Bleus 98, Charlie, Bataclan, Johnny : les 5 points communs de la fraternité française.

Nous sommes devenus une addition de catégories qui se mettent sur la gueule, des communautés, des orientations, des opinions et des conditions, avec des étiquettes : intellos, collapsos, bobos, riches, bios, salauds, hipsters, extrémistes, écolos, féministes, pauvres, blancs, noirs, gilets jaunes, assisté, vegans, gentils, machos, complotistes, foulards rouges, connards, zèbres, bisounours, arabes, chinois, juifs, porcs balancés, putes soumises ou pas, méchants, profiteurs, journalistes, fainéants, gauchos, fachos,… etc.

Un vague terrain, la France, transformé en terrain vague. 

Nous n’avons plus rien à voir les uns avec les autres et si nous ne crevons pas l’abcès nous n’aurons bientôt plus rien à FAIRE les uns avec les autres. C’est quoi le “pays” dans un monde ultra connecté ? C’est quoi la France quand les gens qui la composent semblent n’avoir plus rien à voir entre eux ?

Je me suis dit que j’allais étudier les moments de grâce où nous avions été tous ensemble dans les 20 dernières années, et tenter de voir s’il y avait des ingrédients secrets avec lesquels nous pourrions fabriquer une potion magique pour retrouver notre amour de nous.

J’ai identifié 4 moments forts.

  • Les bleus de 98
  • Charlie Hebdo
  • Le Bataclan
  • Les funérailles de Johnny 

Il y en a eu d’autres, mais pas de cette ampleur… Et voici les résultats de l’expérience, j’ai identifié 5 gros points communs, il y en a sûrement d’autres.

1) C’est un événement rare et unique

Cela n’est jamais arrivé avant, et c’est ce qui nous touche. D’ailleurs, quand nous avons gagné la coupe du monde pour la deuxième fois, ce n’était plus ça ; même le bus des joueurs avait hâte de passer à autre chose en descendant les Champs.

2) C’est un événement qui touche à l’enfance, à l’innocence

Le football, le dessin, la musique, la chanson… Des matières optionnelles, des activités légères et désintéressées, du jeu, un retour à ce que nous étions avant que la vie ne devienne trop sérieuse. Avec du coup un choc thermique violent quand la mort et les bombes viennent ensanglanter le tableau.

3) C’est un événement universel.

Quelque chose de commun à nous tous, partageable immédiatement sans distinction de classe, de culture ou de religion. Ce qui est différent quand il s’agit du prix du diesel ou de la GPA, où l’on commence a rentrer dans des manifestations de groupes d’intérêts.

4) C’est un événement qui touche aux grandes valeurs morales

Ce sont toujours les grands sujets qui passionnent et mobilisent les foules, en l’occurence la liberté, l’amour, la jeunesse, l’art, la démocratie, la mort. On ne se passionne pas collectivement pour les détails.

5) C’est un événement qui touche à quelque chose de tribal

D’animal même. Le groupe est menacé, il se soude alors pour faire corps, pour se venger, pour gagner, pour se souvenir, pour se dire les choses, pour s’organiser. Une sorte de réunion de solidarité d’urgence pour préparer la bataille et maintenir l’équilibre et la sécurité de la tribu.

Ma question est la suivante : comment faire de 5 points exceptionnels un ciment permanent ? 

Comme avec la potion magique chez Obélix, un truc dans lequel on tomberait tous et qui serait toujours efficace pour les prochaines décennies. En d’autres termes, #1 Comment faire de ce qui est unique et rare une vertu permanente ? #2 Comment garder l’innocence et la gratuité du projet quand l’argent, la valeur des valeurs, vient tout diriger ? #3 Comment faire de l’intérêt collectif une valeur suprême, au-delà de l’individualisme crasse creusé dans les 30 glorieuses et maintenu dans la crise ? #4 Comment nous redonner goût aux grandes thématiques humaines, à l’intelligence et à l’harmonie ? #5 Comment faire de notre sens de la tribu une force positive et constructive, pas seulement le pire de ce que nous sommes ?

On peut commencer à y réfléchir…