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Bleus 98, Charlie, Bataclan, Johnny : les 5 points communs de la fraternité française.

Nous sommes devenus une addition de catégories qui se mettent sur la gueule, des communautés, des orientations, des opinions et des conditions, avec des étiquettes : intellos, collapsos, bobos, riches, bios, salauds, hipsters, extrémistes, écolos, féministes, pauvres, blancs, noirs, gilets jaunes, assisté, vegans, gentils, machos, complotistes, foulards rouges, connards, zèbres, bisounours, arabes, chinois, juifs, porcs balancés, putes soumises ou pas, méchants, profiteurs, journalistes, fainéants, gauchos, fachos,… etc.

Un vague terrain, la France, transformé en terrain vague. 

Nous n’avons plus rien à voir les uns avec les autres et si nous ne crevons pas l’abcès nous n’aurons bientôt plus rien à FAIRE les uns avec les autres. C’est quoi le “pays” dans un monde ultra connecté ? C’est quoi la France quand les gens qui la composent semblent n’avoir plus rien à voir entre eux ?

Je me suis dit que j’allais étudier les moments de grâce où nous avions été tous ensemble dans les 20 dernières années, et tenter de voir s’il y avait des ingrédients secrets avec lesquels nous pourrions fabriquer une potion magique pour retrouver notre amour de nous.

J’ai identifié 4 moments forts.

  • Les bleus de 98
  • Charlie Hebdo
  • Le Bataclan
  • Les funérailles de Johnny 

Il y en a eu d’autres, mais pas de cette ampleur… Et voici les résultats de l’expérience, j’ai identifié 5 gros points communs, il y en a sûrement d’autres.

1) C’est un événement rare et unique

Cela n’est jamais arrivé avant, et c’est ce qui nous touche. D’ailleurs, quand nous avons gagné la coupe du monde pour la deuxième fois, ce n’était plus ça ; même le bus des joueurs avait hâte de passer à autre chose en descendant les Champs.

2) C’est un événement qui touche à l’enfance, à l’innocence

Le football, le dessin, la musique, la chanson… Des matières optionnelles, des activités légères et désintéressées, du jeu, un retour à ce que nous étions avant que la vie ne devienne trop sérieuse. Avec du coup un choc thermique violent quand la mort et les bombes viennent ensanglanter le tableau.

3) C’est un événement universel.

Quelque chose de commun à nous tous, partageable immédiatement sans distinction de classe, de culture ou de religion. Ce qui est différent quand il s’agit du prix du diesel ou de la GPA, où l’on commence a rentrer dans des manifestations de groupes d’intérêts.

4) C’est un événement qui touche aux grandes valeurs morales

Ce sont toujours les grands sujets qui passionnent et mobilisent les foules, en l’occurence la liberté, l’amour, la jeunesse, l’art, la démocratie, la mort. On ne se passionne pas collectivement pour les détails.

5) C’est un événement qui touche à quelque chose de tribal

D’animal même. Le groupe est menacé, il se soude alors pour faire corps, pour se venger, pour gagner, pour se souvenir, pour se dire les choses, pour s’organiser. Une sorte de réunion de solidarité d’urgence pour préparer la bataille et maintenir l’équilibre et la sécurité de la tribu.

Ma question est la suivante : comment faire de 5 points exceptionnels un ciment permanent ? 

Comme avec la potion magique chez Obélix, un truc dans lequel on tomberait tous et qui serait toujours efficace pour les prochaines décennies. En d’autres termes, #1 Comment faire de ce qui est unique et rare une vertu permanente ? #2 Comment garder l’innocence et la gratuité du projet quand l’argent, la valeur des valeurs, vient tout diriger ? #3 Comment faire de l’intérêt collectif une valeur suprême, au-delà de l’individualisme crasse creusé dans les 30 glorieuses et maintenu dans la crise ? #4 Comment nous redonner goût aux grandes thématiques humaines, à l’intelligence et à l’harmonie ? #5 Comment faire de notre sens de la tribu une force positive et constructive, pas seulement le pire de ce que nous sommes ?

On peut commencer à y réfléchir…

Il faut réveiller l’ours endormi.

Ma théorie de l’ours dit que les gens honnêtes représentent 90% de l’humanité (c’est notre gros ours) mais que, comme nous sommes des gentils bien élevés, fainéants et timides, nous ne faisons rien pour nous organiser contre les loups, les requins et les hyènes qui, du haut de leurs maigres 10%, parviennent à contrôler l’ensemble de la décadence mondiale de l’intelligence, de l’humanisme élémentaire et du bon sens écologique. Alors que c’est bien connu, une fois que l’ours se réveille et donne un coupe de patte (en général après une guerre mondiale ou un drame d’envergure), il n’y a plus personne qui bronche. Il est grand temps de réveiller l’ours ; tout le monde devrait se consacrer à ce geste en priorité avant “qu’on finisse tous à poil ou avec une grenade dans le slip et une planète cramée” pour parler comme parle mon cousin Paul qui préfère ne pas m’écouter et regarder un bon match à la télévision en buvant une bière belge dont le nom m’échappe. Il m’énerve mais je comprends, tout le monde ne peut pas se sentir concerné et nous sommes des centaines de millions (je parle de nous, les humanistes primaires) les tétanisés nourris au minimum de souffrance, anesthésiés par trop d’expériences douloureuses. Chacun fait comme il peut pour se préserver et je n’en veux à personne de bien s’organiser pour être sobrement malheureux. C’est un droit essentiel face au non-sens, et je suis ceinture noire en la matière. Mais quand même. Il semblerait que dans le temps qui passe nous ayons atteint une sorte de climax un peu pénible qui consiste à la fois à la destruction de notre environnement et à la disparition des traces du Bien comme élément principal de notre sécurité et de notre confort.

Je me demandais par où commencer pour réveiller l’ours endormi.

Où prêcher sans perdre mon temps ? Par quel média et avec quel vocabulaire ? L’idée étant de se faire comprendre par tout le monde, du moins sachant au plus érudit, du plus pauvre au plus riche, dans tous les spectres de la diversité. Car comme je l’expliquais au cousin, les gens honnêtes sont partout, c’est même le gros du troupeau, et j’espérais fortement qu’il fût d’accord avec cette idée sinon mon concept de retour du Bien commençait mal et on n’avait pas besoin de ça. Il me répondit que oui, mais je crois que c’était pour que je le laisse tranquille. Car son problème à lui, sacré Paul, c’est qu’il n’était pas sûr de ma définition du bien, et pour être honnête moi non plus, conscient qu’en la matière chacun voit midi à sa porte (expression que je n’ai jamais comprise mais qui semble indiquer une sorte d’individualisme bien réparti chez les humains qui s’organisent en fonction de leur point de vue, ce qui est logique car il est extrêmement difficile ou en tout cas très altruiste de voir le monde avec les yeux d’un autre, ce serait peut-être la solution remarquez, mais on n’en est pas là).

Dignité

Dans ma vision du bien, que j’essaie de dessiner la plus légèrement possible pour ne choquer personne, disons que l’idée tient autour d’un mot, la dignité. Le reste n’étant qu’une gigantesque déclinaison de concepts et d’interprétations. Mais la dignité j’aime bien, c’est élégant, on oublie même que c’est le mot clé de la première ligne de la Déclaration des droits de l’homme de 1948. On n’en parle jamais mais le mot n’a pas été mis là par hasard. Les années noires et les camps de concentration ont marqué les esprits et les corps, et dans le détail des atrocités, ce qui fût le plus horrible (à entendre ceux qui l’ont vécu), fût la destruction programmée et méthodique de la dignité, cette enveloppe informelle qui nous tient debout et fait de nous ce que nous sommes, simplement parce que nous sommes. Du verbe être, sans autre précision, ni race ni religion, ni richesse ni défauts, juste nous, là, présents, dignes d’être en étant, point. Pas de “mais”, pas d’exception. La dignité étant la base de tout, c’est l’arme suprême, l’immunité absolue contre tous les meurtriers de la pensée et du coeur. Ce qui menace la dignité d’un seul menace chacun de nous. Il est alors facile d’orienter ses choix et ses actes en fonction d’elle, pas besoin de chercher loin. Ce qui n’est pas digne nous réduit, ce qui est digne nous élève. Ce qui menace la dignité menace mon être profond car si je ferme les yeux je consens, à être moins digne, soit parce que je me crois supérieur et dans ce cas j’entre dans la catégorie des raclures, soit parce que je suis faible, fatigué, endormi, confortablement installé dans mon anesthésie, et dans ce cas il faudrait me réveiller. Vite.

« L’AFFAIRE » MÉLENCHON

Hier je postais le Facebook live en direct de sa perquisition. Sans prendre position, juste en constatant l’hallucination générale. J’ai vu comment parmi vous certains plongeaient, promoteurs de leurs opinions, campés sur leur vision du monde et c’est normal, vous n’allez pas camper sur celle d’un autre. Je trouve cette histoire fascinante et belle. Grandeur et décadence d’un être humain pétri de contradictions, et c’est ce que j’aime chez l’Homme en général : ses contradictions. Je crois qu’on peut être sincèrement en colère et défenseur des petits tout en se sentant sacré et occupant un appartement bourgeois. Je crois qu’on peut dédier son combat depuis trois décennies comme un ours acharné tout en flirtant avec les limites du système et jouissant discrètement des avantages acquis. Chaque jour, chacun de nous marche dans les pas de ses contradictions. En scooter je dépasse douze voitures au feu rouge en mordant la ligne blanche allègrement tout en insultant le mec qui vient de passer à l’orange-rouge vif ou consulte son téléphone, ce que je fais régulièrement aussi, mais moi j’ai le droit. Je m’insurge contre ces enfoirés qui polluent la planète mais je vis et consomme du plastique, du pétrole, des produits lointains dont j’ignore tout, je ferme les yeux sur mes achats peu durables, il m’est arrivé mille fois de jeter des mégots, de ne pas finir mon assiette et de jeter de la nourriture mangeable à la poubelle tout en pestant sur la faim dans le monde et en likant ceux qui luttent contre cela. Je crois que Mélenchon est sincère dans ses contradictions, qu’il se sent légitime à exiger que les députés soient jugés comme les autres, et qu’il se sent injustement perquisitionné quand c’est de lui qu’il s’agit car, de son point de vue d’individu se pensant sincère, c’est évidement injuste. Ensuite, le type est un bon vieux singe de la politique et des médias, biberonné au complot du David contre Goliath ; l’argument du « on veut nous faire taire » est aussi classique qu’un 4-4-2 au football. C’est presque une seconde nature, un réflexe. Alors muni de tout ce qui lui reste, un smartphone, on voit l’homme blessé extirpé de sa tanière. Toutes proportions gardées, ça m’a rappelé les images de Saddam Hussein qu’on allait pendre ou Khadafi avant son lynchage. Sauf que là c’est voulu, maitrisé, le rebelle au milieu de l’ordre qui crée le désordre et s’en plaint. Fascinant. Mais mal éclairé, mal filmé, il se désacralise en invoquant le sacré. Il hurle à la violence en bousculant un policier. L’Homme, pétri de contradictions, est en direct live de sa descente, à bout de logique. Les contradictions de Mélenchon sont à la fois attachantes et effrayantes. J’ai toujours aimé ce type pour sa culture, sa gouaille et son mauvais caractère, comme j’admirais MacEnroe ou Eric Cantona. Mais j’ai toujours eu peur de ce type, pour son romantisme aveugle, sa régulière suffisance, son enfermement idéologique qui m’a toujours donné l’impression d’être son ennemi avant même d’avoir ouvert la bouche, parce que né à l’ouest, avec particule, plutôt libéral, un peu entrepreneur, blanc et sans problème pour présenter mes papiers : avec lui je suis exclu d’emblée de la possibilité d’être un type bien parce que venu au monde du mauvais côté de sa vision du monde. Alors quand je le vois lui, se débattant terrorisé et exalté dans les sables mouvants de sa perquisition, dans cet appartement de sénateur, implorant le combat de ses camarades, je réalise que Mélenchon est une énorme dissonance cognitive à lui seul et que c’est sans doute ça son problème éternel. N’étant pas spécialiste de la chose politique, je me concentre toujours et encore, par goût, sur la chose humaine. Et la chose Mélenchon est fascinante, dramatique, touchante et désormais fragilisée car il vient vraiment de se montrer gesticulant, touchant mais pathétique, tout petit quand même, lui qui depuis si longtemps s’imagine tellement grand. Il lui faudrait un peu de repos, de l’amour et des couchers de soleil en famille. Cool. Zen.

Les réseaux sociaux sont en train de mourir…

La belle aventure aura duré dix ans. Avant 2007, nous étions déconnectés, isolés dans nos villages, amis de quelques uns, reliés à pas grand monde le temps d’une vie. Puis Facebook et Twitter ont changé la donne. Nous nous sommes parlés, d’un pays à l’autre, en petits messages puis en photos et vidéos. Nous sommes devenus bavards et curieux les uns des autres, sous le regard moqueur des sentinelles de la dignité, politiciens, médias, amis incrédules et inquiets pour notre propension à « raconter nos vies à des inconnus »…

Enfin les politiciens, les médias et les amis incrédules ont rejoint la partie, découvrant enfin leur intérêt à se connecter à l’autre. Pour finir ce sont eux qui occupent l’espace tandis que l’impulsion d’origine a disparu.

Désormais le terrain de jeu est quantifié, quadrillé, scruté et manipulé.
Il est une fenêtre sur le bruit du monde, l’écume des mots déposés sans filtre à la merci du premier visiteur unique. Vous ouvrez Twitter et vous cherchez au milieu d’une montagne d’ordures le petit caillou qui brille, en souvenir d’un temps que les moins de vingt ans ne veulent même pas connaître.

Foire d’empoigne des anti-contre, anti-chambre de l’ennui sponsorisé, Twitter et peu à peu Facebook se transforment en déversoirs de notre dépression collective, calculée par datas et par affinités

On scrolle comme on feuillette un magazine de salle d’attente, en espérant ne pas nous salir les mains. La quête d’une vidéo qui fait rire ou d’un article un peu intéressant oblige à se farcir pour la millième fois cette vidéo que vous avez déjà vue et cet article qu’on vous recommande encore. L’information est tellement vite obsolète qu’on ne prend même plus le temps de dire qu’elle est « old »; on passe, l’oeil bovin, en espérant la suite. Ce manège creuse peu à peu notre mésestime de nous. Nous savons que nous perdons du temps mais, au fond, nous n’avons peut-être rien de mieux à faire. Quand un proche nous demande ce que nous faisons, nous ne savons pas comment répondre: « je zappe sur le net… », « Je regarde Facebook… », « Je fais le tour du web… »; ce qui se conçoit bien s’énonce clairement disait l’autre.

Décrire cette situation comme je le fais ici, c’est aussi s’exposer à l’analyse vite faite bien faite des psychologues à deux balles: ceux qui savent. Ayant lu votre statut en quelques secondes, entre la vidéo d’un russe qui se suspend du haut d’une grue et d’une famille de canetons qui traverse l’autoroute, il sait cependant, le Freud de pacotille, que si vous dites ça c’est parce que ça, et que ça s’explique car ça et ça et t’avais dit ça, et ta gueule.

Soudain vous ne savez plus pourquoi vous êtes là, pourquoi vous parlez et pourquoi ça vous énerve.
Vous fermez l’ordinateur ou le smartphone, jusqu’à la prochaine fois. Je ne suis pas le seul à régulièrement exprimer ce malaise, et j’en connais parmi mes amis qui le répètent, visionnaires, depuis le premier jour. Cela fait des mois que j’observe le manège rouiller et ralentir, sans commentaire, tranquille. J’ai supprimé mes 31.500 tweets pour commencer à faire le ménage, et ce n’est pas fini.

Dans le même temps j’observe mes enfants, 16 et 14 ans, et l’usage qu’ils en font. Photos et vidéos en masse. Consommateurs de contenus Youtube, Instagram, ils ne perdent pas de temps à convaincre des inconnus ou échanger des portions d’idées. Ils se gavent d’images et communiquent avec leurs communautés, soit leurs amis de la vie réelle, soit leurs amis affinitaires sur tel ou tel sujet, mangas, musique, cinéma, etc. Pas d’expression d’idées personnelles longuement développées comme celles de leur père, pas de clashs sur Mélenchon ou Trump. Ils pianotent plus vite que leur ombre pour se photographier et se dire qu’ils existent, en groupe, s’envoient des photos trafiquées qui durent le temps d’un rire, organisent la soirée de demain en commentant celle d’hier, créent des liens d’une force qui surpassent en quantité tous les échanges que nous vivions étant jeunes; je dis bien en quantité.

Pour la qualité, nous verrons dans vingt ans ce qu’ils diront à leurs psys (de toutes façons ce sera de notre faute). Ils disposent d’une plateforme de vie en groupe, accélérant les histoires d’amour, début, milieu, fin, multipliant les « potes » dans un monde aux possibilités multipliées. Ils sont moins cons qu’ils en ont l’air, ils ont compris les règles. Pas dupes, amusés, ils sont moins inquiets que nous.

Notre « arrête les écrans » a la même portée que le « arrête la télé » de notre enfance.
Ils s’enferment aux toilettes prétextant des gastros pour continuer à discuter sur Snap’ et gagner des flammes (ouais), preuves de leur assiduité à être dans le flow. Pour eux c’est ça le monde; notre vision vintage est nulle et non avenue.

Voilà comment je vois la suite, je suis prêt à prendre les paris

Rendus hyperconnectés, pouvant communiquer avec tout le monde dans un monde devenu plateforme (les murs, les frigos, les voitures, les miroirs, les canapés, les slips, tout sera connecté), nous n’aurons plus envie de communiquer avec tout le monde.

La pression technologique nous entourant va nous conduire à nous re-protéger, nous ré-isoler et choisir consciencieusement nos amis, comme les ados.
Nous évoluerons par communautés connectées, accessibles en un battement de cils, dilués dans une idée plus grande que nous, partageant une vision du monde qui nous fait du bien. L’agora, l’arène, la foire d’empoigne, seront isolées dans un coin pour belliqueux agressifs, entre slogans publicitaires, fake news et auto-promo. Ces espaces dédiés au dégueuli de l’âme humaine seront comme des salles de shoot pour frustrés du verbe haut. Ailleurs se joueront les vraies relations, en ligne ou dans un parc.

Nous allons progressivement reprendre une vie normale, après avoir découvert que nous sommes tous des blaireaux et qu’il n’était pas très malin de nous filer des outils pour le démontrer publiquement. Les réseaux dits « sociaux » vont s’émousser doucement pour ne garder que la partie réseaux. Pour le social on repassera, chacun se regroupant derrière une tendre et calme vision de l’amitié.

Le burn out français et nos résignations

J’ai atteint un tel niveau d’exaspération politique que j’ai l’impression d’être au bord du burn out. Chaque jour je prends directement dans le ventre la honteuse réalité. Je vis dans un pays malade de partout, avec à sa tête des petits français, élus par la magie de tous nos renoncements, assis sur leurs privilèges, vidant les caisses à tour de rôle et à tours de bras sous nos yeux ébahis, se moquant allègrement de nos conversations et de nos avis, s’octroyant des primes, des salaires, des taux, des toits et des avantages généreux, inventant des lois scélérates sous la panique, chantant la Marseillaise au Congrès de Versailles, la larme à l’oeil entre deux mises en examen, désertant leur poste à l’Assemblée, démissionnant de leurs ministères pour retrouver leur mairie, profitant de leur poste, les yeux dans les yeux, pour placer l’oseille au frais, écrivant des livres de promesses malodorantes, courant de plateaux en plateaux pour déverser leurs éléments de langage, vidant le langage de tous ses éléments, bafouant la vérité au profit du profit, mentant le mardi pour se repentir le jeudi et se représenter le dimanche, la gueule enfarinée, rasant gratis et sans état d’âme, bénis par leurs camarades de promotion, coudes à coudes, soudés, calés dans les dorures, au son de la trompette républicaine lustrée par notre impôt massif et note dette souveraine.

J’ai la nausée, elle est là et elle ne me quitte plus, elle s’intensifie.

Je cherche des traces de l’intérêt général, je ne le trouve pas. Il a été noyé sous les partis, les syndicats, les associations, les lobbies, les groupes, les intérêts particuliers, les privilèges des uns qui font les bénéfices des autres. Le blocage est total, les verrous sont rouillés et les flambeurs continuent de parader devant six millions de chômeurs, une école qui se délite, une santé attardée, un indice de bonheur qui s’écroule au 29ème rang derrière le Qatar et une consommation d’anti dépresseurs qui fait le délice de nos laboratoires, eux aussi bien placés dans la course aux bien placés. Je dégueule ma peine et je pisse dans un violon. Comme vous. Français impuissant à qui l’on fait croire tous les cinq ans qu’ils ont leur destin en main, comme des veaux qu’on mène à l’abattoir en leur caressant le flanc sous une musique douce pour faciliter l’anesthésie. Cinq ans à nous déchirer pendant qu’une petite bande de petits français joue avec nos vies, nos économies, nos rêves de bonheur simple et de paix sociale. De temps en temps ils nous filent un os à ronger, qui d’un mariage pour tous, qui d’une loi de renseignement, qui d’une déchéance ou d’une indignité, et nous sautons dessus comme prévu, en bons petits soldats. Ils nous divisent à l’intérieur de nos familles, à l’heure où nous devrions plus que jamais nous aimer. Je suis écoeuré et perdu, silencieux, tétanisé par le sentiment d’impuissance. Les gens comme moi n’appartiennent à aucun intérêt particulier, hors celui de vivre bien ensemble, sans se déchirer, sans se méfier les uns des autres, tranquillement vivants sans faire de vague. Mais ça ne se passe plus comme ça… Cet hiver, l’un des nôtres est mort à trois cents mètres de l’Elysée. Je dis bien l’un des nôtres. Un membre du village, un cousin de cousin, certainement. On l’a laissé crever comme un rat aux pieds du Palais. Sans domicile. Pendant ce temps-là l’Élu assistait à des matchs de rugby et commémorait les chrysanthèmes, s’asseyait sur l’Histoire pour laisser une trace, de frein. Je n’en veux plus, de ces simulacres d’un temps passé et révolu.
Je ne veux plus d’un homme qui dit « moi je », il est temps que nous disions Nous. Aucune raison morale, technique et même de bon sens, qu’un seul homme du haut de ses petits arrangements entre amis, puisse décider d’envoyer le pays dans la guerre, et même de nommer la guerre, sans que nous, NOUS, ayons dit qu’il le pouvait. Aucune raison de modifier notre constitution sur l’autel de la peur. Aucune raison de prendre seul des responsabilités plus grande que lui. Sommes-nous donc fous d’oublier sans cesse, de fermer les yeux, comme ces femmes battues qui voudraient fuir mais ne le peuvent pas, prisonnières d’une peur qui les paralyse ? Si peu de choix entre l’incompétence, la malhonnêteté et la résignation ? Nous irons bientôt, en 2017, comme des moutons sous morphine, choisir entre trois personnages, glissant dans l’urne le nom d’un comédien, maquillé, média-trainé, porté par des intérêts qui nous sont étrangers. Le goût des jeux, même sans le pain, nous donnera quelques temps notre dose d’adrénaline et comblera notre sens du débat. Le lendemain, les trois quarts de la population auront la gueule de bois et retourneront tête baissée vaquer à leurs espoirs corrompus, jusqu’en 2022.

J’ai perdu le goût de ce cirque. Le pays est au bord du burn out et à la fin de cet article, je ne sais toujours pas ce que je peux faire. Cercle vicieux et vertigineux. Ce qui me fait peur, c’est ma propre résignation et cette colère stérile qui ne fait qu’engendrer de la colère stérile. À quel moment la somme de ces colères pourra-t-elle produire un son commun, un premier pas vers une remise au goût du jour de notre dignité ?

Bataclan : 6, Climat : 0 ?

Ces 15 derniers jours j’ai été négatif avec un paquet de trucs.
Hier j’ai été négatif à propos de COP21. Je sais, ce n’est pas bon pour le karma.
Mais mes désillusions sont le fruit de semaines et de semaines d’érosion , le tout bien pulvérisé le 13 novembre, et enfoui ensuite sous un tas de décisions que tout mon corps rejette. Un peu gavé en somme. Alors se plaindre ne fait pas avancer le bousin. Mais ça détend et on se sent moins seul…

Je reviens cependant sur COP21.

logoCOP21Ce qui est dingue c’est que des milliers de gens travaillent sur cet événement depuis des mois. Des gens qui ne comptent pas leur temps pour nous alerter et nous protéger. Des associations, des institutions, des particuliers, des universitaires, des chercheurs, pour qui le climat est l’enjeu des enjeux. Ces gens composent avec le politique car ils ont compris qu’ils n’avaient pas le choix. Ils acceptent d’avaler des couleuvres pour progresser d’un mètre, puis reculent de deux avant de recommencer. J’imagine à quel point les attentats, au-delà de la douleur partagée, ont dû les décourager, les creuser davantage. 130 morts dans un concert de rock, ça provoque une émotion presque reptilienne, d’une puissance dévastatrice dans la hiérarchie de nos peines. Il suffit de trois photos du Petit Cambodge pour pulvériser tous les arguments pour la planète. Alors que « le réchauffement climatique », c’est comme une thèse à lire, des images à construire, une projection intellectuelle à dessiner. On ne ressent pas les effets du réchauffement dans son corps, on ne visualise pas les conséquences dans le futur, la projection est abstraite. Le climat ne peut pas lutter contre le Bataclan, il est désintégré…

depression1Pour tous ces lanceurs d’alerte, qui gardent leur cap malgré cette tempête terroriste, lire nos statuts et nos tweets sur COP21, réducteurs, faciles parfois, ce sont autant de coups sur leurs gueules, sur eux qui se battent chaque jour pour y croire malgré l’indifférence générale. Bien sûr, ce ne sont pas eux qu’on vise quand on critique, mais dans le peu de temps que l’on prend à argumenter, débattre, développer nos colères, ils prennent dans le lot et puissance dix, car à leur désarroi se joint l’impuissance et l’abandon du public.

Résultat : COP21, qui devrait être notre cause à tous, devient le support de nos ressentiments.
C’est aberrant.

Le problème du climat est au coeur, et peut-être même à la source (entre autres) du problème terroriste. Dans les zones déjà touchées, les morts sont quotidiennes, plus nombreuses (mais moins spectaculaires), et elles créent des exodes effrayants. On se sent impuissant alors que des solutions existent. Plein. On les connait. Mais les gars qui dirigent, et les gars qui financent et influencent les gars qui dirigent, se protègent dans des bunkers pour s’accorder entre eux sur des compromis qui ne rejoignent pas toujours l’intérêt public planétaire. Du coup on est énervé, alors c’est reparti, ça relance la machine à plaintes, moi le premier, on s’emporte, on s’agace, on voudrait tout péter et on écrit des tweets assassins pendant que ceux qui bossent vraiment sur le climat se désespèrent… Et ainsi de suite… Cercle infernal. Stérile.

STOP !

J’en ai assez. Marre de cette inefficacité systémique.

Logo_PlacetoB-2Mon ami et ancien associé Gildas Bonnel, qui est (entre autres) responsable du développement durable à l’AACC, m’a invité à causer le 8 décembre à « Place to smile », qui se tiendra dans le cadre des actions « Place To Be » , et j’ai accepté. Ensemble et avec d’autres nous allons réfléchir à comment parler du climat pour intéresser les gens, même si ça continue de péter autour de nous et que nous rejetons ceux qui tiennent les manettes .
Comment communiquer sur l’urgence d’un problème dont on ne perçoit rien quand dans le même temps on perçoit l’inhumanité et le sang en direct et en images ?
Par soutien, amitié, ras-le-bol de ma complainte et surtout parce que le sujet est critique, je fais le pacte avec moi-même de mettre mes critiques sur COP21 de côté pendant tout l’événement ; nous verrons ensuite ce qu’il ressort de tout cela.
Je vous laisse, je dois y aller. Je dois traverser Paris à pied ils ont bloqué le périph’ ces enc… Pardon.
C’est parti.

C’est donc comme ça que débutent les guerres ?

En étudiant l’histoire, à l’école puis à la fac, je me suis toujours demandé comment il était possible d’entrer en guerre. J’ai toujours été effondré par l’idée que des gens sympas, normaux avec des vies distraites et une bonne convivialité, pouvaient soudainement se placer dans la guerre, s’armer et bombarder, exterminer des civils, des gens sympas, normaux, avec des vies distraites eux aussi et une bonne convivialité la plupart du temps. J’ai été marqué par le conflit en Yougoslavie, m’interrogeant sur ces massacres entre soi, de tous ces gens qui vivaient si proches les uns des autres la minute d’avant, et se violaient, s’exterminaient la minute d’après, alors qu’ils avaient la modernité, la technologie, des championnats de foot et des pop corn au cinéma. Ça n’allait pas ensemble, ce confort, ces distractions familiales, et ces tueries.

MissBourgogneGlobalement je déteste la guerre, comme Miss France. Et je sais que vous aussi, vous détestez la guerre. Tout le monde déteste la guerre, c’est normal, ça pique et ça tue ; sans parler du fait que ce n’est pas très moral, et bien souvent inutile. « Quel gâchis ! » entend-on souvent si l’on tend l’oreille, ou encore « tout ça pour ça… » ou « quelle absurdité ! ».

Et pourtant, il a suffi d’un soir, d’un massacre d’innocents comme nous, d’un seul coup et avec des méthodes dignes des pires cauchemars, pour lancer la France dans la guerre.

EN DEUX JOURS.

J’ai compris donc pour la première fois comment les choses arrivaient dans l’Histoire. J’ai compris que le progrès, les Lumières, l’expérience du passé, l’humanisme revendiqué, l’esprit des anciens, na valaient pas tripette face au consensus sanguinaire. Le besoin de vengeance, animal, est bien plus fort que tous les raisonnements. Il est reptilien, immédiat, naturel. L’exigence de sécurité et le besoin de vengeance sont des instincts primaires, on ne peut pas lutter. Le temps court pulvérise le temps long. L’émotion désintègre la raison. Nous avons eu notre Pearl Harbour…

francois-hollande-arrive-a-versailles-pour-un-discours-face-au-congres-le-16-novembre-2015_5464406J’ai critiqué le congrès de Versailles pendant qu’il se tenait. J’ai détesté cette séquence. Tout mon corps, toute mon âme, savaient que nous allions plonger dans la guerre d’un seul tenant, avec des grands mots et des airs obscurs. C’est arrivé. Ils en ont appelé à l’union sacrée. Si tu critiques, tu es un traître. Si tu doutes, tu es un hippie. L’union sacrée, c’est l’expression massue, imposée par ceux qui pour la deuxième fois de leur mandat peuvent espérer une ébauche d’unité. Je ne dis pas qu’ils se réjouissent, ne soyons pas cynique, mais en tout cas ça tombe bien. Et soudain je me souviens de cette expression que disait mon grand-père pour s’amuser « ce qu’il nous faudrait c’est une bonne guerre ! ». Une « bonne » guerre, c’est un élan collectif, un ennemi commun, des usines qui tournent, une énergie nouvelle qui remet du baume au coeur… Mais embaume les corps. Parce que merde à la fin ! On parle quand même d’aller exercer la peine de mort à grande échelle. C’est ça la guerre. (Notons donc au passage que plein de gens que je connais sont contre la peine de mort, mais pour la guerre. C’est savoureux… Mais bon, je sais, c’est pas pareil, c’est reptilien…)

Un ami m’a dit « Tu ferais moins le philosophe si cela avait été ta femme, ou ta fille, au Bataclan ! ». C’est exact. Je pense que si cela avait été ma femme ou ma fille je serais déjà en guerre partout en train de combattre avec plus de Kalachnikov sur moi que dans tout le Moyen-Orient. Mais c’est pour protéger l’humanité de cela que nous avons créé un tas d’institutions, des lois, des protections collectives. Pour nous éviter ces pulsions de mort, cet instinct de vengeance. Nous protéger de nous-mêmes.

Ces-sept-deputes-qui-n-ont-pas-vote-l-etat-d-urgence_article_landscape_pm_v8Alors quand soudain je vois qu’en moins de deux jours tombent toutes les barrières, je m’effraie.
Quand je vois que seulement six députés ont voté contre la loi sur l’état d’urgence, je suis tétanisé. Je ne dis pas qu’il ne fallait pas la signer, mais s’interroger n’est pas un crime. Prendre du recul est possible. Mais là : non. L’esprit de meute est bien là, le sang au bout des crocs est unanime, et quiconque s’y opposera se prendra une fatwa républicaine. Depuis tout petit je me méfie des groupes et des consensus ; on me l’a souvent reproché, de rester dans mon coin. Je n’y peux rien, c’est plus fort que moi. Le consensus m’angoisse, surtout quand il est spontané, soudain et trempé dans l’émotion et le sang. (et cerise sur le gâteau, savoir que Balkany chante la Marseillaise dans un grand élan d’union nationale a tout pour m’émouvoir, c’est vrai. Pardon. Non mais c’est bien que des soldats français risquent leur vie pendant qu’il bronze dans son riad payé par le contribuable. Tout va bien. Mais je m’égare. Union sacrée, pardonnez-moi.)

Alors voilà, nous sommes en guerre. C’est ainsi. Là-bas, à coté des barbares dans les camps poussiéreux, des enfants, des femmes et d’autres innocents s’en prennent plein la gueule (les bombes choisissent mal leurs cibles), nourrissant souffrances et esprit de vengeance pour des décennies. Echec général de l’humain, de la raison et de l’Histoire. Le massacre continue, à la violence on rajoute la violence. C’est acté, c’est signé, c’est populaire. Et cette guerre là-bas, loin, dans le désert, porte le même nom que cette guerre ici, là, dans les cités, mais aussi dans nos libertés. Un seul mot pour tout compter, tout justifier. Du Rafale qui bombarde en Syrie, à la Loi de Renseignement qui surveille ici, il en reste un petit peu je vous le mets quand même ? Tu prends tout, tu fermes ta gueule et tu serres les fesses, c’est l’union sacrée mec…

« Ok donc t’es contre l’état d’urgence et la fermeté ? » (on me l’a dit)

Pas du tout. Je rappelle au passage que j’ai fait mon service dans l’Infanterie de Marine, que j’ai adoré cette période de ma vie, que j’y ai brassé la France, et que je pense que la suppression du service militaire a été la plus belle connerie de ces dernières décennies. J’ai d’autre part toujours été sensible à la notion de défense et de self-défense, que je pratique d’ailleurs toujours aujourd’hui. Je crois aussi qu’il fallait effectivement mener cette gigantesque campagne d’arrestations et de perquisitions qui se continue aujourd’hui (il y a huit mois ça aurait été bien mais bon, un truc m’échappe.)… Mais je ne crois pas qu’il fallait foncer tête baissée dans la guerre là-bas, en le clamant, tel un croisé, l’oeil ému et le bras tremblant. Cette croisade en Syrie est un autre dossier, un merdier capitalistico-pétroléo-stratégico-mafieux de grande envergure, qui n’a pas grand chose à voir avec notre unité nationale. Le combat ici, oui, plus fort, plus intelligent, concentré, financé, argumenté, accompagné, expliqué. La guerre là-bas ? Au minimum un débat. Une concertation du peuple. Un temps de recul avant de se la jouer Bush. N’a-t-on donc rien retenu des vingt dernières années ?

Et puis j’aurais rêvé que cette campagne ici se fasse au service d’un message plus puissant que simplement « la guerre ». J’aurais rêvé que cette contre-offensive soit le bras armé et imparable de « l’amour ». C’est possible. On aurait pu agir de la même façon sans employer les mots qui fâchent tout de suite. On aurait pu envoyer les mêmes troupes dans les cités sans exacerber cette pulsion de vocabulaire sanguinaire. On aurait pu renouveler notre amour, notre tolérance et notre dignité, comme l’avait fait le ministre Norvégien en son temps. On aurait pu évoquer l’idée de remettre en cause nos accords commerciaux avec des pays chelous (l’Allemagne vient de le faire, avant nous bien sûr), clairement, sans ambiguité. On aurait pu s’exprimer main dans la main avec des musulmans de France, comme cette vielle dame l’a dit, donnant l’espace d’un instant un sourire à tout le monde. On aurait du remettre l’éducation, l’intégration, le partage, les investissements pour l’avenir, en priorité, pour ensuite, dans un deuxième temps, parler de forces de police, d’engagement militaire, etc. Dans cet ordre, le discours aurait tout changé. On serait passé d’un pays qui pense d’abord et agit ensuite, à un pays qui dégaine et finit par regretter, façon Bush.

Nous avons perdu notre sang-froid et avons foncé dans l’Histoire des guerres avec si peu de recul que j’en suis terrifié. Je vous invite à ne pas m’insulter si vous n’êtes pas d’accord : c’est là tout l’enjeu de ce texte.

Être gentil jusqu’au moment de ne plus l’être…

Par @Vinvin

Avant c’était plus simple. Il y avait les méchants et les gentils.

FourgonLes gentils étaient protégés par la police et par l’armée. Les méchants étaient faciles à reconnaître, ils avaient un uniforme allemand ou des costards à la Audiard. En cas de pépin, les gentils appelaient soit la police qui arrivait en fourgonnette de boulanger itinérant, soit l’armée qui se retrouvait encerclée. Les gentils se planquaient en attendant des jours meilleurs – ça sert à ça les gentils. Quand les soldats gagnaient, grâce à des héros américains et des résistants communistes-mais-pas-que, les gentils les embrassaient et on dansait toute la nuit en mâchant des chewing-gums.

Telephone rougeEnsuite sont arrivés les combats froids. Une guerre d’intimidation à base de j’en-ai-une-plus-grosse-que-toi et si tu dépasses la frontière je te fais un Hiroshima pour toi tout seul. Planque tes missiles abruti, tout le monde t’as vu mon cochon, il n’y a pas de Baie qui tienne : détente ! Les murs tombant, la guerre s’est réchauffée et chacun a pu garder les moutons ensemble en faisant prospérer le petit commerce. Pendant quelques temps la pistole est restée en haut du placard, pour bien profiter des Glorieuses et faire péter la carte bleue.

Et puis un jour, il faudrait retrouver où et quand, la matrice est devenue floue… Le méchant s’est dilué, il a muté, il s’est glissé en intraveineuse. Aujourd’hui il est partout ; et nulle part. Il frappe par petites touches, qui d’un dessinateur de presse, qui d’une reporter en direct, d’un wagon, d’une école d’adolescentes, d’un lycée, d’un cinéma, d’un marathon, d’un musée, d’une mosquée, d’une synagogue ou d’une église, qui de quoi mais ou et donc or ni car. Il est noir, blanc, jaune ou vert, athée ou croyant, mais il a un flingue, une caméra et une page Youtube. Le mytho-mégalo-psychopathe a vu tous les films et il s’est vu dedans. Tout seul, il met le monde à ses pieds le temps d’un selfie et d’un JT, avant de se faire broyer dans l’oubli comme Mickael Vandetta.

marqueyssac_bastionDu coup quand t’es un gentil con-con, comme 90% de la planète, tu appelles qui ? Un drone ? Le drone c’est sympa, ça vole en stationnaire et ça filme les plus beaux jardins de France pour Stéphane Berne. En revanche, le drone que tu as acheté 90€ chez Auchan à Noël il s’est écrasé sur le toit une heure après l’avoir sorti de sa boîte. Sinon, pour les drones de guerre, ils marchent pas mal pour buter du Taliban récalcitrant, mais ils sont nuls pour l’intérieur des musées, rapport à la hauteur sous plafond.

Ça laisse comme une impression d’impuissance, un petit goût amer, une sorte de voile sur un bonheur possible, car oui, le bonheur est possible ! (si l’on considère qu’il n’y a pas de crise financière, ni morale, ni politique, ni religieuse, ni sociale, ni rien. Les indicateurs sont aux verts parait-il, pendant que les dépressifs sont au rouge. Hips). J’en étais où ? Ah oui, les gentils et les méchants. Solution ! On renforce la surveillance. Grâce aux renseignements, la prochaine fois qu’un mec qui s’appelle Flanagan envoie un fax de 20 pages quelque part on l’oblige à lire un roman de James Joyce, en anglais dans le texte, assis sur le crâne d’Eric Ciotti préalablement enduit de vaseline Morano, la vaseline qu’il vous faut. Ça ne le tuera pas (le méchant) mais on gagnera du temps… Mais je sens que je m’égare.

Trêve de plaisanterie ! Hier avec le coup de ces morts en direct, comme tout humain normal je me suis une fois de plus demandé comment on en était arrivé là… À chaque fois je me dis qu’on a atteint les limites, et une semaine plus tard elles sont à nouveau franchies. Le méchant tape comme la foudre en forêt, ici ou là (comment savoir ?), et il te le raconte en live avec sa tête de noeud. Il te prend à témoin et tu n’as pas d’autre choix que de le supporter, sauf à couper toute liaison avec le temps réel. Après tu l’évacues par tous les pores de ton corps, mais le mal est fait. Il va falloir vivre avec ça, une peur permanente, une trouille statistique, c’est comme l’Euromillions mais avec la mort au bout, même si t’as pas envie de jouer…

suricateContre cette roulette russe grandeur mondiale, en ces temps d’héroïsation des héros héroïques, on nous invite à nous responsabiliser. Ouvre les yeux petit scarabée, renifle le parfum de dynamite, écoute le bruit d’un chargeur qui s’enraie, reconnais le sac de contrebande, dénonce le voisin trop bruyant… Je taquine mais il y a un truc quand même… Il va peut-être falloir vivre autrement, en réapprenant les bases de la survie, trop longtemps déléguées à la police et à l’armée ? Ne plus se contenter de se figer devant le JT, mais refaire appel à nos réflexes reptiliens ? Se réarmer, et je ne parle pas des armes à feu mais de notre capacité à sentir, anticiper, esquiver, fuir au lieu de combattre et inversement…  Est-ce une régression de notre humanité ? Une défaite de la pensée des Lumières ? Un juste retour des choses ? Un cycle ? Une étape ou un nouveau départ ? La ré-acquisition d’une certaine autonomie dans la survie trop longtemps déléguée ? Je n’en sais rien et ça me fait peur.

Pour aller plus loin dans ces questionnements, j’ai décidé d’aller discuter très sérieusement avec un spécialiste de la self défense et bien plus que cela, un type qui a bossé en espaces très secrets secrets, qui forme des mecs qui forment des mecs qui forment des machines de combat, une sorte de Jedi. Je suis en cours de discussion avec lui car je n’en resterai pas là sur ce sujet qui m’intrigue et me passionne. On se fera un Hangout tous ensemble si ça vous branche, pour discuter sérieusement de ces histoires de sécurité, d’héroïsme, de préparation, d’armes ou pas d’armes, de comment vivre en paix dans un monde si violent… Je vous tiens au jus.

J’ai l’impression que si nous, les con-cons, ne reprenons pas la main, on n’a pas fini de commencer.

Musique de film, symphonie, larmes d’émotion, canette de bière.

Amuse ta famille ! Trouve un nouveau nom à la permaculture.

Par Marion

une-perruque-chienPermaculture : kézako ?

La permaculture est née dans les années 70. C’est une philosophie de vie. Ou plutôt une façon d’agir dont l’application la plus connue concerne l’agriculture durable. Ne partez pas ! Je vous assure c’est passionnant ! Permaculture, c’est la contraction de « permanent culture » (en anglais), de culture permanente. À ce stade vous vous demandez quel est le rapport avec le chien à perruque ? Aucun, c’est juste pour garder votre attention quelques secondes de plus. Je fais ce que je peux.
David Holmgren, le créateur de la permaculture (avec Bill Mollison) la définit ainsi :
« La permaculture est un système de conception basé sur une éthique et des principes qu’on peut utiliser pour concevoir, mettre en place, gérer et améliorer toutes sortes d’initiatives individuelles, familiales, et collectives en vue d’un avenir durable. »

0b6125feLe but est donc de :
– diminuer l’effort pour l’être humain en augmentant la productivité
– améliorer l’utilisation de l’énergie sous toutes ses formes (les déchets doivent devenir des ressources)
– travailler en coopération avec la nature (et non contre elle) en prenant modèle sur elle (épuration par les plantes par exemple)

L’attention est aussi portée sur la durabilité d’un système, sa non dangerosité pour nous et les générations futures mais aussi sur sa robustesse (résilience) face aux aléas de la vie (climat, maladies,…). Le type à droite c’est énorme, je sais…

Cela fait donc près de 45 ans que la permaculture existe dans le monde entier et elle commence seulement maintenant à devenir « populaire ». Une piste pour expliquer la lenteur de sa popularité, pourrait résider dans le terme « permaculture » lui-même.

cohabitation-chiot-chien-03Monsieur Vinvin ne cesse de me dire que « c’est pourri comme mot ». Il dit que c’est « chelou », que « c’est un mélange de permafrost et d’agriculture, et que ça donne pas très envie… ». Il le dit avec ses mots mais tous les gens avec qui j’aborde le sujet sont globalement d’accord pour dire que ce mot n’est pas terrible. Or, on dit que nommer une chose la fait exister. Mais comment faire pour changer le nom d’une philosophie qui existe depuis si longtemps, dans tant de pays, et qui commence à peine à être populaire ?
Est-ce trop tard ? Et si on s’amusait à trouver mieux… (trop mimi ce petit chien) ?

Appel à cogitation. Et si on trouvait un nom sexy et compréhensible pour la permaculture ?
N’hésitez pas à laisser vos suggestions, ici ou sur Facebook. Merci pour eux.

Ces héros de comptoir qui savent ce qu’ils auraient fait…

Par @Vinvin

Thalys rijtuig 3_13_23Vous êtes assis à votre siège, coincé par votre voisine qui regarde un film, vous entendez derrière des « clic, clic, clic », des cris, des bruits bizarres… Il s’est déjà passé trois, quatre secondes, et puis quelqu’un court, vous ne savez pas pourquoi, puis encore des cris et des peurs, dans différentes langues, vous vous levez vaguement mais autour de vous des gens se baissent, ils ont peut-être raison, et des bris de verre, des clic, clic encore, des cris, – dix secondes -, vous vous décidez à vous lever et là le train s’arrête, quelqu’un a brisé la glace, en se blessant peut-être. Vous apercevez un type bizarre et un autre qui court vers lui, et des coups. Il s’est écoulé quinze secondes, peut-être vingt, pendant lesquelles ce que vous avez pensé dépend de :
– Si vous êtes seul ou en famille,
– Si vous êtes à une place depuis laquelle vous pouvez vous extirper,
– Si vous vous sentez physiquement capable d’affronter un ou plusieurs hommes armés (les images de Charlie vous hantent encore et pendant ces quelques secondes ce sont plutôt les images de cadavres qui vous reviennent),
– Si vous avez des notions de ju-jitsu,
– Et même si vous en avez, ça ne vous prépare pas à une Kalachnikov, à moins d’être à un mètre en face à face avec une arme en plastique et dans un gymnase,
Des gens passent et vous vous demandez s’ils fuient ou s’ils sont blessés,
– Si vous comprenez bien les cris qu’on entend,
– Si vous pouvez réunir du monde avec vous,
– S’ils sont nombreux ?
– S’ils coupent les têtes, lâchent des bombes et brûlent des femmes ?
Votre pouls s’accélère, vous avez peur, très très peur,
– Si votre fils vous attend à la gare ?
– Si on ne va pas attendre un peu pour voir ce qui se passe, prendre le temps d’analyser parce que là ça va trop vite ?

chronoVous vous levez enfin, enjambez votre voisine, – vingt-cinq secondes -, vous courrez vers le fond du wagon et voyez des types au sol, vous êtes juste derrière des gars solides qui tiennent un mec torse nu, il y a du sang partout, vous étiez juste à quelques mètres, quelques secondes, vous auriez pu bouger, c’est allé tellement vite… On entend des gens pour dire que la situation semble sous contrôle.

Il s’est passé vingt-secondes au choeur du chaos ; comme tout le monde, vous étiez paralysé dans la méconnaissance de ce genre de situation que vous n’avez jamais vécue. Parce que jamais personne ne s’est retrouvé dans un Thalys dans lequel un type tire à la Kalachnikov, et donc il n’y a aucun livre, aucun repère sur ce sujet dont vous ignorez tout : vous ne savez pas, vous n’êtes rien. La peur totale et solitaire, et des bruits sourds qui flottent. Et les héros ? Des types qui avaient un panel de données très différentes, un angle de vue, une position dans la scène, un âge, une force, une cohésion amicale, des informations et des expériences plus précises (retour d’Afghanistan, pas un poste de commercial dans la banque comme vous), une opportunité sans doute, et qui ont transformé ce minimum de temps en une action presque mécanique, comme vous l’auriez d’ailleurs peut-être fait si vous vous étiez retrouvé quatre rangs plus en arrière, à la sortie des toilettes, avec vingt ans de moins, personne à vos côtés, des chaussures sans lacet ou un slip kangourou, que sais-je.
SeagalComment savoir quelle personne vous êtes dans des conditions extrêmes, dans l’urgence absolue ? C’est impossible. C’est juste impossible. Au milieu du chaos les sens partent en sucette, les repères sont brouillés, les décisions se prennent en un dixième de seconde, un battement de coeur qui ne vous appartient plus. Dans le chaos instantané, les « héros » sont mus par une pulsion qui est la synthèse exceptionnelle de ce qu’ils sont, de ce qu’ils ont vécu, des informations qu’ils ont et d’un espace de réaction infime qui se présente à eux. Certains moins solides se baissent en se cachant la tête dans leurs mains, parce qu’à cet instant, en ce dixième de seconde, la somme de leurs données les tétanise plutôt que les met en mouvement ; et d’autres foncent tête baissée et deviennent des héros quand ça tourne bien (merci encore les gars !), des cercueils dans le cas contraire.

Ce que j’aurais fait moi ? Aucune idée. Et je suis toujours épaté par ceux qui savent avec tant de certitude qui sont les lâches et les courageux ; et surtout qui savent avec aplomb comment ils auraient réagi en pareille circonstance. Fascinant.