notre dignité, comme l’avait fait le ministre Norvégien en son temps. On aurait pu évoquer l’idée de remettre en cause nos accords commerciaux avec des pays chelous (l’Allemagne vient de le faire, avant nous bien sûr), clairement, sans ambiguité. On aurait pu s’exprimer main dans la main avec des musulmans de France, comme cette vielle dame l’a dit, donnant l’espace d’un instant un sourire à tout le monde. On aurait du remettre l’éducation, l’intégration, le partage, les investissements pour l’avenir, en priorité, pour ensuite, dans un deuxième temps, parler de forces de police, d’engagement militaire, etc. Dans cet ordre, le discours aurait tout changé. On serait passé d’un pays qui pense d’abord et agit ensuite, à un pays qui dégaine et finit par regretter, façon Bush.

Nous avons perdu notre sang-froid et avons foncé dans l’Histoire des guerres avec si peu de recul que j’en suis terrifié. Je vous invite à ne pas m’insulter si vous n’êtes pas d’accord : c’est là tout l’enjeu de ce texte.

Avec le Grand Bullshit, ça va péter.

Par @Vinvin

BullshitHallOfFameLa rentrée se rapproche, le flux va reprendre, et avec lui le Grand Bullshit.

Mais cette année je l’attends de pied ferme. Je suis prêt. En alerte totale, DEFCON 12 ! J’ai lustré le radar anti-bullshit pendant l’été, j’ai décapé le moteur, poncé mes résistances, nettoyé le pare-brise de mes résignations : plus rien ne passe. Plus rien. C’est en train de modifier mon ADN, je le sens. Chaque coup porté par le mensonge régénère ma batterie anti-bullshit. J’ai même une antenne qui a poussé (et qui me gène un peu pour m’assoir), c’est une antenne qui sort quand un politique essaie de s’introduire dans mon fondement – pour rester poli -, et ça arrive de plus en plus souvent, je suis sûr que vous l’avez remarqué vous aussi. Je ne dis pas qu’ils essaient tous, mais certains sont clairement récidivistes. Comment ça se passe ? Je vois un tweet ou une déclaration d’un politique et hop, mon antenne sort et hop, bidibidibidi : ta gueule ! Je suis protégé l’espace de quelques heures, ça sert de bouclier…

Le problème, c’est que la protection est provisoire et qu’elle nourrit dans le même temps un vent de révolte. Alors je sais bien que nourrir un vent dans le fondement, ce n’est bon pour personne, et c’est bien là le problème. Nous sommes tous, mais tous, en état de fermentation profonde. Pas une conversation qui ne finisse pas par un « ça va péter » ! Et ça, c’est la faute du Grand Bullshit. Je file cette métaphore poétique parce que j’ai le sentiment qu’avec 2017 approchant, le Grand Bullshit va s’intensifier, prendre des dimensions bullshitesques qui feront passer Donald Trump pour un intellectuel et Eric Ciotti pour un humaniste, ou inversement. On va se marrer dans les chaumières à coups d’austérité par-ci, autorité par-là, assistant comme des bovins au passage du train médiatique, ruminant nos gaz méthane jusqu’à la prochaine fois, ballonnés et ballotés, victimes de notre impuissante clairvoyance. Il faut donc que nous, vous, #LesGens, continuions à parler, s’énerver, tenter des trucs, se liker les coudes et surtout partager les belles nouvelles idées.

Le Grand Bullshit doit être combattu, sinon ça va chier.

Avons-nous besoin d’un chef ? La candidature de Lessig me laisse perplexe…

Par @Vinvin

La candidature de Lawrence Lessig à la présidence américaine apporte une bouffée d’oxygène dans le système vérolé du pouvoir américain, et le nôtre par ricochet. J’aurais voulu filer 20 balles pour l’encourager, mais sa course est réservée aux US citizens, ce qu’on peut comprendre, à regret. Cette candidature brillante sur le papier ne cesse cependant de me faire réfléchir et j’avoue que les doutes m’habitent.

LessigMon plus gros doute tient à son renoncement annoncé.
Lessig prévient qu’il restera le temps nécessaire pour mener à bien sa réforme du système électoral, et ça c’est cool ; ensuite il partira pour laisser le mandat à son vice-président. Et ça c’est moins cool. J’ai bien compris la puissance symbolique d’un tel geste, qu’il explique lui-même d’ailleurs : « Cette campagne ne porte pas sur un individu, mais sur un principe. Un principe américain que nous devons retrouver, selon lequel nous sommes tous égaux, et que notre démocratie doit tous nous respecter en tant qu’égaux ». Ok. Pigé. Mais quand même.

Il y a au fond de nous, me semble-t-il, le besoin profond et presque animal de suivre quelqu’un. Quelqu’un de bien, quelqu’un en qui on a confiance. Voter pour un principe, c’est beau, c’est intelligent mais c’est conceptuel. Et j’ai bien peur que le conceptuel ne satisfasse pas le besoin de délégation. Je me trompe peut-être, mais j’ai rencontré tellement de gens qui ne souhaitaient pas s’impliquer, ni prendre de risques, ni manager, mais simplement vivre correctement -et c’est déjà pas mal- en faisant leur travail s’ils en ont, s’occuper de leurs proches et laisser les grandes manoeuvres à ceux qui veulent, savent et le disent. Et même si le système des républiques monarchiques a atteint ses limites, je crois que #LesGens attendent toujours et inlassablement un chef. Une personne humaine, pas un concept. Un candidat avec un visage, de la chair, un passé et des visions ; quelqu’un avec des principes, certes, mais surtout une volonté, une envie, une énergie et une expérience qui les RASSURENT. #LesGens auront-ils envie de donner leur pouvoir à quelqu’un qui ne le souhaite pas vraiment ? Feront-ils l’effort de comprendre la portée de son Idée brillante et généreuse ? Je ne sais pas…

D’autant que, dans son projet, Lessig laisse sa place à son vice-président. Ce qui ne fait que décaler le problème : au bout du compte il va falloir se projeter de manière schizophrène : voter pour l’Un en pensant à ce que sera l’Autre, plus tard (et l’on ne sait même pas quand). Délicat.

desertVoteras-tu pour Ibrahimovic si tu sais qu’après les qualifications c’est Gourcuff qui reprendra le poste ?

Alors on aurait envie de lui dire : « Mec, si tu es quelqu’un de bien, et visiblement tu es quelqu’un de bien, sois sympa, va au bout, affronte ton destin, n’aie pas peur, on a bien compris que tu ne voulais pas donner l’impression de vouloir être Président mais merde, si tu fais un super boulot pour la réforme électorale, pourquoi tu ne resterais pas un peu plus pour influencer les autres grands sujets ? C’est possible mec ! On bossera sur une nouvelle démocratie plus directe, tu n’auras pas à te corrompre et nous serons actifs, on sera là l’ami !… ».

Mais ce n’est pas l’histoire qu’il a choisie. J’ai donc peur que le projet de Lessig se heurte à sa beauté conceptuelle ; que le « professeur de Harvard » paie le prix d’un projet intellectuel merveilleux mais déconnecté des attentes naturelles du peuple, au sens noble. Sans doute souhaite-t-il faire progresser son sujet en ayant au moins réussi à faire bouger les lignes, espérant j’imagine, fort de son million de dollars obtenu et de son écho médiatique, imposer au candidat élu de s’engager sur quelques points. C’est sans doute cela son plan et ce n’est pas si mal ; mais ça laisse un goût de trop peu. Je rêve qu’un Lessig puissance 10 vienne bousculer davantage le système.

Le changer plutôt que le réparer. Pour cela il faut un Humain sur-motivé, pas juste un Principe.

Me goure-je ?

Je suis de gauche ou de droite ?

Je vais devenir cinglé avec cette question sans queue ni tête.
Je suis né dans un cocon de droite. Banlieue ouest. Catholique. Baptisé et dérivés.
Pas d’excès mais de quoi vivre comme il faut, étudier dans de bonnes écoles, jouer au tennis et partir en voyage linguistique à Folkstone.
BarreJ’ai baigné dans un jus de droite, RPR classique, libéral sympa.
En 81, j’avais onze ans, j’ai vu mes proches et leurs amis s’effondrer en voyant apparaître le visage pixelisé de Mitterrand. Les chars soviétiques n’étaient pas loin.
En 88 c’est la première fois que je votais, je me suis révolté, j’ai opté pour Raymond Barre. Oui je sais, je suis un vrai punk ! Je tractais sur la place du marché à Garches, c’était intense comme une partie de bridge un week-end de Toussaint.

Mais j’aimais bien le bonhomme…
Et puis je me suis mis à réfléchir tout seul ; hors des sentiers religieux tout d’abord, et hors des évidences libérales ensuite. Comme quoi il est plus simple de se libérer d’un dieu que d’un courant de pensée politique.

isoloirEn grandissant je me suis mis à penser à des trucs révolutionnaires comme la fraternité, la justice, l’inégalité des chances, le pas de bol de certains, les magouilles des autres, l’éternel pouvoir de l’argent méchant contre l’éternelle misère des plus faibles. Mais toujours en vivant à l’ouest, avec mes familles libérales et mes amis dans la finance. Discrètement, je me suis mis à voter des trucs chelous, des machins verts, des machins roses, des listes dissidentes ; je profitais des premiers tours des élections locales ou moins locales pour m’encanailler sur des listes interdites, un peu comme si j’allais aux putes en cachette. Au deuxième tour je revenais dans le rang, parce que je n’avais pas le choix. Parce qu’à la fin de toutes les élections, toujours (ou presque) depuis Néandertal, il a fallu choisir entre gauche et droite. Et depuis la défaite de Raymond Barre, je refuse d’être centriste, j’ai besoin de radicalité. On ne peut pas être radical du centre, c’est quantique.

Alors ? De gauche ou de droite ?

Je vois chez mes amis, à droite comme à gauche, des gens qui se ressemblent. Radicaux. Excessifs parfois, ils sont pourtant sincères dans leurs idées, capables d’argumenter et d’écouter. Ils ont comme désir commun la justice et le bonheur pour tous. Personne de mes amis de droite ne se réjouit du chômage, de la misère et des inégalités.
fraterniteTous aimeraient pouvoir changer le cours des choses. Personne de mes amis de gauche ne voudrait buter mes amis de droite, bien que ça les démange philosophiquement. Tous sont effondrés par cette gauche molle de centre droit, par cette droite dure qui pointe, par cette gauche radicale qui s’enlise. Je vois chez mes amis de tous bords une sorte de tronc commun impalpable mais réel, proche du ras-le-bol, de l’envie de révolte, pour ne pas dire plus. Je sens un besoin de respect, d’intelligence, de bon sens. Le tout teinté de préoccupations écologistes raisonnables, de plus en plus. Il existe, j’en suis sûr, un tronc commun qui n’est pas un centre mou et consensuel.

Ce tronc commun n’est ni de droite, ni de gauche, ni du centre : il existe « virtuellement » mais n’a pas de forme humaine. C’est un courant qui flotte dans l’atmosphère, une troisième dimension, une ligne multiple qui part de l’ancien et se projette dans l’avenir, le numérique, le partage, le réseau, le savoir, la simplicité, l’intelligence, au service de l’Humain, et pas seulement de quelques humains. Je crois que je ne rêve pas. Il me semble que c’est en train d’arriver.

Vous voyez ce que je veux dire ou pas ?

Mon plan pour la Révolution.

Par Vinvin

BarragesVoilà le plan : on parvient à réunir dans une même colère, et ça ne devrait pas être trop difficile, les routiers, les taxis, les pilotes de ligne et les agriculteurs. Avec ça déjà on est bien. On lance le blocus général le vendredi 11 décembre, un peu avant les courses de Noël, les départs en vacances, les touristes en masse et la joie du business. Pays bloqué. L’enfer ! Pour donner un peu de sexytude à l’ensemble, on réveille les étudiants ; ils sont jeunes et nerveux, ils crient dans tous les sens et ça leur fait sauter les partiels de fin de trimestre.

kendji-girac-19227La manif dure un jour, trois jours, huit jours… Le gouvernement est flippé, ça pue du cul. Avec leurs 8% de satisfaits dans les sondages, ils savent que s’ils bougent un oeil trop agressif, c’est la guerre. Nous, les gens sans tracteur ni avion, on commence à descendre dans la rue vers le 5ème jour, dans 10 plus grosses villes de France, en soutenant le mouvement parce que « ça suffit, c’est plus possible tout ça, y’en a marre » (ou tout autre slogan de votre initiative du moment que ça tient dans un Tweet. N’oubliez pas les mégaphones). Si des politiques essaient de se placer en tête de cortège avec des banderoles, on les ficèle et on les pose sur un char de la gay pride en queue de cortège avec du Kendji Girac dans les oreilles.

On ne tue personne ! C’est bien compris ? Bon. Je continue.

À Paris on gueule très fort et on squatte les rues stratégiques : Champs-Elysées, Saint-Germain, La Tour Maubeuge, Hoche, Foch, Mozart, Kléber, Opéra, Batignolles. Laissez tomber Nation, Bastille et République, ils s’en foutent, ce n’est pas là qu’ils habitent ! On bloque, on squatte, on fait des méchouis géants et on s’installe dans un énorme mouvement de contestation sans précédent. Le gouvernement est pris de toutes parts, PERSONNE ne lâchera ! On se relaie, on tourne, on se soutient les uns les autres. Et on ne bougera pas tant que…

BREAKING NEWS. ALERTE RÉVOLUTION.

larcher_gerard86034e« Il est 18h20 vous êtes en direct de BFMtv, nous suivons bien sûr toute la journée les événements du BG, le Blocus Général, avec nos envoyés spéciaux qui sont mobilisés dans les 10 villes paralysées depuis maintenant 13 jours. Je vous rappelle que cet après-midi François Hollande et le Gouvernement dans son ensemble ont démissionné. Et nous vous l’annonçons ce soir en exclusivité sur BFMtv, à 18h21, c’est donc Gérard Larcher, le Président du Sénat, qui assure l’Intérim en attendant que les différentes organisations du B.G. s’organisent. Parmi les revendications entendues lors du dernier grand méchoui républicain, les principales sont de dissoudre l’Assemblée et de modifier la Constitution. La difficulté de telles revendications est que, selon cette constitution elle-même, le Président du Sénat n’a pas le pouvoir, ni de dissoudre l’Assemblée, ni de modifier la Constitution. Il faudrait donc que le Président du Sénat décide de… Attendez je regarde mes fiches car, nous sommes en direct sur BFMtv je vous le rappelle, jamais on a vécu une situation pareille, n’est-ce pas Christophe Barbier ? »

barbier« En effet Michel, jamais, jamais depuis que la 5ème République a été mise en place nous n’avions rencontré une telle situation. Un Président démissionnaire, un gouvernement démissionnaire, un Président du Sénat dont les pouvoirs sont inadaptés à une réforme de fond. La seule solution pour sortir la France de ce dramatique blocus, serait la tenue de nouvelles élections. Élections qui permettraient alors un changement profond de la constitution, sans doute l’instauration d’une VIème République, et un retour au calme. Le problème Michel, et c’est là tout l’enjeu, c’est que le Blocus Général qui est né dans la protestation n’a pas encore accouché d’un leader naturel évident. On le voit bien, les organisations en place commencent déjà à montrer des désaccords profonds quant à la suite à donner au mouvement. Je prends l’exemple du Blocus de Nantes où des agriculteurs et des routiers se sont affrontés violemment ce matin, on nous parle même de blessés graves… La question que l’on doit se poser maintenant est la suivante : une révolution, d’accord, mais pour quoi faire ? Sans doute aurait-il fallu y penser avant…. »

Merci Christophe Barbier. Je vous le rappelle si vous venez de prendre l’antenne, le Blocus Général s’intensifie tandis que tout le gouvernement a démissionné et c’est Gérard Larcher qui est désormais à la tête du pays. Restez avec nous, on se retrouve après quelques messages publicitaires, la météo et le journal des sports.