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Bleus 98, Charlie, Bataclan, Johnny : les 5 points communs de la fraternité française.

Nous sommes devenus une addition de catégories qui se mettent sur la gueule, des communautés, des orientations, des opinions et des conditions, avec des étiquettes : intellos, collapsos, bobos, riches, bios, salauds, hipsters, extrémistes, écolos, féministes, pauvres, blancs, noirs, gilets jaunes, assisté, vegans, gentils, machos, complotistes, foulards rouges, connards, zèbres, bisounours, arabes, chinois, juifs, porcs balancés, putes soumises ou pas, méchants, profiteurs, journalistes, fainéants, gauchos, fachos,… etc.

Un vague terrain, la France, transformé en terrain vague. 

Nous n’avons plus rien à voir les uns avec les autres et si nous ne crevons pas l’abcès nous n’aurons bientôt plus rien à FAIRE les uns avec les autres. C’est quoi le “pays” dans un monde ultra connecté ? C’est quoi la France quand les gens qui la composent semblent n’avoir plus rien à voir entre eux ?

Je me suis dit que j’allais étudier les moments de grâce où nous avions été tous ensemble dans les 20 dernières années, et tenter de voir s’il y avait des ingrédients secrets avec lesquels nous pourrions fabriquer une potion magique pour retrouver notre amour de nous.

J’ai identifié 4 moments forts.

  • Les bleus de 98
  • Charlie Hebdo
  • Le Bataclan
  • Les funérailles de Johnny 

Il y en a eu d’autres, mais pas de cette ampleur… Et voici les résultats de l’expérience, j’ai identifié 5 gros points communs, il y en a sûrement d’autres.

1) C’est un événement rare et unique

Cela n’est jamais arrivé avant, et c’est ce qui nous touche. D’ailleurs, quand nous avons gagné la coupe du monde pour la deuxième fois, ce n’était plus ça ; même le bus des joueurs avait hâte de passer à autre chose en descendant les Champs.

2) C’est un événement qui touche à l’enfance, à l’innocence

Le football, le dessin, la musique, la chanson… Des matières optionnelles, des activités légères et désintéressées, du jeu, un retour à ce que nous étions avant que la vie ne devienne trop sérieuse. Avec du coup un choc thermique violent quand la mort et les bombes viennent ensanglanter le tableau.

3) C’est un événement universel.

Quelque chose de commun à nous tous, partageable immédiatement sans distinction de classe, de culture ou de religion. Ce qui est différent quand il s’agit du prix du diesel ou de la GPA, où l’on commence a rentrer dans des manifestations de groupes d’intérêts.

4) C’est un événement qui touche aux grandes valeurs morales

Ce sont toujours les grands sujets qui passionnent et mobilisent les foules, en l’occurence la liberté, l’amour, la jeunesse, l’art, la démocratie, la mort. On ne se passionne pas collectivement pour les détails.

5) C’est un événement qui touche à quelque chose de tribal

D’animal même. Le groupe est menacé, il se soude alors pour faire corps, pour se venger, pour gagner, pour se souvenir, pour se dire les choses, pour s’organiser. Une sorte de réunion de solidarité d’urgence pour préparer la bataille et maintenir l’équilibre et la sécurité de la tribu.

Ma question est la suivante : comment faire de 5 points exceptionnels un ciment permanent ? 

Comme avec la potion magique chez Obélix, un truc dans lequel on tomberait tous et qui serait toujours efficace pour les prochaines décennies. En d’autres termes, #1 Comment faire de ce qui est unique et rare une vertu permanente ? #2 Comment garder l’innocence et la gratuité du projet quand l’argent, la valeur des valeurs, vient tout diriger ? #3 Comment faire de l’intérêt collectif une valeur suprême, au-delà de l’individualisme crasse creusé dans les 30 glorieuses et maintenu dans la crise ? #4 Comment nous redonner goût aux grandes thématiques humaines, à l’intelligence et à l’harmonie ? #5 Comment faire de notre sens de la tribu une force positive et constructive, pas seulement le pire de ce que nous sommes ?

On peut commencer à y réfléchir…

Il faut réveiller l’ours endormi.

Ma théorie de l’ours dit que les gens honnêtes représentent 90% de l’humanité (c’est notre gros ours) mais que, comme nous sommes des gentils bien élevés, fainéants et timides, nous ne faisons rien pour nous organiser contre les loups, les requins et les hyènes qui, du haut de leurs maigres 10%, parviennent à contrôler l’ensemble de la décadence mondiale de l’intelligence, de l’humanisme élémentaire et du bon sens écologique. Alors que c’est bien connu, une fois que l’ours se réveille et donne un coupe de patte (en général après une guerre mondiale ou un drame d’envergure), il n’y a plus personne qui bronche. Il est grand temps de réveiller l’ours ; tout le monde devrait se consacrer à ce geste en priorité avant “qu’on finisse tous à poil ou avec une grenade dans le slip et une planète cramée” pour parler comme parle mon cousin Paul qui préfère ne pas m’écouter et regarder un bon match à la télévision en buvant une bière belge dont le nom m’échappe. Il m’énerve mais je comprends, tout le monde ne peut pas se sentir concerné et nous sommes des centaines de millions (je parle de nous, les humanistes primaires) les tétanisés nourris au minimum de souffrance, anesthésiés par trop d’expériences douloureuses. Chacun fait comme il peut pour se préserver et je n’en veux à personne de bien s’organiser pour être sobrement malheureux. C’est un droit essentiel face au non-sens, et je suis ceinture noire en la matière. Mais quand même. Il semblerait que dans le temps qui passe nous ayons atteint une sorte de climax un peu pénible qui consiste à la fois à la destruction de notre environnement et à la disparition des traces du Bien comme élément principal de notre sécurité et de notre confort.

Je me demandais par où commencer pour réveiller l’ours endormi.

Où prêcher sans perdre mon temps ? Par quel média et avec quel vocabulaire ? L’idée étant de se faire comprendre par tout le monde, du moins sachant au plus érudit, du plus pauvre au plus riche, dans tous les spectres de la diversité. Car comme je l’expliquais au cousin, les gens honnêtes sont partout, c’est même le gros du troupeau, et j’espérais fortement qu’il fût d’accord avec cette idée sinon mon concept de retour du Bien commençait mal et on n’avait pas besoin de ça. Il me répondit que oui, mais je crois que c’était pour que je le laisse tranquille. Car son problème à lui, sacré Paul, c’est qu’il n’était pas sûr de ma définition du bien, et pour être honnête moi non plus, conscient qu’en la matière chacun voit midi à sa porte (expression que je n’ai jamais comprise mais qui semble indiquer une sorte d’individualisme bien réparti chez les humains qui s’organisent en fonction de leur point de vue, ce qui est logique car il est extrêmement difficile ou en tout cas très altruiste de voir le monde avec les yeux d’un autre, ce serait peut-être la solution remarquez, mais on n’en est pas là).

Dignité

Dans ma vision du bien, que j’essaie de dessiner la plus légèrement possible pour ne choquer personne, disons que l’idée tient autour d’un mot, la dignité. Le reste n’étant qu’une gigantesque déclinaison de concepts et d’interprétations. Mais la dignité j’aime bien, c’est élégant, on oublie même que c’est le mot clé de la première ligne de la Déclaration des droits de l’homme de 1948. On n’en parle jamais mais le mot n’a pas été mis là par hasard. Les années noires et les camps de concentration ont marqué les esprits et les corps, et dans le détail des atrocités, ce qui fût le plus horrible (à entendre ceux qui l’ont vécu), fût la destruction programmée et méthodique de la dignité, cette enveloppe informelle qui nous tient debout et fait de nous ce que nous sommes, simplement parce que nous sommes. Du verbe être, sans autre précision, ni race ni religion, ni richesse ni défauts, juste nous, là, présents, dignes d’être en étant, point. Pas de “mais”, pas d’exception. La dignité étant la base de tout, c’est l’arme suprême, l’immunité absolue contre tous les meurtriers de la pensée et du coeur. Ce qui menace la dignité d’un seul menace chacun de nous. Il est alors facile d’orienter ses choix et ses actes en fonction d’elle, pas besoin de chercher loin. Ce qui n’est pas digne nous réduit, ce qui est digne nous élève. Ce qui menace la dignité menace mon être profond car si je ferme les yeux je consens, à être moins digne, soit parce que je me crois supérieur et dans ce cas j’entre dans la catégorie des raclures, soit parce que je suis faible, fatigué, endormi, confortablement installé dans mon anesthésie, et dans ce cas il faudrait me réveiller. Vite.

Les réseaux sociaux sont en train de mourir…

La belle aventure aura duré dix ans. Avant 2007, nous étions déconnectés, isolés dans nos villages, amis de quelques uns, reliés à pas grand monde le temps d’une vie. Puis Facebook et Twitter ont changé la donne. Nous nous sommes parlés, d’un pays à l’autre, en petits messages puis en photos et vidéos. Nous sommes devenus bavards et curieux les uns des autres, sous le regard moqueur des sentinelles de la dignité, politiciens, médias, amis incrédules et inquiets pour notre propension à « raconter nos vies à des inconnus »…

Enfin les politiciens, les médias et les amis incrédules ont rejoint la partie, découvrant enfin leur intérêt à se connecter à l’autre. Pour finir ce sont eux qui occupent l’espace tandis que l’impulsion d’origine a disparu.

Désormais le terrain de jeu est quantifié, quadrillé, scruté et manipulé.
Il est une fenêtre sur le bruit du monde, l’écume des mots déposés sans filtre à la merci du premier visiteur unique. Vous ouvrez Twitter et vous cherchez au milieu d’une montagne d’ordures le petit caillou qui brille, en souvenir d’un temps que les moins de vingt ans ne veulent même pas connaître.

Foire d’empoigne des anti-contre, anti-chambre de l’ennui sponsorisé, Twitter et peu à peu Facebook se transforment en déversoirs de notre dépression collective, calculée par datas et par affinités

On scrolle comme on feuillette un magazine de salle d’attente, en espérant ne pas nous salir les mains. La quête d’une vidéo qui fait rire ou d’un article un peu intéressant oblige à se farcir pour la millième fois cette vidéo que vous avez déjà vue et cet article qu’on vous recommande encore. L’information est tellement vite obsolète qu’on ne prend même plus le temps de dire qu’elle est « old »; on passe, l’oeil bovin, en espérant la suite. Ce manège creuse peu à peu notre mésestime de nous. Nous savons que nous perdons du temps mais, au fond, nous n’avons peut-être rien de mieux à faire. Quand un proche nous demande ce que nous faisons, nous ne savons pas comment répondre: « je zappe sur le net… », « Je regarde Facebook… », « Je fais le tour du web… »; ce qui se conçoit bien s’énonce clairement disait l’autre.

Décrire cette situation comme je le fais ici, c’est aussi s’exposer à l’analyse vite faite bien faite des psychologues à deux balles: ceux qui savent. Ayant lu votre statut en quelques secondes, entre la vidéo d’un russe qui se suspend du haut d’une grue et d’une famille de canetons qui traverse l’autoroute, il sait cependant, le Freud de pacotille, que si vous dites ça c’est parce que ça, et que ça s’explique car ça et ça et t’avais dit ça, et ta gueule.

Soudain vous ne savez plus pourquoi vous êtes là, pourquoi vous parlez et pourquoi ça vous énerve.
Vous fermez l’ordinateur ou le smartphone, jusqu’à la prochaine fois. Je ne suis pas le seul à régulièrement exprimer ce malaise, et j’en connais parmi mes amis qui le répètent, visionnaires, depuis le premier jour. Cela fait des mois que j’observe le manège rouiller et ralentir, sans commentaire, tranquille. J’ai supprimé mes 31.500 tweets pour commencer à faire le ménage, et ce n’est pas fini.

Dans le même temps j’observe mes enfants, 16 et 14 ans, et l’usage qu’ils en font. Photos et vidéos en masse. Consommateurs de contenus Youtube, Instagram, ils ne perdent pas de temps à convaincre des inconnus ou échanger des portions d’idées. Ils se gavent d’images et communiquent avec leurs communautés, soit leurs amis de la vie réelle, soit leurs amis affinitaires sur tel ou tel sujet, mangas, musique, cinéma, etc. Pas d’expression d’idées personnelles longuement développées comme celles de leur père, pas de clashs sur Mélenchon ou Trump. Ils pianotent plus vite que leur ombre pour se photographier et se dire qu’ils existent, en groupe, s’envoient des photos trafiquées qui durent le temps d’un rire, organisent la soirée de demain en commentant celle d’hier, créent des liens d’une force qui surpassent en quantité tous les échanges que nous vivions étant jeunes; je dis bien en quantité.

Pour la qualité, nous verrons dans vingt ans ce qu’ils diront à leurs psys (de toutes façons ce sera de notre faute). Ils disposent d’une plateforme de vie en groupe, accélérant les histoires d’amour, début, milieu, fin, multipliant les « potes » dans un monde aux possibilités multipliées. Ils sont moins cons qu’ils en ont l’air, ils ont compris les règles. Pas dupes, amusés, ils sont moins inquiets que nous.

Notre « arrête les écrans » a la même portée que le « arrête la télé » de notre enfance.
Ils s’enferment aux toilettes prétextant des gastros pour continuer à discuter sur Snap’ et gagner des flammes (ouais), preuves de leur assiduité à être dans le flow. Pour eux c’est ça le monde; notre vision vintage est nulle et non avenue.

Voilà comment je vois la suite, je suis prêt à prendre les paris

Rendus hyperconnectés, pouvant communiquer avec tout le monde dans un monde devenu plateforme (les murs, les frigos, les voitures, les miroirs, les canapés, les slips, tout sera connecté), nous n’aurons plus envie de communiquer avec tout le monde.

La pression technologique nous entourant va nous conduire à nous re-protéger, nous ré-isoler et choisir consciencieusement nos amis, comme les ados.
Nous évoluerons par communautés connectées, accessibles en un battement de cils, dilués dans une idée plus grande que nous, partageant une vision du monde qui nous fait du bien. L’agora, l’arène, la foire d’empoigne, seront isolées dans un coin pour belliqueux agressifs, entre slogans publicitaires, fake news et auto-promo. Ces espaces dédiés au dégueuli de l’âme humaine seront comme des salles de shoot pour frustrés du verbe haut. Ailleurs se joueront les vraies relations, en ligne ou dans un parc.

Nous allons progressivement reprendre une vie normale, après avoir découvert que nous sommes tous des blaireaux et qu’il n’était pas très malin de nous filer des outils pour le démontrer publiquement. Les réseaux dits « sociaux » vont s’émousser doucement pour ne garder que la partie réseaux. Pour le social on repassera, chacun se regroupant derrière une tendre et calme vision de l’amitié.

Le burn out français et nos résignations

J’ai atteint un tel niveau d’exaspération politique que j’ai l’impression d’être au bord du burn out. Chaque jour je prends directement dans le ventre la honteuse réalité. Je vis dans un pays malade de partout, avec à sa tête des petits français, élus par la magie de tous nos renoncements, assis sur leurs privilèges, vidant les caisses à tour de rôle et à tours de bras sous nos yeux ébahis, se moquant allègrement de nos conversations et de nos avis, s’octroyant des primes, des salaires, des taux, des toits et des avantages généreux, inventant des lois scélérates sous la panique, chantant la Marseillaise au Congrès de Versailles, la larme à l’oeil entre deux mises en examen, désertant leur poste à l’Assemblée, démissionnant de leurs ministères pour retrouver leur mairie, profitant de leur poste, les yeux dans les yeux, pour placer l’oseille au frais, écrivant des livres de promesses malodorantes, courant de plateaux en plateaux pour déverser leurs éléments de langage, vidant le langage de tous ses éléments, bafouant la vérité au profit du profit, mentant le mardi pour se repentir le jeudi et se représenter le dimanche, la gueule enfarinée, rasant gratis et sans état d’âme, bénis par leurs camarades de promotion, coudes à coudes, soudés, calés dans les dorures, au son de la trompette républicaine lustrée par notre impôt massif et note dette souveraine.

J’ai la nausée, elle est là et elle ne me quitte plus, elle s’intensifie.

Je cherche des traces de l’intérêt général, je ne le trouve pas. Il a été noyé sous les partis, les syndicats, les associations, les lobbies, les groupes, les intérêts particuliers, les privilèges des uns qui font les bénéfices des autres. Le blocage est total, les verrous sont rouillés et les flambeurs continuent de parader devant six millions de chômeurs, une école qui se délite, une santé attardée, un indice de bonheur qui s’écroule au 29ème rang derrière le Qatar et une consommation d’anti dépresseurs qui fait le délice de nos laboratoires, eux aussi bien placés dans la course aux bien placés. Je dégueule ma peine et je pisse dans un violon. Comme vous. Français impuissant à qui l’on fait croire tous les cinq ans qu’ils ont leur destin en main, comme des veaux qu’on mène à l’abattoir en leur caressant le flanc sous une musique douce pour faciliter l’anesthésie. Cinq ans à nous déchirer pendant qu’une petite bande de petits français joue avec nos vies, nos économies, nos rêves de bonheur simple et de paix sociale. De temps en temps ils nous filent un os à ronger, qui d’un mariage pour tous, qui d’une loi de renseignement, qui d’une déchéance ou d’une indignité, et nous sautons dessus comme prévu, en bons petits soldats. Ils nous divisent à l’intérieur de nos familles, à l’heure où nous devrions plus que jamais nous aimer. Je suis écoeuré et perdu, silencieux, tétanisé par le sentiment d’impuissance. Les gens comme moi n’appartiennent à aucun intérêt particulier, hors celui de vivre bien ensemble, sans se déchirer, sans se méfier les uns des autres, tranquillement vivants sans faire de vague. Mais ça ne se passe plus comme ça… Cet hiver, l’un des nôtres est mort à trois cents mètres de l’Elysée. Je dis bien l’un des nôtres. Un membre du village, un cousin de cousin, certainement. On l’a laissé crever comme un rat aux pieds du Palais. Sans domicile. Pendant ce temps-là l’Élu assistait à des matchs de rugby et commémorait les chrysanthèmes, s’asseyait sur l’Histoire pour laisser une trace, de frein. Je n’en veux plus, de ces simulacres d’un temps passé et révolu.
Je ne veux plus d’un homme qui dit « moi je », il est temps que nous disions Nous. Aucune raison morale, technique et même de bon sens, qu’un seul homme du haut de ses petits arrangements entre amis, puisse décider d’envoyer le pays dans la guerre, et même de nommer la guerre, sans que nous, NOUS, ayons dit qu’il le pouvait. Aucune raison de modifier notre constitution sur l’autel de la peur. Aucune raison de prendre seul des responsabilités plus grande que lui. Sommes-nous donc fous d’oublier sans cesse, de fermer les yeux, comme ces femmes battues qui voudraient fuir mais ne le peuvent pas, prisonnières d’une peur qui les paralyse ? Si peu de choix entre l’incompétence, la malhonnêteté et la résignation ? Nous irons bientôt, en 2017, comme des moutons sous morphine, choisir entre trois personnages, glissant dans l’urne le nom d’un comédien, maquillé, média-trainé, porté par des intérêts qui nous sont étrangers. Le goût des jeux, même sans le pain, nous donnera quelques temps notre dose d’adrénaline et comblera notre sens du débat. Le lendemain, les trois quarts de la population auront la gueule de bois et retourneront tête baissée vaquer à leurs espoirs corrompus, jusqu’en 2022.

J’ai perdu le goût de ce cirque. Le pays est au bord du burn out et à la fin de cet article, je ne sais toujours pas ce que je peux faire. Cercle vicieux et vertigineux. Ce qui me fait peur, c’est ma propre résignation et cette colère stérile qui ne fait qu’engendrer de la colère stérile. À quel moment la somme de ces colères pourra-t-elle produire un son commun, un premier pas vers une remise au goût du jour de notre dignité ?

Être gentil jusqu’au moment de ne plus l’être…

Par @Vinvin

Avant c’était plus simple. Il y avait les méchants et les gentils.

FourgonLes gentils étaient protégés par la police et par l’armée. Les méchants étaient faciles à reconnaître, ils avaient un uniforme allemand ou des costards à la Audiard. En cas de pépin, les gentils appelaient soit la police qui arrivait en fourgonnette de boulanger itinérant, soit l’armée qui se retrouvait encerclée. Les gentils se planquaient en attendant des jours meilleurs – ça sert à ça les gentils. Quand les soldats gagnaient, grâce à des héros américains et des résistants communistes-mais-pas-que, les gentils les embrassaient et on dansait toute la nuit en mâchant des chewing-gums.

Telephone rougeEnsuite sont arrivés les combats froids. Une guerre d’intimidation à base de j’en-ai-une-plus-grosse-que-toi et si tu dépasses la frontière je te fais un Hiroshima pour toi tout seul. Planque tes missiles abruti, tout le monde t’as vu mon cochon, il n’y a pas de Baie qui tienne : détente ! Les murs tombant, la guerre s’est réchauffée et chacun a pu garder les moutons ensemble en faisant prospérer le petit commerce. Pendant quelques temps la pistole est restée en haut du placard, pour bien profiter des Glorieuses et faire péter la carte bleue.

Et puis un jour, il faudrait retrouver où et quand, la matrice est devenue floue… Le méchant s’est dilué, il a muté, il s’est glissé en intraveineuse. Aujourd’hui il est partout ; et nulle part. Il frappe par petites touches, qui d’un dessinateur de presse, qui d’une reporter en direct, d’un wagon, d’une école d’adolescentes, d’un lycée, d’un cinéma, d’un marathon, d’un musée, d’une mosquée, d’une synagogue ou d’une église, qui de quoi mais ou et donc or ni car. Il est noir, blanc, jaune ou vert, athée ou croyant, mais il a un flingue, une caméra et une page Youtube. Le mytho-mégalo-psychopathe a vu tous les films et il s’est vu dedans. Tout seul, il met le monde à ses pieds le temps d’un selfie et d’un JT, avant de se faire broyer dans l’oubli comme Mickael Vandetta.

marqueyssac_bastionDu coup quand t’es un gentil con-con, comme 90% de la planète, tu appelles qui ? Un drone ? Le drone c’est sympa, ça vole en stationnaire et ça filme les plus beaux jardins de France pour Stéphane Berne. En revanche, le drone que tu as acheté 90€ chez Auchan à Noël il s’est écrasé sur le toit une heure après l’avoir sorti de sa boîte. Sinon, pour les drones de guerre, ils marchent pas mal pour buter du Taliban récalcitrant, mais ils sont nuls pour l’intérieur des musées, rapport à la hauteur sous plafond.

Ça laisse comme une impression d’impuissance, un petit goût amer, une sorte de voile sur un bonheur possible, car oui, le bonheur est possible ! (si l’on considère qu’il n’y a pas de crise financière, ni morale, ni politique, ni religieuse, ni sociale, ni rien. Les indicateurs sont aux verts parait-il, pendant que les dépressifs sont au rouge. Hips). J’en étais où ? Ah oui, les gentils et les méchants. Solution ! On renforce la surveillance. Grâce aux renseignements, la prochaine fois qu’un mec qui s’appelle Flanagan envoie un fax de 20 pages quelque part on l’oblige à lire un roman de James Joyce, en anglais dans le texte, assis sur le crâne d’Eric Ciotti préalablement enduit de vaseline Morano, la vaseline qu’il vous faut. Ça ne le tuera pas (le méchant) mais on gagnera du temps… Mais je sens que je m’égare.

Trêve de plaisanterie ! Hier avec le coup de ces morts en direct, comme tout humain normal je me suis une fois de plus demandé comment on en était arrivé là… À chaque fois je me dis qu’on a atteint les limites, et une semaine plus tard elles sont à nouveau franchies. Le méchant tape comme la foudre en forêt, ici ou là (comment savoir ?), et il te le raconte en live avec sa tête de noeud. Il te prend à témoin et tu n’as pas d’autre choix que de le supporter, sauf à couper toute liaison avec le temps réel. Après tu l’évacues par tous les pores de ton corps, mais le mal est fait. Il va falloir vivre avec ça, une peur permanente, une trouille statistique, c’est comme l’Euromillions mais avec la mort au bout, même si t’as pas envie de jouer…

suricateContre cette roulette russe grandeur mondiale, en ces temps d’héroïsation des héros héroïques, on nous invite à nous responsabiliser. Ouvre les yeux petit scarabée, renifle le parfum de dynamite, écoute le bruit d’un chargeur qui s’enraie, reconnais le sac de contrebande, dénonce le voisin trop bruyant… Je taquine mais il y a un truc quand même… Il va peut-être falloir vivre autrement, en réapprenant les bases de la survie, trop longtemps déléguées à la police et à l’armée ? Ne plus se contenter de se figer devant le JT, mais refaire appel à nos réflexes reptiliens ? Se réarmer, et je ne parle pas des armes à feu mais de notre capacité à sentir, anticiper, esquiver, fuir au lieu de combattre et inversement…  Est-ce une régression de notre humanité ? Une défaite de la pensée des Lumières ? Un juste retour des choses ? Un cycle ? Une étape ou un nouveau départ ? La ré-acquisition d’une certaine autonomie dans la survie trop longtemps déléguée ? Je n’en sais rien et ça me fait peur.

Pour aller plus loin dans ces questionnements, j’ai décidé d’aller discuter très sérieusement avec un spécialiste de la self défense et bien plus que cela, un type qui a bossé en espaces très secrets secrets, qui forme des mecs qui forment des mecs qui forment des machines de combat, une sorte de Jedi. Je suis en cours de discussion avec lui car je n’en resterai pas là sur ce sujet qui m’intrigue et me passionne. On se fera un Hangout tous ensemble si ça vous branche, pour discuter sérieusement de ces histoires de sécurité, d’héroïsme, de préparation, d’armes ou pas d’armes, de comment vivre en paix dans un monde si violent… Je vous tiens au jus.

J’ai l’impression que si nous, les con-cons, ne reprenons pas la main, on n’a pas fini de commencer.

Musique de film, symphonie, larmes d’émotion, canette de bière.

Ces héros de comptoir qui savent ce qu’ils auraient fait…

Par @Vinvin

Thalys rijtuig 3_13_23Vous êtes assis à votre siège, coincé par votre voisine qui regarde un film, vous entendez derrière des « clic, clic, clic », des cris, des bruits bizarres… Il s’est déjà passé trois, quatre secondes, et puis quelqu’un court, vous ne savez pas pourquoi, puis encore des cris et des peurs, dans différentes langues, vous vous levez vaguement mais autour de vous des gens se baissent, ils ont peut-être raison, et des bris de verre, des clic, clic encore, des cris, – dix secondes -, vous vous décidez à vous lever et là le train s’arrête, quelqu’un a brisé la glace, en se blessant peut-être. Vous apercevez un type bizarre et un autre qui court vers lui, et des coups. Il s’est écoulé quinze secondes, peut-être vingt, pendant lesquelles ce que vous avez pensé dépend de :
– Si vous êtes seul ou en famille,
– Si vous êtes à une place depuis laquelle vous pouvez vous extirper,
– Si vous vous sentez physiquement capable d’affronter un ou plusieurs hommes armés (les images de Charlie vous hantent encore et pendant ces quelques secondes ce sont plutôt les images de cadavres qui vous reviennent),
– Si vous avez des notions de ju-jitsu,
– Et même si vous en avez, ça ne vous prépare pas à une Kalachnikov, à moins d’être à un mètre en face à face avec une arme en plastique et dans un gymnase,
Des gens passent et vous vous demandez s’ils fuient ou s’ils sont blessés,
– Si vous comprenez bien les cris qu’on entend,
– Si vous pouvez réunir du monde avec vous,
– S’ils sont nombreux ?
– S’ils coupent les têtes, lâchent des bombes et brûlent des femmes ?
Votre pouls s’accélère, vous avez peur, très très peur,
– Si votre fils vous attend à la gare ?
– Si on ne va pas attendre un peu pour voir ce qui se passe, prendre le temps d’analyser parce que là ça va trop vite ?

chronoVous vous levez enfin, enjambez votre voisine, – vingt-cinq secondes -, vous courrez vers le fond du wagon et voyez des types au sol, vous êtes juste derrière des gars solides qui tiennent un mec torse nu, il y a du sang partout, vous étiez juste à quelques mètres, quelques secondes, vous auriez pu bouger, c’est allé tellement vite… On entend des gens pour dire que la situation semble sous contrôle.

Il s’est passé vingt-secondes au choeur du chaos ; comme tout le monde, vous étiez paralysé dans la méconnaissance de ce genre de situation que vous n’avez jamais vécue. Parce que jamais personne ne s’est retrouvé dans un Thalys dans lequel un type tire à la Kalachnikov, et donc il n’y a aucun livre, aucun repère sur ce sujet dont vous ignorez tout : vous ne savez pas, vous n’êtes rien. La peur totale et solitaire, et des bruits sourds qui flottent. Et les héros ? Des types qui avaient un panel de données très différentes, un angle de vue, une position dans la scène, un âge, une force, une cohésion amicale, des informations et des expériences plus précises (retour d’Afghanistan, pas un poste de commercial dans la banque comme vous), une opportunité sans doute, et qui ont transformé ce minimum de temps en une action presque mécanique, comme vous l’auriez d’ailleurs peut-être fait si vous vous étiez retrouvé quatre rangs plus en arrière, à la sortie des toilettes, avec vingt ans de moins, personne à vos côtés, des chaussures sans lacet ou un slip kangourou, que sais-je.
SeagalComment savoir quelle personne vous êtes dans des conditions extrêmes, dans l’urgence absolue ? C’est impossible. C’est juste impossible. Au milieu du chaos les sens partent en sucette, les repères sont brouillés, les décisions se prennent en un dixième de seconde, un battement de coeur qui ne vous appartient plus. Dans le chaos instantané, les « héros » sont mus par une pulsion qui est la synthèse exceptionnelle de ce qu’ils sont, de ce qu’ils ont vécu, des informations qu’ils ont et d’un espace de réaction infime qui se présente à eux. Certains moins solides se baissent en se cachant la tête dans leurs mains, parce qu’à cet instant, en ce dixième de seconde, la somme de leurs données les tétanise plutôt que les met en mouvement ; et d’autres foncent tête baissée et deviennent des héros quand ça tourne bien (merci encore les gars !), des cercueils dans le cas contraire.

Ce que j’aurais fait moi ? Aucune idée. Et je suis toujours épaté par ceux qui savent avec tant de certitude qui sont les lâches et les courageux ; et surtout qui savent avec aplomb comment ils auraient réagi en pareille circonstance. Fascinant.

Coup de gueule de Jean-Michel Planche : à lire.

Par @Vinvin

Au hasard des lectures numériques, parfois on tombe sur une écriture et une pensée qui résonnent avec la vôtre. Dans le cas présent, Jean-Michel Planche réagit dans son article à un article du Business Insider qui relaie la philosophie éducative dans la Valley, préparant les étudiants à « être à la demande »

Je vous pose ici le début de l’article, la suite est sur son blog.

Be on demand …

« Be on demand » … bien sûr on parle d’éducation « on demand », bien sûr …
Et quand je parle d’éducation, je parle d’un apprentissage directement utile pour les sociétés « clientes mentionnées ». (je vous laisse deviner et à défaut lire l’article et chercher)

Il est des fois où je crois que je rêve … mais non. Oser écrire des choses comme cela est déjà grave, mais AUCUNE réaction de la « société civile », engluée dans des fin de mois difficiles pour beaucoup et même dans des débuts de mois difficiles pour d’autres.

Vous allez me dire, mais quel est le problème ? fournir un « job » à « tout plein » de gens, c’est formidable non ?
Et puis ça n’est pas nouveau, depuis l’irruption des entreprises dans le monde éducatif, jusqu’à des programmes comme « tous codeurs », on y est.
On apprend pas à ANALYSER ET PROGRAMMER, mais à coder. On n’apprend pas le sens, l’histoire, le pourquoi, mais à être (si possible) efficace en « dot Net ».
On n’apprend pas les sciences que l’on dit « molles« , on formate à coup d’équations et de « dur ». On apprend pas à penser, mais à résoudre, comme des machines. A ce jeu, serons nous toujours les plus efficaces ?

D’un coté, vous me direz que l’on passe d’un SAVOIR, à un SAVOIR FAIRE et que c’est déjà pas si mal non ? … surtout si cela permet d’avoir un petit « job » peinard, pour subvenir à ses besoin … Et bien non. Je vous dirais que je n’aime pas ce monde que l’on nous dessine formate. (…) La suite est ici.

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Cette illustration et d’autres, ici, trouvées grâce au Twitter de Jean-Michel Planque.

Avec le Grand Bullshit, ça va péter.

Par @Vinvin

BullshitHallOfFameLa rentrée se rapproche, le flux va reprendre, et avec lui le Grand Bullshit.

Mais cette année je l’attends de pied ferme. Je suis prêt. En alerte totale, DEFCON 12 ! J’ai lustré le radar anti-bullshit pendant l’été, j’ai décapé le moteur, poncé mes résistances, nettoyé le pare-brise de mes résignations : plus rien ne passe. Plus rien. C’est en train de modifier mon ADN, je le sens. Chaque coup porté par le mensonge régénère ma batterie anti-bullshit. J’ai même une antenne qui a poussé (et qui me gène un peu pour m’assoir), c’est une antenne qui sort quand un politique essaie de s’introduire dans mon fondement – pour rester poli -, et ça arrive de plus en plus souvent, je suis sûr que vous l’avez remarqué vous aussi. Je ne dis pas qu’ils essaient tous, mais certains sont clairement récidivistes. Comment ça se passe ? Je vois un tweet ou une déclaration d’un politique et hop, mon antenne sort et hop, bidibidibidi : ta gueule ! Je suis protégé l’espace de quelques heures, ça sert de bouclier…

Le problème, c’est que la protection est provisoire et qu’elle nourrit dans le même temps un vent de révolte. Alors je sais bien que nourrir un vent dans le fondement, ce n’est bon pour personne, et c’est bien là le problème. Nous sommes tous, mais tous, en état de fermentation profonde. Pas une conversation qui ne finisse pas par un « ça va péter » ! Et ça, c’est la faute du Grand Bullshit. Je file cette métaphore poétique parce que j’ai le sentiment qu’avec 2017 approchant, le Grand Bullshit va s’intensifier, prendre des dimensions bullshitesques qui feront passer Donald Trump pour un intellectuel et Eric Ciotti pour un humaniste, ou inversement. On va se marrer dans les chaumières à coups d’austérité par-ci, autorité par-là, assistant comme des bovins au passage du train médiatique, ruminant nos gaz méthane jusqu’à la prochaine fois, ballonnés et ballotés, victimes de notre impuissante clairvoyance. Il faut donc que nous, vous, #LesGens, continuions à parler, s’énerver, tenter des trucs, se liker les coudes et surtout partager les belles nouvelles idées.

Le Grand Bullshit doit être combattu, sinon ça va chier.

Arnaque, vrais amis, faux amis, police et démerdenzizich !

Par Vinvin

Hier en plein milieu de l’après midi je reçois un message privé Facebook d’un contact que je ne connais pas directement, une jeune femme à l’allure charmante avec qui j’ai 5 amis en commun. Ça commence par un « coucou bonjour ». En vieux routier, je me doute bien que c’est de l’arnaque… Personne de mes amis ne commence une conversation en t’chat par « coucou bonjour ». En général je ne réponds pas et je pulvérise le contact, mais là je suis d’humeur badine…

ELLE : Coucou Bonjour

MOI : Bonjour

ELLE : tu peux te rendre chez un buraliste ou dans un kiosque à journaux et prendre aux minimums 3 coupons de rechargement PCS MASTERCARD de 250 euros chacun

MOI : Bien sûr. Et après je fais quoi ?

ELLE : Tu m’envoies les codes des coupons et si possible un scan par mail. J’attends de tes nouvelles.

MOI : OK ça roule.

ELLE : Ok je peut compter sur toi Cyrille?

MOI : Bien sûr !

ELLE : Ok a quel heure le féras tu les 3 coupons de rechargement PCS MASTERCARD de 250 euros chacun

MOI : Donne moi une heure !

ELLE : Ok pas de souci donc je compte sur toi.

MOI : Tu me connais, est-ce que je t’ai déjà laissée tomber ?

ELLE : Ok donc une fois tu as achétés les code coupons Tu m’envoies les codes des coupons et si possible.

(PAUSE) À ce stade de l’histoire, qui m’amuse, j’essaie de voir comment contacter cette jeune femme de mes amis d’amis qui s’est fait pirater son compte. J’envoie à mon ami Jean-Marc Manach (mon camarade de jeu du Vinvinteur, spécialiste du hacking, qui se trouve être dans les 5 amis communs) un SMS mais il ne me répond pas, sans doute en vacances. Les 4 autres m’ont l’air loin et déconnectés. Pris dans l’histoire, je demande de l’aide sur Twitter…

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Je me dis que ce serait assez simple. Je donne au truand des codes « marqués », comme quand les billets sont marqués dans les films ! Et hop ils le chopent quand il s’en sert, admettez que c’est malin. Mais oui c’est malin ! J’hésite cependant sur la marche à suivre, et je le dis.

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Je décide d’appeler Mastercard. Alors là le type n’en a rien, mais vraiment rien à faire, c’est impressionnant. Il me dit de porter plainte. Je lui dis que je n’ai pas que ça à faire, je suis déjà sur le dossier Morano ! Haha, non, je ne lui dis pas cela, je raccroche un peu déconfit… Et je le dis publiquement.

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OK, donc, n’ayant pas de nouvelle de @Manach, et Mastercard étant détaché du problème, je contacte la BEFTI (Brigade d’Enquête sur les Fraudes aux Technologies de l’Information) sur le conseil du Twittos @BertrandVillien. Le gars de la BEFTI est très sympa mais me dit qu’il n’y a rien à faire. Que c’est sûrement hors de notre juridiction, sous-entendu plus au sud, et qu’il n’est pas simple d’agir et qu’il en est désolé. Je lui parle de mon plan génial des codes trafiqués, il me répond « on n’est pas dans un film… ». Je lui réponds que si j’avais suggéré d’envoyer le GIGN ou des drones nucléaires, effectivement ce serait too much, mais mon idée de code ne devrait pas être si compliquée… Il l’a admis gentiment mais m’a répondu qu’ils n’étaient pas équipés pour ce genre de piège… Au revoir monsieur. Notons au passage à quel point la lutte contre la fraude sur le net est une priorité…

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À ce stade de l’enquête, je contacte Facebook. Ils sont prêts à intervenir si je leur donne l’URL de mon amie d’ami… Je leur demande 3 minutes au cas où, pour clôturer l’affaire avec mon escroc. Je recontacte donc le gars qui, je le rappelle, s’appelle ELLE dans le dialogue. Pour paraître plus naturel, je lui fais croire que j’ai eu un souci. Pas un souci grave…

MOI : Je suis embêté y’a que des codes 150€ !!!

(Long moment sans me répondre. J’insiste)

MOI : Tu es partie ? Tu n’as plus besoin de sous ?

ELLE : j’ai ete piratée évidemment.. desolée

(PAUSE) Là, je me dis : oulalala le mec est plus fort que je pensais. Il me teste. Cela doit être dans la procédure d’arnaque : ils doivent toujours vérifier si le pigeon n’a pas pris le temps de se méfier… Donc je ne me démonte pas…

MOI : Ah mais non, moi j’ai les sous !

ELLE : on peut créer un lien leetchee si tu y tiens!

(Pause) Je vous avoue qu’à ce moment-là je commence à douter. La personne connaît le site Leetchi, mais l’orthographie comme un escroc. Et en plus, je me dis que c’est peut-être un moyen de récupérer les sous autrement, en créant une cagnotte. Je fais le candide…

MOI : c’est quoi ?

(Long silence : pas de réponse)

J’ai l’impression que je suis en train de perdre mon arnaqueur… Ou alors c’est vraiment elle qui est revenue mais qui me prend pour un arnaqueur ! Je le dis sur Twitter.

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Situation ubuesque ! D’un côté moi qui ne peut pas tomber le masque au cas où mon adversaire serait vraiment très très fort et est en train de me piéger ; de l’autre côté ELLE (ou LUI) est en train d’attendre ou de me prendre pour un fou/escroc/malade/pigeon de compétition. Si c’est elle qui a repris son compte en main, elle doit vraiment me prendre pour un débile profond prêt à donner ses sous à la première personne qui lui dit « coucou bonjour ». Si c’est lui, il doit commencer à sentir le coup fourré. Dans les deux cas je suis farci… Pendant ce temps-là sur Twitter, un contact m’envoie en message privé l’adresse d’un site qui permet de récupérer l’adresse IP d’une personne si elle clique sur un lien. Je vais essayer dès que je peux, je saurai au moins où est localisé l’arnaqueur et si les flics de la BEFTI avaient raison… Je relance.

MOI : Bon alors j’en fais quoi de ces codes ?

ELLE : ne fais rien surtout

Je commence à penser que c’est vraiment elle qui a récupéré la main sur son compte. Un débile d’escroc ne peut pas bluffer au point de me demander de ne surtout rien faire… Ou alors c’est du dixième degré à la George Clooney et il veut me soutirer des millions plus tard… Je tente autre chose.

MOI : Tu es sur twitter ?

ELLE : non pas sur twitter.. enfin j’y vas jamais

MOI : Qui est notre ami commun qui est spécialisé en hacking ?

Silence. Pas de réponse. En même temps je réalise que ma question est bidon car si nous allons sur la page de nos « amis communs », la seule « profil picture » un peu louche est celle de Manach, elle représente une caméra de surveillance… J’ai l’air malin avec ma question sur le hacking… Bon, je ne comprends plus rien et j’avoue que j’irais bien me prendre une bière, je n’ai pas que ça à faire non plus… Je tente quand même le coup du lien sur le site pour récupérer l’IP (je ne vous mets pas le lien car si vous cliquez je localise vos IP, ça ne se fait pas…).

MOI : Bon je vais devoir partir… Pour récupérer tes sous c’est là : Lien.

ELLE : mais j’ai ete piratée… ne fais rien

OK. La dame insiste. Je crois que c’est vraiment elle. Tout est rentré dans l’ordre. Je dis à mes contacts Facebook que c’est réglé, et j’annonce sur Twitter que c’est la fin. 

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Je trouve dommage à ce stade de se quitter sur une patte après tous les efforts entrepris pour faire tomber l’axe du mal, j’invite donc la dame à aller lire l’ensemble de l’aventure, pour la gloire…

MOI : va lire mon fil Twitter et tu vas rire. @Vinvin

ELLE : d’accord je vais lire..! mercii

Et puis, pour voir si le détecteur d’IP fonctionne, je clique dessus moi-même ; je sais, c’est un peu triste.
Effectivement je reçois un email avec mon adresse IP.

Je suis bien avancé. 

UPDATE (1) : Elle a cliqué sur le lien « piège » quand même, sans doute par curiosité.
UPDATE (2) : Nous avons correspondu par email par la suite et je lui ai demandé si elle était bien en Guadeloupe comme le lien piège m’en informait. Elle m’a dit que non, pas du tout.
UPDATE (3) : Quant à mon adresse IP elle m’indique que je suis à Annecy. Ce qui n’est pas le cas du tout.
UPDATE (4) : Elle ne connait pas Jean-Marc Manach qui est notre ami commun. Lui non plus.
UPDATE (5) : Mais elle connaît bien un autre de nos amis qui est, paraît-il, en vacances en Corse, ce qui n’a rien à voir.

Je ne suis pas une baba cool

Par Marion

DCF 1.0

On pourrait le penser en y regardant rapidement : je mange bio, je m’intéresse à l’environnement, à la permaculture et à la méditation… Mais il y a des raisons pour cela et elles me classent davantage dans la catégorie « geek concernée » que dans la famille new age ou dans le cercle des hippies en folie :

– J’ai UN corps, et bien que je suive attentivement les fulgurants progrès des nanotechnologies et de la robotique appliquées à la médecine, je ne visualise pas encore très bien comment, et à quel prix, tout cela va s’incorporer à mon existant. Donc en attendant, je fais attention.

– J’ai UN cerveau et pour autant que l’intelligence artificielle me permette prochainement d’en augmenter considérablement les capacités, je suis assez attachée à l’idée de ma liberté et de mon propre pouvoir sur mon système d’exploitation personnel.

WALL-E_plant1– J’ai UNE planète et même si nos programmes d’exploration spatiale laissent imaginer d’atteindre des exoplanètes habitables en à peine 5 millions d’années, pour le moment je dois faire avec celle-ci ; et donc, arrêter de tout saccager m’offrirait un cadre plus simple pour continuer à fabriquer le futur.

Ces considérations égoïstes sont renforcées par les obligations que j’ai envers mes enfants.

Je ne suis donc pas baba et je suis de moins en moins cool 🙂

Marion