Archives mensuelles : février 2019

Bleus 98, Charlie, Bataclan, Johnny : les 5 points communs de la fraternité française.

Nous sommes devenus une addition de catégories qui se mettent sur la gueule, des communautés, des orientations, des opinions et des conditions, avec des étiquettes : intellos, collapsos, bobos, riches, bios, salauds, hipsters, extrémistes, écolos, féministes, pauvres, blancs, noirs, gilets jaunes, assisté, vegans, gentils, machos, complotistes, foulards rouges, connards, zèbres, bisounours, arabes, chinois, juifs, porcs balancés, putes soumises ou pas, méchants, profiteurs, journalistes, fainéants, gauchos, fachos,… etc.

Un vague terrain, la France, transformé en terrain vague. 

Nous n’avons plus rien à voir les uns avec les autres et si nous ne crevons pas l’abcès nous n’aurons bientôt plus rien à FAIRE les uns avec les autres. C’est quoi le “pays” dans un monde ultra connecté ? C’est quoi la France quand les gens qui la composent semblent n’avoir plus rien à voir entre eux ?

Je me suis dit que j’allais étudier les moments de grâce où nous avions été tous ensemble dans les 20 dernières années, et tenter de voir s’il y avait des ingrédients secrets avec lesquels nous pourrions fabriquer une potion magique pour retrouver notre amour de nous.

J’ai identifié 4 moments forts.

  • Les bleus de 98
  • Charlie Hebdo
  • Le Bataclan
  • Les funérailles de Johnny 

Il y en a eu d’autres, mais pas de cette ampleur… Et voici les résultats de l’expérience, j’ai identifié 5 gros points communs, il y en a sûrement d’autres.

1) C’est un événement rare et unique

Cela n’est jamais arrivé avant, et c’est ce qui nous touche. D’ailleurs, quand nous avons gagné la coupe du monde pour la deuxième fois, ce n’était plus ça ; même le bus des joueurs avait hâte de passer à autre chose en descendant les Champs.

2) C’est un événement qui touche à l’enfance, à l’innocence

Le football, le dessin, la musique, la chanson… Des matières optionnelles, des activités légères et désintéressées, du jeu, un retour à ce que nous étions avant que la vie ne devienne trop sérieuse. Avec du coup un choc thermique violent quand la mort et les bombes viennent ensanglanter le tableau.

3) C’est un événement universel.

Quelque chose de commun à nous tous, partageable immédiatement sans distinction de classe, de culture ou de religion. Ce qui est différent quand il s’agit du prix du diesel ou de la GPA, où l’on commence a rentrer dans des manifestations de groupes d’intérêts.

4) C’est un événement qui touche aux grandes valeurs morales

Ce sont toujours les grands sujets qui passionnent et mobilisent les foules, en l’occurence la liberté, l’amour, la jeunesse, l’art, la démocratie, la mort. On ne se passionne pas collectivement pour les détails.

5) C’est un événement qui touche à quelque chose de tribal

D’animal même. Le groupe est menacé, il se soude alors pour faire corps, pour se venger, pour gagner, pour se souvenir, pour se dire les choses, pour s’organiser. Une sorte de réunion de solidarité d’urgence pour préparer la bataille et maintenir l’équilibre et la sécurité de la tribu.

Ma question est la suivante : comment faire de 5 points exceptionnels un ciment permanent ? 

Comme avec la potion magique chez Obélix, un truc dans lequel on tomberait tous et qui serait toujours efficace pour les prochaines décennies. En d’autres termes, #1 Comment faire de ce qui est unique et rare une vertu permanente ? #2 Comment garder l’innocence et la gratuité du projet quand l’argent, la valeur des valeurs, vient tout diriger ? #3 Comment faire de l’intérêt collectif une valeur suprême, au-delà de l’individualisme crasse creusé dans les 30 glorieuses et maintenu dans la crise ? #4 Comment nous redonner goût aux grandes thématiques humaines, à l’intelligence et à l’harmonie ? #5 Comment faire de notre sens de la tribu une force positive et constructive, pas seulement le pire de ce que nous sommes ?

On peut commencer à y réfléchir…

Il faut réveiller l’ours endormi.

Ma théorie de l’ours dit que les gens honnêtes représentent 90% de l’humanité (c’est notre gros ours) mais que, comme nous sommes des gentils bien élevés, fainéants et timides, nous ne faisons rien pour nous organiser contre les loups, les requins et les hyènes qui, du haut de leurs maigres 10%, parviennent à contrôler l’ensemble de la décadence mondiale de l’intelligence, de l’humanisme élémentaire et du bon sens écologique. Alors que c’est bien connu, une fois que l’ours se réveille et donne un coupe de patte (en général après une guerre mondiale ou un drame d’envergure), il n’y a plus personne qui bronche. Il est grand temps de réveiller l’ours ; tout le monde devrait se consacrer à ce geste en priorité avant “qu’on finisse tous à poil ou avec une grenade dans le slip et une planète cramée” pour parler comme parle mon cousin Paul qui préfère ne pas m’écouter et regarder un bon match à la télévision en buvant une bière belge dont le nom m’échappe. Il m’énerve mais je comprends, tout le monde ne peut pas se sentir concerné et nous sommes des centaines de millions (je parle de nous, les humanistes primaires) les tétanisés nourris au minimum de souffrance, anesthésiés par trop d’expériences douloureuses. Chacun fait comme il peut pour se préserver et je n’en veux à personne de bien s’organiser pour être sobrement malheureux. C’est un droit essentiel face au non-sens, et je suis ceinture noire en la matière. Mais quand même. Il semblerait que dans le temps qui passe nous ayons atteint une sorte de climax un peu pénible qui consiste à la fois à la destruction de notre environnement et à la disparition des traces du Bien comme élément principal de notre sécurité et de notre confort.

Je me demandais par où commencer pour réveiller l’ours endormi.

Où prêcher sans perdre mon temps ? Par quel média et avec quel vocabulaire ? L’idée étant de se faire comprendre par tout le monde, du moins sachant au plus érudit, du plus pauvre au plus riche, dans tous les spectres de la diversité. Car comme je l’expliquais au cousin, les gens honnêtes sont partout, c’est même le gros du troupeau, et j’espérais fortement qu’il fût d’accord avec cette idée sinon mon concept de retour du Bien commençait mal et on n’avait pas besoin de ça. Il me répondit que oui, mais je crois que c’était pour que je le laisse tranquille. Car son problème à lui, sacré Paul, c’est qu’il n’était pas sûr de ma définition du bien, et pour être honnête moi non plus, conscient qu’en la matière chacun voit midi à sa porte (expression que je n’ai jamais comprise mais qui semble indiquer une sorte d’individualisme bien réparti chez les humains qui s’organisent en fonction de leur point de vue, ce qui est logique car il est extrêmement difficile ou en tout cas très altruiste de voir le monde avec les yeux d’un autre, ce serait peut-être la solution remarquez, mais on n’en est pas là).

Dignité

Dans ma vision du bien, que j’essaie de dessiner la plus légèrement possible pour ne choquer personne, disons que l’idée tient autour d’un mot, la dignité. Le reste n’étant qu’une gigantesque déclinaison de concepts et d’interprétations. Mais la dignité j’aime bien, c’est élégant, on oublie même que c’est le mot clé de la première ligne de la Déclaration des droits de l’homme de 1948. On n’en parle jamais mais le mot n’a pas été mis là par hasard. Les années noires et les camps de concentration ont marqué les esprits et les corps, et dans le détail des atrocités, ce qui fût le plus horrible (à entendre ceux qui l’ont vécu), fût la destruction programmée et méthodique de la dignité, cette enveloppe informelle qui nous tient debout et fait de nous ce que nous sommes, simplement parce que nous sommes. Du verbe être, sans autre précision, ni race ni religion, ni richesse ni défauts, juste nous, là, présents, dignes d’être en étant, point. Pas de “mais”, pas d’exception. La dignité étant la base de tout, c’est l’arme suprême, l’immunité absolue contre tous les meurtriers de la pensée et du coeur. Ce qui menace la dignité d’un seul menace chacun de nous. Il est alors facile d’orienter ses choix et ses actes en fonction d’elle, pas besoin de chercher loin. Ce qui n’est pas digne nous réduit, ce qui est digne nous élève. Ce qui menace la dignité menace mon être profond car si je ferme les yeux je consens, à être moins digne, soit parce que je me crois supérieur et dans ce cas j’entre dans la catégorie des raclures, soit parce que je suis faible, fatigué, endormi, confortablement installé dans mon anesthésie, et dans ce cas il faudrait me réveiller. Vite.