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Être gentil jusqu’au moment de ne plus l’être…

Par @Vinvin

Avant c’était plus simple. Il y avait les méchants et les gentils.

FourgonLes gentils étaient protégés par la police et par l’armée. Les méchants étaient faciles à reconnaître, ils avaient un uniforme allemand ou des costards à la Audiard. En cas de pépin, les gentils appelaient soit la police qui arrivait en fourgonnette de boulanger itinérant, soit l’armée qui se retrouvait encerclée. Les gentils se planquaient en attendant des jours meilleurs – ça sert à ça les gentils. Quand les soldats gagnaient, grâce à des héros américains et des résistants communistes-mais-pas-que, les gentils les embrassaient et on dansait toute la nuit en mâchant des chewing-gums.

Telephone rougeEnsuite sont arrivés les combats froids. Une guerre d’intimidation à base de j’en-ai-une-plus-grosse-que-toi et si tu dépasses la frontière je te fais un Hiroshima pour toi tout seul. Planque tes missiles abruti, tout le monde t’as vu mon cochon, il n’y a pas de Baie qui tienne : détente ! Les murs tombant, la guerre s’est réchauffée et chacun a pu garder les moutons ensemble en faisant prospérer le petit commerce. Pendant quelques temps la pistole est restée en haut du placard, pour bien profiter des Glorieuses et faire péter la carte bleue.

Et puis un jour, il faudrait retrouver où et quand, la matrice est devenue floue… Le méchant s’est dilué, il a muté, il s’est glissé en intraveineuse. Aujourd’hui il est partout ; et nulle part. Il frappe par petites touches, qui d’un dessinateur de presse, qui d’une reporter en direct, d’un wagon, d’une école d’adolescentes, d’un lycée, d’un cinéma, d’un marathon, d’un musée, d’une mosquée, d’une synagogue ou d’une église, qui de quoi mais ou et donc or ni car. Il est noir, blanc, jaune ou vert, athée ou croyant, mais il a un flingue, une caméra et une page Youtube. Le mytho-mégalo-psychopathe a vu tous les films et il s’est vu dedans. Tout seul, il met le monde à ses pieds le temps d’un selfie et d’un JT, avant de se faire broyer dans l’oubli comme Mickael Vandetta.

marqueyssac_bastionDu coup quand t’es un gentil con-con, comme 90% de la planète, tu appelles qui ? Un drone ? Le drone c’est sympa, ça vole en stationnaire et ça filme les plus beaux jardins de France pour Stéphane Berne. En revanche, le drone que tu as acheté 90€ chez Auchan à Noël il s’est écrasé sur le toit une heure après l’avoir sorti de sa boîte. Sinon, pour les drones de guerre, ils marchent pas mal pour buter du Taliban récalcitrant, mais ils sont nuls pour l’intérieur des musées, rapport à la hauteur sous plafond.

Ça laisse comme une impression d’impuissance, un petit goût amer, une sorte de voile sur un bonheur possible, car oui, le bonheur est possible ! (si l’on considère qu’il n’y a pas de crise financière, ni morale, ni politique, ni religieuse, ni sociale, ni rien. Les indicateurs sont aux verts parait-il, pendant que les dépressifs sont au rouge. Hips). J’en étais où ? Ah oui, les gentils et les méchants. Solution ! On renforce la surveillance. Grâce aux renseignements, la prochaine fois qu’un mec qui s’appelle Flanagan envoie un fax de 20 pages quelque part on l’oblige à lire un roman de James Joyce, en anglais dans le texte, assis sur le crâne d’Eric Ciotti préalablement enduit de vaseline Morano, la vaseline qu’il vous faut. Ça ne le tuera pas (le méchant) mais on gagnera du temps… Mais je sens que je m’égare.

Trêve de plaisanterie ! Hier avec le coup de ces morts en direct, comme tout humain normal je me suis une fois de plus demandé comment on en était arrivé là… À chaque fois je me dis qu’on a atteint les limites, et une semaine plus tard elles sont à nouveau franchies. Le méchant tape comme la foudre en forêt, ici ou là (comment savoir ?), et il te le raconte en live avec sa tête de noeud. Il te prend à témoin et tu n’as pas d’autre choix que de le supporter, sauf à couper toute liaison avec le temps réel. Après tu l’évacues par tous les pores de ton corps, mais le mal est fait. Il va falloir vivre avec ça, une peur permanente, une trouille statistique, c’est comme l’Euromillions mais avec la mort au bout, même si t’as pas envie de jouer…

suricateContre cette roulette russe grandeur mondiale, en ces temps d’héroïsation des héros héroïques, on nous invite à nous responsabiliser. Ouvre les yeux petit scarabée, renifle le parfum de dynamite, écoute le bruit d’un chargeur qui s’enraie, reconnais le sac de contrebande, dénonce le voisin trop bruyant… Je taquine mais il y a un truc quand même… Il va peut-être falloir vivre autrement, en réapprenant les bases de la survie, trop longtemps déléguées à la police et à l’armée ? Ne plus se contenter de se figer devant le JT, mais refaire appel à nos réflexes reptiliens ? Se réarmer, et je ne parle pas des armes à feu mais de notre capacité à sentir, anticiper, esquiver, fuir au lieu de combattre et inversement…  Est-ce une régression de notre humanité ? Une défaite de la pensée des Lumières ? Un juste retour des choses ? Un cycle ? Une étape ou un nouveau départ ? La ré-acquisition d’une certaine autonomie dans la survie trop longtemps déléguée ? Je n’en sais rien et ça me fait peur.

Pour aller plus loin dans ces questionnements, j’ai décidé d’aller discuter très sérieusement avec un spécialiste de la self défense et bien plus que cela, un type qui a bossé en espaces très secrets secrets, qui forme des mecs qui forment des mecs qui forment des machines de combat, une sorte de Jedi. Je suis en cours de discussion avec lui car je n’en resterai pas là sur ce sujet qui m’intrigue et me passionne. On se fera un Hangout tous ensemble si ça vous branche, pour discuter sérieusement de ces histoires de sécurité, d’héroïsme, de préparation, d’armes ou pas d’armes, de comment vivre en paix dans un monde si violent… Je vous tiens au jus.

J’ai l’impression que si nous, les con-cons, ne reprenons pas la main, on n’a pas fini de commencer.

Musique de film, symphonie, larmes d’émotion, canette de bière.

Arnaque, vrais amis, faux amis, police et démerdenzizich !

Par Vinvin

Hier en plein milieu de l’après midi je reçois un message privé Facebook d’un contact que je ne connais pas directement, une jeune femme à l’allure charmante avec qui j’ai 5 amis en commun. Ça commence par un « coucou bonjour ». En vieux routier, je me doute bien que c’est de l’arnaque… Personne de mes amis ne commence une conversation en t’chat par « coucou bonjour ». En général je ne réponds pas et je pulvérise le contact, mais là je suis d’humeur badine…

ELLE : Coucou Bonjour

MOI : Bonjour

ELLE : tu peux te rendre chez un buraliste ou dans un kiosque à journaux et prendre aux minimums 3 coupons de rechargement PCS MASTERCARD de 250 euros chacun

MOI : Bien sûr. Et après je fais quoi ?

ELLE : Tu m’envoies les codes des coupons et si possible un scan par mail. J’attends de tes nouvelles.

MOI : OK ça roule.

ELLE : Ok je peut compter sur toi Cyrille?

MOI : Bien sûr !

ELLE : Ok a quel heure le féras tu les 3 coupons de rechargement PCS MASTERCARD de 250 euros chacun

MOI : Donne moi une heure !

ELLE : Ok pas de souci donc je compte sur toi.

MOI : Tu me connais, est-ce que je t’ai déjà laissée tomber ?

ELLE : Ok donc une fois tu as achétés les code coupons Tu m’envoies les codes des coupons et si possible.

(PAUSE) À ce stade de l’histoire, qui m’amuse, j’essaie de voir comment contacter cette jeune femme de mes amis d’amis qui s’est fait pirater son compte. J’envoie à mon ami Jean-Marc Manach (mon camarade de jeu du Vinvinteur, spécialiste du hacking, qui se trouve être dans les 5 amis communs) un SMS mais il ne me répond pas, sans doute en vacances. Les 4 autres m’ont l’air loin et déconnectés. Pris dans l’histoire, je demande de l’aide sur Twitter…

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Je me dis que ce serait assez simple. Je donne au truand des codes « marqués », comme quand les billets sont marqués dans les films ! Et hop ils le chopent quand il s’en sert, admettez que c’est malin. Mais oui c’est malin ! J’hésite cependant sur la marche à suivre, et je le dis.

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Je décide d’appeler Mastercard. Alors là le type n’en a rien, mais vraiment rien à faire, c’est impressionnant. Il me dit de porter plainte. Je lui dis que je n’ai pas que ça à faire, je suis déjà sur le dossier Morano ! Haha, non, je ne lui dis pas cela, je raccroche un peu déconfit… Et je le dis publiquement.

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OK, donc, n’ayant pas de nouvelle de @Manach, et Mastercard étant détaché du problème, je contacte la BEFTI (Brigade d’Enquête sur les Fraudes aux Technologies de l’Information) sur le conseil du Twittos @BertrandVillien. Le gars de la BEFTI est très sympa mais me dit qu’il n’y a rien à faire. Que c’est sûrement hors de notre juridiction, sous-entendu plus au sud, et qu’il n’est pas simple d’agir et qu’il en est désolé. Je lui parle de mon plan génial des codes trafiqués, il me répond « on n’est pas dans un film… ». Je lui réponds que si j’avais suggéré d’envoyer le GIGN ou des drones nucléaires, effectivement ce serait too much, mais mon idée de code ne devrait pas être si compliquée… Il l’a admis gentiment mais m’a répondu qu’ils n’étaient pas équipés pour ce genre de piège… Au revoir monsieur. Notons au passage à quel point la lutte contre la fraude sur le net est une priorité…

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À ce stade de l’enquête, je contacte Facebook. Ils sont prêts à intervenir si je leur donne l’URL de mon amie d’ami… Je leur demande 3 minutes au cas où, pour clôturer l’affaire avec mon escroc. Je recontacte donc le gars qui, je le rappelle, s’appelle ELLE dans le dialogue. Pour paraître plus naturel, je lui fais croire que j’ai eu un souci. Pas un souci grave…

MOI : Je suis embêté y’a que des codes 150€ !!!

(Long moment sans me répondre. J’insiste)

MOI : Tu es partie ? Tu n’as plus besoin de sous ?

ELLE : j’ai ete piratée évidemment.. desolée

(PAUSE) Là, je me dis : oulalala le mec est plus fort que je pensais. Il me teste. Cela doit être dans la procédure d’arnaque : ils doivent toujours vérifier si le pigeon n’a pas pris le temps de se méfier… Donc je ne me démonte pas…

MOI : Ah mais non, moi j’ai les sous !

ELLE : on peut créer un lien leetchee si tu y tiens!

(Pause) Je vous avoue qu’à ce moment-là je commence à douter. La personne connaît le site Leetchi, mais l’orthographie comme un escroc. Et en plus, je me dis que c’est peut-être un moyen de récupérer les sous autrement, en créant une cagnotte. Je fais le candide…

MOI : c’est quoi ?

(Long silence : pas de réponse)

J’ai l’impression que je suis en train de perdre mon arnaqueur… Ou alors c’est vraiment elle qui est revenue mais qui me prend pour un arnaqueur ! Je le dis sur Twitter.

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Situation ubuesque ! D’un côté moi qui ne peut pas tomber le masque au cas où mon adversaire serait vraiment très très fort et est en train de me piéger ; de l’autre côté ELLE (ou LUI) est en train d’attendre ou de me prendre pour un fou/escroc/malade/pigeon de compétition. Si c’est elle qui a repris son compte en main, elle doit vraiment me prendre pour un débile profond prêt à donner ses sous à la première personne qui lui dit « coucou bonjour ». Si c’est lui, il doit commencer à sentir le coup fourré. Dans les deux cas je suis farci… Pendant ce temps-là sur Twitter, un contact m’envoie en message privé l’adresse d’un site qui permet de récupérer l’adresse IP d’une personne si elle clique sur un lien. Je vais essayer dès que je peux, je saurai au moins où est localisé l’arnaqueur et si les flics de la BEFTI avaient raison… Je relance.

MOI : Bon alors j’en fais quoi de ces codes ?

ELLE : ne fais rien surtout

Je commence à penser que c’est vraiment elle qui a récupéré la main sur son compte. Un débile d’escroc ne peut pas bluffer au point de me demander de ne surtout rien faire… Ou alors c’est du dixième degré à la George Clooney et il veut me soutirer des millions plus tard… Je tente autre chose.

MOI : Tu es sur twitter ?

ELLE : non pas sur twitter.. enfin j’y vas jamais

MOI : Qui est notre ami commun qui est spécialisé en hacking ?

Silence. Pas de réponse. En même temps je réalise que ma question est bidon car si nous allons sur la page de nos « amis communs », la seule « profil picture » un peu louche est celle de Manach, elle représente une caméra de surveillance… J’ai l’air malin avec ma question sur le hacking… Bon, je ne comprends plus rien et j’avoue que j’irais bien me prendre une bière, je n’ai pas que ça à faire non plus… Je tente quand même le coup du lien sur le site pour récupérer l’IP (je ne vous mets pas le lien car si vous cliquez je localise vos IP, ça ne se fait pas…).

MOI : Bon je vais devoir partir… Pour récupérer tes sous c’est là : Lien.

ELLE : mais j’ai ete piratée… ne fais rien

OK. La dame insiste. Je crois que c’est vraiment elle. Tout est rentré dans l’ordre. Je dis à mes contacts Facebook que c’est réglé, et j’annonce sur Twitter que c’est la fin. 

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Je trouve dommage à ce stade de se quitter sur une patte après tous les efforts entrepris pour faire tomber l’axe du mal, j’invite donc la dame à aller lire l’ensemble de l’aventure, pour la gloire…

MOI : va lire mon fil Twitter et tu vas rire. @Vinvin

ELLE : d’accord je vais lire..! mercii

Et puis, pour voir si le détecteur d’IP fonctionne, je clique dessus moi-même ; je sais, c’est un peu triste.
Effectivement je reçois un email avec mon adresse IP.

Je suis bien avancé. 

UPDATE (1) : Elle a cliqué sur le lien « piège » quand même, sans doute par curiosité.
UPDATE (2) : Nous avons correspondu par email par la suite et je lui ai demandé si elle était bien en Guadeloupe comme le lien piège m’en informait. Elle m’a dit que non, pas du tout.
UPDATE (3) : Quant à mon adresse IP elle m’indique que je suis à Annecy. Ce qui n’est pas le cas du tout.
UPDATE (4) : Elle ne connait pas Jean-Marc Manach qui est notre ami commun. Lui non plus.
UPDATE (5) : Mais elle connaît bien un autre de nos amis qui est, paraît-il, en vacances en Corse, ce qui n’a rien à voir.

Il y aura trois mondes.

Par Vinvin

La technologie va tellement nous habiter qu’elle va disparaître… De notre vue.
C’est ce que je retire de la lecture de ces deux articles qui m’ont interpellés hier…
Le premier article raconte la passionnante aventure entrepreneuriale de Rand Hindi et le deuxième est une interview de Rafi Haladjian , inventeur en son temps de Nabaztag et créateur aujourd’hui de l’objet connecté-domotique Mother.

MOTHERSi j’ai bien tout compris à ces deux lectures, le monde qui s’annonce sera tellement connecté et simplifié que l’on ne s’apercevra plus de rien. Les données circuleront de façon indolore. L’intelligence embarquée se fera discrète pour ne rien nous imposer. Comme si la phase d’utilisation consciente et rébarbative des machines telle que nous la vivons aujourd’hui n’allait être qu’une étape intermédiaire qui nous paraîtra dans dix ans aussi archaïque qu’un vieux walkman Sony. Les objets redeviendront objets, une casserole sera casserole et une brosse à dents… Brosse à dents. Dans ce monde idyllique d’apparence « re-déconnecté », des milliards de données passeront de l’homme à l’objet et de l’objet à l’homme sans qu’on n’ait plus à se soucier du mode d’emploi, du système d’exploitation et de la puissance du processeur.

IL Y AURA TROIS MONDES.

Premier monde, la plus grande masse : les Connectés. Les connectés sont les utilisateurs bienheureux d’une technologie de plus en plus performante et discrète. Des humains protégés, à la vie simplifiée, accompagnés et servis avec intelligence, anticipation et précision. C’est nous tels que nous sommes aujourd’hui et tels que nous serons peu à peu, nous habituant à l’idée comme des grenouilles s’accoutumant à l’eau chaude dans la marmite… Les plus pauvres économiquement feront partie de ce premier monde, se connectant à crédit, grappillant comme ils pourront leur kit de survie « smartphone-voiture-domotique », pour ne pas se laisser distancer par la grande marche de l’humanité.

Elon-MuskDeuxième monde : les Concepteurs. Détenteurs de cette technologie, marionnettistes fortunés, ingénieurs savants, entrepreneurs que l’on dit de génie, visionnaires investis à qui l’on va confier notre confort. De plus en plus équipés en Intelligence Artificielle, baignés par la Biotechnologie et les Nanotechnologies, les Concepteurs vont devenir une caste à part entière : ceux qui comprennent et organisent le monde. Les Concepteurs compteront les points, les données et les dollars…

Et enfin le Troisième monde. Les Volontaires. Déconnectés par principe, résistants à l’immense matrice invisible et indolore, soucieux de préserver leur illusion de liberté, ils seront les fruits d’une rébellion philosophique revendiquée qui devra inexorablement se radicaliser. Car dans cette gigantesque carte à puce que va devenir notre humanité, une seule connexion sera suffisante pour entrer dans le système. Et comme personne ne vendra plus d’appareils déconnectés, il faudra réapprendre à se servir d’objets inanimés, sans doute se cacher des capteurs en tous genres, d’images, de sons, de parfums…Dans ce monde-là les casseroles seront juste des casseroles, les frigos seront vieux, froids et isolés, les voitures seront des vestiges carburant à l’huile frelatée et roulant sur des chemins de traverse inaccessibles en voiture sans chauffeur. Une liberté inconfortable, sans doute anachronique, jugée désuète et ridicule par l’ensemble du monde confortable. Les Volontaires ne feront peur à personne avec leurs arcs à flèches et leurs solex. Ils seront considérés comme les descendants des beatniks, des rêveurs, des attardés refusant le progrès.

3092036271_1_3_6jAVK0NYLa question maintenant, c’est : dans lequel de ces trois mondes vivrez-vous ? Et vos enfants ?

Réinventer le monde : la ruche.

Par Marion.

maya-l-abeille_3930102_2Les perles du crowdfunding.
Chaque jour des inventions d’un nouveau genre nous sont proposées : des innovations qui re-designent les usages, partent souvent d’un besoin ou d’une situation qui paraissaient éternellement figés et qui font soudain pétiller notre imagination en proposant de nouvelles solutions : elles réinventent le monde.
Le système du crowdfunding permet à certaines pépites de sortir du lot. Les fundeurs ne s’y trompent pas : quand les innovations sont réellement surprenantes, les sommes demandées sont en général dépassées en des temps records.

Pour commencer cette série « les perles du crowdfunding » (qui réinventent le monde), mon premier et plus grand coup de coeur : la Flow bee hive, la ruche Flow qui permet littéralement de consommer votre miel au robinet ! Aujourd’hui et depuis des siècles, le miel des abeilles domestiques est récolté dans des ruches qui abritent des cadres servant d’habitation aux abeilles. Pour récupérer le miel, il faut extraire les cadres, racler le miel et détruire du même coup les alvéoles : les abeilles doivent recommencer tout le processus à chaque récolte. C’est destructeur, c’est long… Et c’est stupide quand on y réfléchit bien : imaginez, si notre abeille était un vigneron, elle devrait détruire sa vigne, son tracteur et ses cuves à chaque vendange ! Les inventeurs de la Flow, après 10 ans de recherches, ont mis au point un procédé tellement simple qu’il en est bluffant (résultat, ils avaient demandé 70.000$ sur Indiegogo et ont obtenu 12.400.000$)

Les cadres de la Flow fournissent les alvéoles aux abeilles qui vont les garnir de miel.
Pour récolter ce miel, un tour de clé fait coulisser les alvéoles qui se séparent en deux, libérant le miel qui va s’écouler par un tuyau à l’extérieur de la ruche : un enfant peut le faire !
Un tour de clé inverse repositionne les alvéoles. Ce procédé est respectueux des abeilles, FACILE d’utilisation et grâce aux parois transparentes, on peut les voir travailler et admirer la progression incroyable de leur production de miel. C’est l’un des avantages, mais il y en a plein d’autres !

Une Flow sera bien sûr présente un jour dans notre jardin ! En tout cas je suis en négo…

Ci-dessous, encore un peu plus de magie…

Marion.

Comment se préparer dès maintenant à la Résistance contre les machines tueuses ?

Attention les amis, je ne parle même pas de machine autonome décidant de butter l’humain par elle-même, sur ce sujet les avis divergent sur la date mais convergent sur la perspective : nous sommes universellement tellement niais que nous y arriverons ; ce n’est pas pour demain, mais nous y arriverons.
Non, je parle des machines « presque » autonomes, avec un humain derrière.
Et là, on y est déjà.

795643-une-libe-robots-tueursHier, Libération faisait sa Une sur ses angoisses techno-alarmistes face aux armes autonomes, preuve que le sujet devient mainstream. Vous verrez que sous peu les robots-killers remplaceront au palmarès des marronniers le pouvoir des franc-maçons ou le classement des hôpitaux de France. En attendant nous sommes quand même un certain nombre à nous inquiéter de l’évolution du marché de la mort automatisée. Savoir qu’Elon Musk, Steve Wozniak, Stephen Hawking et un bon millier d’experts en I.A. s’angoissent sur le sujet n’est pas là pour réconforter mes vilains pressentiments.
Dans leur lettre ouverte, ces sommités demandent « d’interdire préventivement les armes autonomes offensives sans contrôle significatif d’un être humain ».
Et là : je m’inquiète. Parce que si la solution pour nous sauver des robots tueurs, c’est « le contrôle significatif d’un être humain », alors autant dire que c’est mort. Plié. Kaput. On l’a dans le derrière. Autant j’aurais pu faire confiance à un T1000 autonome bien programmé, autant s’il y a un humain dans le coup nous sommes farcis. Pour peu que cet humain ait à sa disposition un attirail législatif de type Loi de Surveillance ou un truc de ce goût-là, alors là ce serait le pompon ! Heureusement qu’on n’a pas cela chez nous… Hein ? Si ? Ah merde.

bateauDu coup je m’inquiète, parce que je ne suis pas Isaac Asimov ni Alain Damasio, mais si je me projette un peu, j’imagine bien que les robots, qui ne sont que des carcasses métalliques avec du soft dedans (comme des aspirateurs, mais en plus agressifs), s’appuieront sur des données froides pour agir : ils obéiront à des tâches programmées via les datas. Ils devront croiser les données pour, par exemple, supprimer tous les hommes à peau noire entre 20 et 50 ans sortant de l’eau sans papier sur les côtes méditerranéennes. Une politique des quotas d’un genre nouveau, une sorte de tri dynamique d’intérêt général qui devrait plaire à Eric Ciotti, c’est quand même plus efficace que de détruire les bateaux des passeurs Libyens.

Revenons à un exemple plus calme. Je suis au gouvernement, je n’aime pas trop les gens qui critiquent le système, ils sont une menace pour ma démocratie, c’est mon appréciation et c’est moi qui possède le « contrôle significatif ». J’envoie donc mes robots-aspirateurs « regrouper » les empêcheurs de gouverner en rond, en faisant du porte-à-porte à la recherche de toutes les Sarah Connor en herbe. La scène se passe en octobre 2028.

« Bonjour vous êtesterminator_01 Cyrille de Lasteyrie ? »
– Oui…
– Veuillez me suivre, vous êtes accusé d’avoir critiqué le gouvernement à partir du 7 mai 2017 à 20h04 et plus de 2846 fois depuis, contrevenant à la Loi de Renseignement de juillet 2015.
– Moi ? Noooooon. On m’a piqué mon mot de passe.
– Vous mentez, votre pouls est de 234, votre taux de sudation est de 65% et votre voix est plus aigüe de 43%.
– P’tain vous déconnez pas vous ? Je peux prévenir ma femme, elle fait les courses.
– Votre femme est déjà au Centre de Traitement des Menaces pour la Sécurité de l’Etat, elle vous attend…
– J’arrive ! Je prends un pull et j’arrive…
– Cette tactique de fuite élémentaire a été utilisée 8215 fois le mois dernier : ne tentez pas de partir par la porte de service ni de vous munir d’une arme ou ne serions obligés de vous pulvériser.
– Ok. Je vois le genre… Vous êtes très méchant.

drones-for-sale1-550x300Après cela, on peut aussi imaginer une petite guerre entre robots buteurs de migrants et aspirateurs à rebelles. Pendant ce temps-là, nous tous, les amibes archaïques même pas augmentées, on comptera les points en attendant qu’on vienne nous buter chercher. Ça dépendra des fichiers dans lesquels nous serons rangés.

By the way, j’ai lu qu’Amazon demandait un couloir aérien pour ses drones. Ça va être marrant le ciel, quand les drones d’Amazon croiseront les drones de Greenpeace, les drones de Daesh, les drones de la police, le drone de Noël du gamin, et tous les autres drones… On aura les cervicales bloquées vers l’arrière à force de regarder le ciel en attendant d’être happés par Eagle-Eye-Cop, le drone qui t’arrache du sol parce qu’un jour t’as buté un lion qui s’appelait Cecil.

Ok.
Donc on fait quoi ?
On arrête de travailler sur l’IA ?
On se déconnecte pour sortir du radar ?
On fume des substances rigolotes en attendant qu’ils viennent nous chercher ?
On crée des commissions d’éthique ?
On crée des contre-robots ?

Là, tout de suite, maintenant, je n’ai pas de solution.
Si vous en avez n’hésitez pas à partager. Merci d’avance.

Homme-robot

J’ai repris les maths.

good-will-hunting-math-problem-solved-03182013-133945Ça pourrait passer pour un hoax aux yeux de mes proches.
Mais c’est comme un défi à tout !

UN DÉFI À L’ORDRE DES CHOSES…

Parce que depuis trente ans, je suis un littéraire. Le gars qui écrit. J’écris depuis petit, des histoires sur des cahiers, dans les marges, sur des enveloppes ouvertes et inutilisées, sur des nappes en papier. Logiquement, je suis devenu concepteur-rédacteur, puis auteur, puis scénariste et dérivés. Tout ce temps-là, pourtant, j’ai gardé au fond de moi une forme d’attirance-répulsion pour les maths. Enfant, je n’étais pas vraiment mauvais, disons que je tournais autour de 10 sauf en géométrie ou là je pouvais vomir rien qu’en voyant une droite en croiser une autre. Je n’ai pas aimé mes profs, ils étaient tous froids et méchants, surtout cette dame un peu vilaine qui criait en appuyant sur la craie.

Et pourtant, je noue toujours une admiration infinie pour les formules et ceux qui jouent avec. J’ai l’impression de magie, de sorcellerie et de pureté. J’ai l’impression que les matheux touchent du doigt l’essentiel, quand je ne fais qu’en parler. Combien de fois me suis-je rêvé Will Hunting ? Il n’y a pas si longtemps j’étais tout seul à la maison, j’aurais pu me faire un bon « Kingsman » ou « Birdman ». Mais j’ai payé pour un documentaire : « Comment j’ai détesté les maths ». C’est un signe, ça, docteur ?

flamand roseAujourd’hui, je sens qu’en ayant exclu de ma vie un pan entier de la logique des choses, il me manque logiquement un pan entier de la compréhension du monde. Comme si jusqu’à maintenant j’avais regardé l’univers sur une patte.
Cette relation passionnelle avec les maths a donc fini par évoluer. Dans cette volonté de REPRENDRE LA MAIN, je me suis demandé quelle aurait été ma vie si j’avais choisi les maths, ingénieur plutôt que scribouilleur… Et j’ai fini cette réflexion en décidant de reprendre le cours du fleuve à sa source. On ne peut pas recommencer, mais on peut enrichir, compléter, déjouer le destin et lui faire une énorme farce !

LA KHAN ACADEMY AURAIT CHANGÉ MON PARCOURS.

J’ai commencé par m’inscrire à la Khan Academy. C’est bien simple, je pense que si la Khan Academy avait existé quand j’étais petit, j’aurais aimé les maths tendrement. Parce que ce site est une tuerie. Je me ballade dans le site comme dans un restaurant, à la carte, virevoltant de l’algèbre à la géométrie en prenant mon temps, c’est divin. Les vidéos sont claires, fraîches, douces. Les exercices sont simples et progressifs. Et si vous ne comprenez pas, il ne se passe rien de destructeur. Personne ne vous regarde de travers, personne ne vous ridiculise. Juste, vous prenez votre temps, un cahier, et vous recommencez.
Et je ne vomis plus en géométrie..

maxwells-equationJe retiens les formules sans effort, les a et les b flirtent avec les x et les y et je ne m’offusque pas que toutes ces lettres ne se regroupent pas pour former des mots et des histoires. Je commence à comprendre doucement qu’elles forment d’autres desseins.
Peut-être faudrait-il d’ailleurs commencer les maths en nous expliquant longuement à quoi ça sert avant de nous lancer dans l’inconnu des équations ?

La Khan Academy a commencé par accident, par Monsieur Khan qui voulait aider sa nièce à l’autre bout du pays. Sa nièce a montré la vidéo à ses copines, et ainsi de suite. Aujourd’hui c’est une industrie largement financée par Bill Gates, avec beaucoup d’intelligence artificielle derrière, pour mieux comprendre le fonctionnement de chacun, son rythme, ses blocages, et adapter les exercices proposés au plus juste. C’est ce que devrait faire l’école, non ?

En attendant je viens de m’acheter le Prépabrevet parce que mon fils rentre en troisième et qu’il est hors de question qu’il me largue en chemin ! Pendant qu’il s’éclate à la plage quelque part en Bretagne, je réapprends en secret comment simplifier une fraction pour la rendre irréductible. Et oui les amis, une fraction peut devenir irréductible, comme un gaulois. La suite ? Quand je serai prêt je m’inscrirai peut-être en fac, formation à distance, pour voir…
Mais ne brûlons pas les étapes, pour le moment je rentre en troisième.

Est-il possible de vivre en accord avec ses idées ?

Agricultural Fields on FarmNous nous posons la question chaque jour.

Si je m’écoutais je supprimerais tout de suite AMAZON de nos vies tant qu’ils ne paieront pas correctement leurs impôts en France. C’est ballot parce que j’aime bien Amazon.

Je supprimerais également toute alimentation ayant affaire de près ou de loin avec MONSANTO, soit parce que je crois que les pesticides sont la nouvelle bombe atomique, soit parce que la politique de copyright de Monsanto est hallucinante-ils-veulent-posséder-la-nourriture-mondiale-de-nous. Au passage, il faudrait également que je m’intéresse à toutes les marques chimiques, le problème c’est que j’ai fait des études de lettres et il va falloir que je m’en remette à des tiers de confiance pour savoir qui est gentil et qui est méchant. Le bémol avec les tiers confiance c’est qu’on ne connait pas bien leurs motivations, même en confiance…

Pour les HABITS, je ferais une enquête détaillée sur toutes les marques et les conditions de travail. J’irais ensuite témoigner à des colloques pour expliquer qu’il n’est pas acceptable que les très pauvres aient des boulots inhumains dans des usines surpeuplées à coudre des tee-shirts en amiante pour vingt centimes par mois. Ça paraît évident mais certains pensent que sans ces jobs ils crèveraient de faim davantage. Un débat houleux aurait lieu.

Il faudrait aussi que jKungFuPandae supprime le LAIT, ou en tout cas que je fasse gaffe, parce qu’on me dit dans l’oreillette que ce n’est pas si bon que ça. Il faudrait donc que je m’y connaisse pour faire la part du vrai et du faux. Alors autant je sais distinguer une vache marron d’une vache noir et blanc, autant quand j’ai du lait dans mon verre je suis comme une poule devant un cure-dent. Et puis qui me dit que cette poule sans cure-dent n’est pas chelou ? J’en sais rien moi ! Un poulet c’est un poulet. T’auras beau me mettre un label rouge sur le paquet, quand c’est plié et sans plumes ni tête ça ressemble à un poulet… Comment savoir s’il a bouffé du Roundup entouré de ses huit mille cousins entassés dans des machines sado-maso, ou s’il s’appelait Coco dans une ferme biologique tenue par un couple de hippies finlandais ayant migré dans le Larzac. Je n’en sais rien, ce n’est pas écrit dessus. Si ?

Côté INTERNET il faudrait rapidement que je me mette au code, au chiffrage, au hacking, à l’autonomie technologique, parce que je suis réellement consterné par la tournure que prennent nos libertés et nos droits. Le problème c’est que j’ai déjà du mal avec la règle de trois, je continue à la poser en me trompant. J’ai l’impression que ce n’est pas tout de suite que je vais protéger mes communications… Pourtant j’aimerais bien, vraiment. Je fais le rigolo mais je vais m’y mettre : j’ai commencé les cours de math de la Khan Academy, je viens de recevoir un mail de félicitations, je suis niveau quatrième aux Etats-Unis !

wauquiez-ciotti_scalewidth_460Si on parle POLITIQUE, normalement je devrais tout arrêter tout de suite pour m’engager parce que j’ai la moutarde qui monte au nez. Je ne peux plus voir un professionnel des plateaux en peinture ça me déclenche des palpitations. Toutes les raclures de fond d’alcôves, les récupérateurs de voix, les obscènes pourfendeurs de la vertu qui se drapent derrière leur corruption, ou l’inverse. Je voudrais que quelqu’un d’honnête et de courageux prenne les choses en main pour qu’on arrête de marcher sur la tête. Et je me dis qu’à part moi je ne vois personne en qui j’ai confiance, et encore. Le problème avec la politique, c’est qu’il faut serrer les mains et j’ai un petit blocage avec ça : j’ouvre les portes des toilettes avec mon pull pour ne pas choper les microbes… Ou alors il faudrait que je porte des gants mais ce n’est pas très convivial. Déjà que j’ai un nom à rallonge, si en plus je porte des gants sur les marchés, on va me traiter de snob, je le vois venir d’un coup !

Ensuite si j’allais vraiment au bout de nos idées, je sortirais mes enfants de l’ÉCOLE traditionnelle pour les élever totalement différemment. On ferait un tour du monde de deux ou trois ans pour comprendre l’Autre, découvrir des cultures, des modes de vie. On vivrait des moments uniques tout en conservant un lien avec l’apprentissage, via les MOOCS, les cours en ligne, les formules à distance… On devrait sacrifier un paquet de trucs mais j’imagine la richesse d’une telle expérience pour eux, et pour nous… Le problème c’est l’appart, le job, les sous, les potes, le confort, la Champion’s League et la soirée chez Lucas samedi soir… « Y’aura tout le monde ! »…
Alors le voyage chez les papous va attendre, je le sens bien…

Bref. Comment fait-on pour vivre en accord avec ses idées ?

FamilleInterrogation

Taxis/Uber pour les Nuls

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Alors.

Je résume.

Vous me direz si j’ai bien compris.

  • Les chauffeurs de taxi se font enfler depuis vingt ans par le système monopolistique discrètement mis sur pied par les taxis G7 Bleus qui parfois sont verts.
  • Si tu veux devenir chauffeur de taxi, tu fais la queue et ça te coûte un bras. Ce qui est mieux que l’inverse.
  • Une fois que t’es installé, et tandis qu’à la base tu étais quelqu’un de bien, tu deviens rapidement « un gros con de chauffeur de taxi ». Car il est évident que tous les chauffeurs de taxi sont des gros cons, comme il est évident que tous les noirs savent danser et que tous les homos sont cultivés. Ce qui se passe c’est que je MOI, PERSONNELLEMENT, JE me souviens du jour où le mec m’a enflé du coup c’est tout le métier qui prend. J’oublie les dizaines de fois où ça s’est très bien passé et où on a ri avec le chauffeur. Lui, c’était un gros con gentil. D’ailleurs j’aime bien quand je suis dans le taxi et qu’il prend le couloir de bus pendant que tous les gros cons d’automobilistes sont bloqués dans le trafic.
  • Et puis soudain d’autres chauffeurs arrivent. Notons que ces chauffeurs ne sont pas des vrais chauffeurs car ils n’ont pas de boite avec écrit Taxi sur le toit. Ça m’arrange bien parce que je n’ai jamais rien compris aux petites lumières jaunes et vertes, c’est quand c’est allumé que c’est libre ou quand c’est éteint ?

  • Ces chauffeurs sont gentils et proposent des bonbons. Ils ouvrent la porte. Ils te sourient. Ils te cirent les pompes. Ils parait même que y’en a qui font les devoirs des enfants et mettent la table. Une légende raconte que la nuit ils proposent un massage du périnée.

  • Alors ces chauffeurs-là ils sont soit dans la légalité, quand ils sont X, soit dans l’illégalité, quand ils sont Pop, ou l’inverse, j’ai pas réussi à fixer l’info. Je crois que ça dépend s’ils s’arrêtent pour attendre ou s’ils chopent le client à la volée, en ouvrant la portière et en gueulant de courir sur dix mètres pour entrer dans la voiture.

  • Ces chauffeurs-là sont des gens qui n’ont pas trouvé d’autre moyens pour survivre parce qu’il faut dire que la situation générale n’est pas folichone, notamment en terme d’argent. On pourrait dire sans se tromper, mais je ne garantis rien, que ce sont des gens aux situations précaires, qui ont investi dans un smoking made in Bengladesh et un abonnement chez Budget pour tenter de joindre les deux bouts en dehors de leurs heures de chômage.
  • Pour eux, la lumière est venue des States, grâce à la « sharing economy », l’économie du partage, qui permet d’auto-entreprendre (un auto-entrepreneur, c’est un entrepreneur qui fait travailler son auto) grâce à une appli et sans payer les taxes ringardes dont on n’a plus besoin parce que ça passe directement par une appli. La sharing economy, c’est l’art de partager sa misère sans passer par des méchantes entreprises ou administrations qui prennent leur commission au passage. Pour y parvenir, il suffit d’utiliser des applis créées par des gentilles entreprises qui prennent leur commission au passage, mais c’est pas pareil, elles sont gentilles parce qu’elles nous permettent de partager et de pas payer de commission au… hein ? Je sais plus.

  • Mais bon, je suis rassuré le gouvernement a frappé fort du poing sur la table, il a supprimé l’appli ! Et bim ! Ça me rappelle moi avec Candy Crush. Je le désinstalle tous les quinze jours parce que j’ai une volonté d’acier.
  • La société américaine qui prône la liberté des grands espaces libéraux de y’a-une-appli-pour-ça est une belle réussite et nous nous réjouissons pour elle. Si l’on ne se réjouit pas de cette belle réussite c’est qu’on est un gros con de français qui n’aime pas ceux qui font des belles réussites. Parce que c’est une belle réussite de dire à un Etat qu’il peut aller se faire voir chez les Grecs, que son appli elle est là et bien là et que je t’emmerde.

  • On a donc des précaires qui se font enfler par un monopole du XXème siècle (les taxis) qui tapent sur des précaires qui se font enfler par une innovation du XXIème siècle (les Uber), sous les yeux d’un Etat régi par des compétences du XIXème siècle, qui se fait enfler par tout le monde puisqu’à la fois les monopoles et les précaires lui pissent à la raie.
  • Notons au passage que les précaires se tapent dessus entre eux pendant que les monopoles prospèrent, youpla boom, c’est vachement bien foutu.
  • À ce stade de mon résumé je suis moi-même perdu. Je voudrais bien prendre fait et cause pour l’un ou l’autre, mais je n’y arrive pas.
  • Mais surtout là où je suis emmerdé, c’est que d’ici quelques années, les précaires taxis et les précaires pas taxis seront remplacés doucement et en souplesse par des précaires automatisés à l’intelligence artificielle, comme ces gros cons de taxi. Robots qui en ont rien à faire de joindre les deux bouts et qui pourront te masser le périnée pendant que tu joueras à Candy Crush, assis à l’arrière d’une voiture qui sent bon ton parfum sur mesure et qui n’a plus d’accident parce qu’en roulant à 30km/h avec des capteurs partout tu ne risques plus rien.

  • Je ne dis pas que ça ne va pas se faire sans un bain de sang, surtout que juste après les gros cons de taxis, les gros cons de médecins généralistes verront des applis diagnostiquer les maladies avec 1000 fois plus de précision, les gros cons de juristes verront des applis compiler les jurisprudences en 4/10èmes de seconde, les gros cons de journalistes verront des applis rédiger des articles avec bien plus de rigueur, et même les gros cons de financiers verront les softs leur demander de ne plus intervenir, s’il-vous-plait, ne touchez pas aux boutons vous risquez de tout faire foirer.

  • Ce jour-là Uber lui-même se fera Uberiser.
  • Et alors là, les amis, on se retrouvera tous comme des gros cons, Porte Maillot, pour chanter la Marseillaise en se demandant comment nous en sommes arrivés là ?
  • J’ai bien tout compris ?