Avons-nous besoin d’un chef ? La candidature de Lessig me laisse perplexe…

Par @Vinvin

La candidature de Lawrence Lessig à la présidence américaine apporte une bouffée d’oxygène dans le système vérolé du pouvoir américain, et le nôtre par ricochet. J’aurais voulu filer 20 balles pour l’encourager, mais sa course est réservée aux US citizens, ce qu’on peut comprendre, à regret. Cette candidature brillante sur le papier ne cesse cependant de me faire réfléchir et j’avoue que les doutes m’habitent.

LessigMon plus gros doute tient à son renoncement annoncé.
Lessig prévient qu’il restera le temps nécessaire pour mener à bien sa réforme du système électoral, et ça c’est cool ; ensuite il partira pour laisser le mandat à son vice-président. Et ça c’est moins cool. J’ai bien compris la puissance symbolique d’un tel geste, qu’il explique lui-même d’ailleurs : « Cette campagne ne porte pas sur un individu, mais sur un principe. Un principe américain que nous devons retrouver, selon lequel nous sommes tous égaux, et que notre démocratie doit tous nous respecter en tant qu’égaux ». Ok. Pigé. Mais quand même.

Il y a au fond de nous, me semble-t-il, le besoin profond et presque animal de suivre quelqu’un. Quelqu’un de bien, quelqu’un en qui on a confiance. Voter pour un principe, c’est beau, c’est intelligent mais c’est conceptuel. Et j’ai bien peur que le conceptuel ne satisfasse pas le besoin de délégation. Je me trompe peut-être, mais j’ai rencontré tellement de gens qui ne souhaitaient pas s’impliquer, ni prendre de risques, ni manager, mais simplement vivre correctement -et c’est déjà pas mal- en faisant leur travail s’ils en ont, s’occuper de leurs proches et laisser les grandes manoeuvres à ceux qui veulent, savent et le disent. Et même si le système des républiques monarchiques a atteint ses limites, je crois que #LesGens attendent toujours et inlassablement un chef. Une personne humaine, pas un concept. Un candidat avec un visage, de la chair, un passé et des visions ; quelqu’un avec des principes, certes, mais surtout une volonté, une envie, une énergie et une expérience qui les RASSURENT. #LesGens auront-ils envie de donner leur pouvoir à quelqu’un qui ne le souhaite pas vraiment ? Feront-ils l’effort de comprendre la portée de son Idée brillante et généreuse ? Je ne sais pas…

D’autant que, dans son projet, Lessig laisse sa place à son vice-président. Ce qui ne fait que décaler le problème : au bout du compte il va falloir se projeter de manière schizophrène : voter pour l’Un en pensant à ce que sera l’Autre, plus tard (et l’on ne sait même pas quand). Délicat.

desertVoteras-tu pour Ibrahimovic si tu sais qu’après les qualifications c’est Gourcuff qui reprendra le poste ?

Alors on aurait envie de lui dire : « Mec, si tu es quelqu’un de bien, et visiblement tu es quelqu’un de bien, sois sympa, va au bout, affronte ton destin, n’aie pas peur, on a bien compris que tu ne voulais pas donner l’impression de vouloir être Président mais merde, si tu fais un super boulot pour la réforme électorale, pourquoi tu ne resterais pas un peu plus pour influencer les autres grands sujets ? C’est possible mec ! On bossera sur une nouvelle démocratie plus directe, tu n’auras pas à te corrompre et nous serons actifs, on sera là l’ami !… ».

Mais ce n’est pas l’histoire qu’il a choisie. J’ai donc peur que le projet de Lessig se heurte à sa beauté conceptuelle ; que le « professeur de Harvard » paie le prix d’un projet intellectuel merveilleux mais déconnecté des attentes naturelles du peuple, au sens noble. Sans doute souhaite-t-il faire progresser son sujet en ayant au moins réussi à faire bouger les lignes, espérant j’imagine, fort de son million de dollars obtenu et de son écho médiatique, imposer au candidat élu de s’engager sur quelques points. C’est sans doute cela son plan et ce n’est pas si mal ; mais ça laisse un goût de trop peu. Je rêve qu’un Lessig puissance 10 vienne bousculer davantage le système.

Le changer plutôt que le réparer. Pour cela il faut un Humain sur-motivé, pas juste un Principe.

Me goure-je ?

6 réflexions au sujet de « Avons-nous besoin d’un chef ? La candidature de Lessig me laisse perplexe… »

  1. vraiment pas d’accord avec le besoin de chef. Je n’en nie pas la réalité pour un grand nombre, mais c’est justement le truc à abattre selon moi, le domaine où l’éducation populaire doit se faire: l’investissement politique. Tant qu’il y a des chefs, il y a corruption. La (vraie) démocratie ou rien. #amha

  2. Il faudrait pouvoir voter pour un Nicolas Bourbaki de la politique mais le systeme n’est pas encore mur, et on a déja eu un quota important de Nicolas, il faudra trouver un autre prénom …

  3. ET si #LesGens avaient le temps et le gout de s’intéresser à la chose publique, auraient ils besoin d’un chef ?

    Comme le dit jcfrog, à grand coup d’éducation populaire et une diminution du temps de travail-pour-un-salaire, les citoyens pourraient redevenir des citoyens.
    Bien sûr pas tous, mais peut-être suffisamment pour s’affranchir de la classe politique professionnelle et déliquescente.

    Ce que je ne vois pas, c’est comment mettre ça en œuvre … Franck Lepage l’a bien dit : dans ses conférences : tout le monde repart persuadé, mais que faire le lendemain.

    Après, c’est vrai que c’est « confortable » de laisser le pouvoir à ce qui le veulent et de se plaindre (ce que fait la grande majorité de la classe moyenne).

    1. Pour ma part, je pense que la vraie démocratie est EN DEHORS du système politique.

      Elle est dans les associations, les entreprises, la société civile, les décisions que chacun prend tous les jours.

      En prenant le boulot d’homme ou de femme politiques, ils se chargent du sale boulot, nous laissent le temps de vivre et faire vivre la démocratie. Parce que si on nous demande notre avis sur tous les petits détails, on est mal barré ! On a que 24 heures dans une journée, et si peu pour soi-même souvent !

      Mais cette démocratie du réel est phagocytée par le système politique qui prétend réglementer la vie, qui prétend savoir mieux que toi comment vivre. Que tu dois travailler plus… Ou moins… Faire du sport… Manger des fruits, boire ou pas…

      Si on aspire à plus de démocratie directe, il faudra donc en premier lieu desserrer l’étau décisionnel. A-t-on besoin de prendre une décision sur tout ? Cette décision ne peut-elle être prise par la personne concernée ? Le salaire des profs ne devrait-il pas être décidé par leur chef immediat ? Tout simplement ? Et ainsi de suite.

  4. Bonne réflexion à ceci près qu’il ne faut pas tenter le parallèle de l’entreprise… Une entreprise appartient à des actionnaires qui délèguent leur pouvoir à un gestionnaire. Les employés n’ont pas leur mot à dire sur leur chef.

    Dans une république, la chose est publique ! La république nous appartient, chaque citoyen possède une action. Nous pouvons ne pas vouloir de chef… Surtout lorsqu’ils sont d’une moralité douteuse avec le choix entre Nico et François ? Ou Ségo et Nico… Je suis pour ma part un grand amoureux du tirage aléatoire. Nous ne pouvons pas en l’état demander à chaque citoyen de prendre une part active (proposition de réduction du temps de travail) mais nous pouvons aléatoirement tirer au sort des citoyens qui doivent se mettre en congés de leur vie active le temps d’un mandat.

    Les Grecs anciens avaient tout compris : voter pour un individu conduit forcément à la démagogie, pas d’autre issue. Du coup, ostracisme : le mec devenant trop puissant est exilé de la cité car il met en danger le système, soit l’exact opposé de notre pseudo démocratie.

  5. 100% d’accord avec Raphael.

    Le tirage aléatoire permet:
    1- que chacun se sente concerné puisqu’il peut être tiré au sort, alors que les chances ou le risque de se faire élire sont quasiment nulles;
    2- que chacun soit égal, puisque que les chances d’être tiré au sort sont identiques.

    Quant à une candidature sur un seul projet de changement « constitutionnel », elle me parait au contraire idéale.

    En France, par exemple, un candidat à l’élection présidentielle qui aurait pour seul projet un référendum de changement de constitution pour la mise en place du tirage aléatoire et qui assurerais son départ, en cas de succès comme d’échec aurait mon suffrage.

Les commentaires sont fermés.