Pensées en vrac sur le récit raté des gilets jaunes.

– Bullet point. 
– Je me demandais pourquoi le mouvement s’essoufflait. 
– Passés de soutien à lassitude à agacement.
– Je me suis concentré sur la technique narrative de l’histoire ; déformation professionnelle.
– Le gilet réunit, comme un logo, un drapeau ou un cri de ralliement. 
– On a les prémices d’un bon storytelling, la naissance d’un héros collectif avec une cape comme Batman, mais jaune.
– Et l’expression d’un désir. 
– Mais un désir désordonné. 
– Le spectateur est vite perdu. C’est quoi vraiment le désir ? 
– Au début c’était mieux vivre, arrêter l’injustice, remettre de la dignité.
– Puis « Macron démission », « à mort les juifs » et « Brigitte la pute ».
Tout casser ? 
– Si le désir est de tout détruire alors le héros devient celui qui veut tout sauver (l’Etat).
– La grande majorité des spectateurs préfère que la vie continue dans des conditions acceptables. 
– Donc tous ceux dont le désir est de tout casser sont voués à l’échec et à ne réunir autour d’eux que ceux dont le désir est de tout casser. 
– Ce n’est donc pas un récit universel, c’est du storytelling de niche.
– Revenir au même endroit tous les samedis et tout casser, c’est le scénario le plus pénible qu’on ait jamais vu. 
– C’est “Un jour sans fin” mais sans les vannes de Bill Murray. 
– T’as beau maquiller le manque d’intrigue en appelant ça des actes comme si on allait avancer, ça se répète. 
– Le scénario est tellement pénible que désormais le sujet c’est de savoir si les flics doivent tirer au flashball ou pas…
– Après trois mois d’un mouvement qui est né de façon « extra-ordinaire », on en vient à discuter de ça. 
– Comme si dans Star Wars on passait un épisode entier à se demander si les stormtroopers doivent sortir le fusil ou pas. 
– Le scénario répétitif est du pain béni pour les storytellers embusqués qui peuvent alors proposer leur sujet. 
– Le flashball est une superbe diversion.
– Dans du bon storytelling, le héros est puissant. 
– Le héros d’origine de cette histoire de gilets jaunes, c’était la souffrance de ceux qui n’ont rien. Ça, c’est un héros sérieux. 
– D’ailleurs seul un héros de cette puissance peut soulever autant de monde de façon spontanée au point de venir tous les samedis se gâcher sa propre vie sur les ronds points… 
– Mais la société du spectacle a détruit ce héros, et l’a morcelé en sous héros. 
– Eric Drouet ou Maxime Nicolle. Ce sont eux désormais les héros. 
– Et tous les autres, ceux qui étaient là au début poussés par leur souffrance, se retrouvent alors associés à des mini héros qu’ils n’avaient pas souhaités. 
– Des types qui n’ont pas les clé de la story, mais maitrisent le telling, via Facebook, les plateaux télé, les instagram provocateurs.
– Des mini Trump.
– Même méthode, crier fort, de façon originale, se poser au-dessus de la pile du contenu et peu importe le gif qu’on anime. 
– Le sens n’est pas là, la story non plus ; on est juste dans du telling maitrisé. 
– Mais on ne peut pas faire un grand film avec Jabba the Hutt comme héros.
– On a donc un scénario répétitif porté par des héros sans relief : c’est pas bon.
– Une fois qu’on a dit cela, une société humaine responsable devrait s’arrêter quelques instants et revenir aux racines de cette histoire. 
– On a une souffrance, vraie. 
– Des gens crèvent de faim, meurent au pied des immeubles ou dans la mer, bouffent de la nourriture pour chat, font trois boulots et dorment dans leur voiture. 
– La racine de cette story qui a été gâchée par le telling, elle est profondément là, et dramatique, et elle va rester, longtemps, très longtemps. 
– Cette histoire-là ne va pas disparaitre. 
– Les fioritures autour vont peut-être changer, on va penser que le calme est revenu, on s’arrêtera peut-être à l’acte 25. 
– On créera peut-être même un impôts pour financer les casses, on s’habituera aux yeux crevés par les flashballs. 
– Mais la source de l’histoire, le héros d’origine, il est là et bien là et c’est de lui dont il faut prendre soin. 
– Le sens il est là.

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