Je suis de gauche ou de droite ?

Je vais devenir cinglé avec cette question sans queue ni tête.
Je suis né dans un cocon de droite. Banlieue ouest. Catholique. Baptisé et dérivés.
Pas d’excès mais de quoi vivre comme il faut, étudier dans de bonnes écoles, jouer au tennis et partir en voyage linguistique à Folkstone.
BarreJ’ai baigné dans un jus de droite, RPR classique, libéral sympa.
En 81, j’avais onze ans, j’ai vu mes proches et leurs amis s’effondrer en voyant apparaître le visage pixelisé de Mitterrand. Les chars soviétiques n’étaient pas loin.
En 88 c’est la première fois que je votais, je me suis révolté, j’ai opté pour Raymond Barre. Oui je sais, je suis un vrai punk ! Je tractais sur la place du marché à Garches, c’était intense comme une partie de bridge un week-end de Toussaint.

Mais j’aimais bien le bonhomme…
Et puis je me suis mis à réfléchir tout seul ; hors des sentiers religieux tout d’abord, et hors des évidences libérales ensuite. Comme quoi il est plus simple de se libérer d’un dieu que d’un courant de pensée politique.

isoloirEn grandissant je me suis mis à penser à des trucs révolutionnaires comme la fraternité, la justice, l’inégalité des chances, le pas de bol de certains, les magouilles des autres, l’éternel pouvoir de l’argent méchant contre l’éternelle misère des plus faibles. Mais toujours en vivant à l’ouest, avec mes familles libérales et mes amis dans la finance. Discrètement, je me suis mis à voter des trucs chelous, des machins verts, des machins roses, des listes dissidentes ; je profitais des premiers tours des élections locales ou moins locales pour m’encanailler sur des listes interdites, un peu comme si j’allais aux putes en cachette. Au deuxième tour je revenais dans le rang, parce que je n’avais pas le choix. Parce qu’à la fin de toutes les élections, toujours (ou presque) depuis Néandertal, il a fallu choisir entre gauche et droite. Et depuis la défaite de Raymond Barre, je refuse d’être centriste, j’ai besoin de radicalité. On ne peut pas être radical du centre, c’est quantique.

Alors ? De gauche ou de droite ?

Je vois chez mes amis, à droite comme à gauche, des gens qui se ressemblent. Radicaux. Excessifs parfois, ils sont pourtant sincères dans leurs idées, capables d’argumenter et d’écouter. Ils ont comme désir commun la justice et le bonheur pour tous. Personne de mes amis de droite ne se réjouit du chômage, de la misère et des inégalités.
fraterniteTous aimeraient pouvoir changer le cours des choses. Personne de mes amis de gauche ne voudrait buter mes amis de droite, bien que ça les démange philosophiquement. Tous sont effondrés par cette gauche molle de centre droit, par cette droite dure qui pointe, par cette gauche radicale qui s’enlise. Je vois chez mes amis de tous bords une sorte de tronc commun impalpable mais réel, proche du ras-le-bol, de l’envie de révolte, pour ne pas dire plus. Je sens un besoin de respect, d’intelligence, de bon sens. Le tout teinté de préoccupations écologistes raisonnables, de plus en plus. Il existe, j’en suis sûr, un tronc commun qui n’est pas un centre mou et consensuel.

Ce tronc commun n’est ni de droite, ni de gauche, ni du centre : il existe « virtuellement » mais n’a pas de forme humaine. C’est un courant qui flotte dans l’atmosphère, une troisième dimension, une ligne multiple qui part de l’ancien et se projette dans l’avenir, le numérique, le partage, le réseau, le savoir, la simplicité, l’intelligence, au service de l’Humain, et pas seulement de quelques humains. Je crois que je ne rêve pas. Il me semble que c’est en train d’arriver.

Vous voyez ce que je veux dire ou pas ?

11 réflexions au sujet de « Je suis de gauche ou de droite ? »

  1. Je vois tellement ce que tu veux dire !! C’est tellement énervant de constater que les œillères idéologiques des uns et des autres les empêchent de penser.
    Mais je crois que Si Bayrou ne s’était pas oublié dans son caleçon à quelques reprises cela aurait pu être le centre.

  2. Ni de droite, ni de gauche. Issu d’une famille de droite pas aisée, baptisé très petit, sans pratique ni éducation catholique, je me suis mis à réfléchir vers l’âge de 11 ans. Dissident radical gauche extrême tendance vert extrême, ou l’inverse, je vote quand je peux pour une révolution de douce et pacifiste, connectée, et activiste. Belle journée en pleine conscience. Je retourne faire ma part pour aider à protéger les plus fragiles. Bisous.

  3. Je ne suis pas loin de la même chose mais dans l’autre sens… Ce qui me ferait penser que tu as raison. De toute façon, à des centaines de kilomètres de toi et dans un milieu tout à fait différent, je constate la même chose. Ce dont tu parles, on l’espère tous et on essaie, à notre niveau de faire ce que l’on peut. Ce que je pense, moi, modestement, c’est que ce dont tu parles, ce n’est pas de la politique telle qu' »eux » ils la font, la pensent, le vivent, alors, ce n’est pas gagné 🙂 mais continuons le combat. Belle journée, Vinvin.

  4. Je ressens aussi les mêmes choses. Et j’en étais arrivé à la conclusion que la seule solution pour que nos représentants prennent des décisions pour l’intérêt commun plutôt que pour leur carrière ou au nom de dogmes serait de les tirer au sort, comme aux assises. En déclarant cela à un collègue élu, il m’a traité de « disciple de Chouard ». Du coup j’ai cherché le dit Chouard (c’était avant son coup d’éclat sur F3), et je me suis aperçu que d’autres personnes pensaient comme moi et surtout proposent de vraies solutions en la matière.
    Et maintenant que je suis un peu conscient de tout ça, je n’ai vraiment pas le sentiment de vivre dans une « démocratie ».

  5. Que votre volonté soit faite ! 😉
    Je m’étais enthousiasmé après avoir lu une interview de Raymond Barre alors maire de Lyon. Il y expliquait qu’il avait recruté ses adjoints pour leurs COMPETENCES, fussent-ils de droite ou de gauche. Du coup j’avais écrit une lettre à la Mairie pour le féliciter !
    Je pense que s’il avait été en face de moi quand j’ai eu fini l’article je lui aurais fait la bise 😉
    Ca faisait du bien de lire ça. Depuis, pas grand chose….jusqu’à ce frémissement qui prend de l’ampleur en ce moment, sur le droit de choisir, vraiment….
    A noter que le programme d’Eva Joly semblait faire sens… Peut-être un poil trop en avance pour les consciences …

  6. Vous semblez optimiste… moi de mon côté je ne vois rien venir, car la démocratie n’a plus de réalité…

    Une régulation de la finance folle n’est pas de droite ni de gauche, pourtant on l’attend, on l’attend… (quel être humain doué de raison peut justifier le trading haute fréquence?)

    Nos médias sont aux mains des milliardaires et des multinationales…

    Le réchauffement climatique reste un sujet annexe…

    Les limites de la planète, qui impose un partage des richesses équitables, que ce soit en France ou dans le monde n’est pas encore bien compris (ah! la croissance verte est censée venir solutionner pce problème)

  7. Désolé, par erreur, j’ai envoyé mon précédent message avant de l’avoir fini…

    Les limites de la planète, qui impose un partage des richesses équitable, que ce soit en France ou dans le monde n’est pas encore bien compris (heureusement la croissance verte est censée venir solutionner par miracle ce problème).

    Les interventions militaires des « démocraties occidentales » dans de nombreux pays pour convertir ces pays à la sainte démocratie (qui n’existe pas vraiment chez nous) sont fréquentes, déstabilisent le monde, et aboutissent actuellement à l’arrivée de nombreux réfugiés dans nos pays…

    Beaucoup de gens sont conscients de tout ça, mais pas encore suffisamment pour reprendre réellement le pouvoir…

  8. La gauche est forte quand elle s’adresse a tous. C’est pour cela qu’elle doit se transcender. Et c’est ce que nous avons fait, notamment en matiere de lutte contre le terrorisme. Je continue a penser que le depassement des clivages partisans s’impose.

  9. La gauche est forte quand elle s’adresse a tous. C’est pour cela qu’elle doit se transcender. Et c’est ce que nous avons fait, notamment en matiere de lutte contre le terrorisme. Je continue a penser que le depassement des clivages partisans s’impose.

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