Est-il possible de vivre en accord avec ses idées ?

Agricultural Fields on FarmNous nous posons la question chaque jour.

Si je m’écoutais je supprimerais tout de suite AMAZON de nos vies tant qu’ils ne paieront pas correctement leurs impôts en France. C’est ballot parce que j’aime bien Amazon.

Je supprimerais également toute alimentation ayant affaire de près ou de loin avec MONSANTO, soit parce que je crois que les pesticides sont la nouvelle bombe atomique, soit parce que la politique de copyright de Monsanto est hallucinante-ils-veulent-posséder-la-nourriture-mondiale-de-nous. Au passage, il faudrait également que je m’intéresse à toutes les marques chimiques, le problème c’est que j’ai fait des études de lettres et il va falloir que je m’en remette à des tiers de confiance pour savoir qui est gentil et qui est méchant. Le bémol avec les tiers confiance c’est qu’on ne connait pas bien leurs motivations, même en confiance…

Pour les HABITS, je ferais une enquête détaillée sur toutes les marques et les conditions de travail. J’irais ensuite témoigner à des colloques pour expliquer qu’il n’est pas acceptable que les très pauvres aient des boulots inhumains dans des usines surpeuplées à coudre des tee-shirts en amiante pour vingt centimes par mois. Ça paraît évident mais certains pensent que sans ces jobs ils crèveraient de faim davantage. Un débat houleux aurait lieu.

Il faudrait aussi que jKungFuPandae supprime le LAIT, ou en tout cas que je fasse gaffe, parce qu’on me dit dans l’oreillette que ce n’est pas si bon que ça. Il faudrait donc que je m’y connaisse pour faire la part du vrai et du faux. Alors autant je sais distinguer une vache marron d’une vache noir et blanc, autant quand j’ai du lait dans mon verre je suis comme une poule devant un cure-dent. Et puis qui me dit que cette poule sans cure-dent n’est pas chelou ? J’en sais rien moi ! Un poulet c’est un poulet. T’auras beau me mettre un label rouge sur le paquet, quand c’est plié et sans plumes ni tête ça ressemble à un poulet… Comment savoir s’il a bouffé du Roundup entouré de ses huit mille cousins entassés dans des machines sado-maso, ou s’il s’appelait Coco dans une ferme biologique tenue par un couple de hippies finlandais ayant migré dans le Larzac. Je n’en sais rien, ce n’est pas écrit dessus. Si ?

Côté INTERNET il faudrait rapidement que je me mette au code, au chiffrage, au hacking, à l’autonomie technologique, parce que je suis réellement consterné par la tournure que prennent nos libertés et nos droits. Le problème c’est que j’ai déjà du mal avec la règle de trois, je continue à la poser en me trompant. J’ai l’impression que ce n’est pas tout de suite que je vais protéger mes communications… Pourtant j’aimerais bien, vraiment. Je fais le rigolo mais je vais m’y mettre : j’ai commencé les cours de math de la Khan Academy, je viens de recevoir un mail de félicitations, je suis niveau quatrième aux Etats-Unis !

wauquiez-ciotti_scalewidth_460Si on parle POLITIQUE, normalement je devrais tout arrêter tout de suite pour m’engager parce que j’ai la moutarde qui monte au nez. Je ne peux plus voir un professionnel des plateaux en peinture ça me déclenche des palpitations. Toutes les raclures de fond d’alcôves, les récupérateurs de voix, les obscènes pourfendeurs de la vertu qui se drapent derrière leur corruption, ou l’inverse. Je voudrais que quelqu’un d’honnête et de courageux prenne les choses en main pour qu’on arrête de marcher sur la tête. Et je me dis qu’à part moi je ne vois personne en qui j’ai confiance, et encore. Le problème avec la politique, c’est qu’il faut serrer les mains et j’ai un petit blocage avec ça : j’ouvre les portes des toilettes avec mon pull pour ne pas choper les microbes… Ou alors il faudrait que je porte des gants mais ce n’est pas très convivial. Déjà que j’ai un nom à rallonge, si en plus je porte des gants sur les marchés, on va me traiter de snob, je le vois venir d’un coup !

Ensuite si j’allais vraiment au bout de nos idées, je sortirais mes enfants de l’ÉCOLE traditionnelle pour les élever totalement différemment. On ferait un tour du monde de deux ou trois ans pour comprendre l’Autre, découvrir des cultures, des modes de vie. On vivrait des moments uniques tout en conservant un lien avec l’apprentissage, via les MOOCS, les cours en ligne, les formules à distance… On devrait sacrifier un paquet de trucs mais j’imagine la richesse d’une telle expérience pour eux, et pour nous… Le problème c’est l’appart, le job, les sous, les potes, le confort, la Champion’s League et la soirée chez Lucas samedi soir… « Y’aura tout le monde ! »…
Alors le voyage chez les papous va attendre, je le sens bien…

Bref. Comment fait-on pour vivre en accord avec ses idées ?

FamilleInterrogation

6 réflexions au sujet de « Est-il possible de vivre en accord avec ses idées ? »

  1. Comment fait-on pour vivre en accord avec ses idées ? Déjà, on fait comme toi, on se pose des questions. Et ensuite on essaye d’y répondre.

    Enfin, on choisit ses batailles : on regarde là où on est capable de faire une différence. Enfin, on accepte d’être imparfait et pas absolument cohérent dans sa démarche. On fait du mieux qu’on peu, là où on peu. En essayant de ne pas tomber dans l’aigreur, parce que les vieux cons n’ont jamais réussi à convaincre qui que ce soit.

    –Tristan

  2. On fait de son mieux, de petits compromis en petits compromis. On s’accommode de sa foi, de ses convictions, on se dit que faute de mieux ça pourrait être pire… Et puis on ferme les yeux, on ferme les écoutilles, et de temps à autres on pète un cable, on pousse un cri, un coup de gueule. Et on se demande si ça a servi à quelque chose. Et on se rend compte que d’autres au même moment ont poussé le même cri. On avance un peu. On transmets de valeurs à ses enfants. On cherche la cohérence, on est bousculé. Et tant mieux, rien de pire que les certitudes absolues.
    Et parfois, on cherche le silence, la contemplation de la beauté pure. Un lieu, un son, une image, une rencontre… Ca booste. On est relancé. On repart. On y croit.
    Bref, c’est cyclique, on est parfois conscients, parfois cyniques, parfois désabusés, parfois sincères. La vie, quoi.

  3. En fait non, on peut pas 🙂
    En tout cas pas dans ce monde non fraternel, sauf à le quitter et retourner dans sa grotte.
    C’est pour ça qu’il faut le changer, ce monde. #peace

  4. Moi aussi je suis tout a fait d’accord avec Tristan. On peut tous faire ce qu’on peut (même si on peut peu!). C’est l’histoire du colibri. Changer le monde c’est bien. Il faut commencer quelque part et choisir ses batailles car on ne peut pas tout faire.

  5. +1 pour ce que dit Tristan !

    J’ajouterais : il faut aussi accepter qu’on a toujours le choix, mais que cela n’est pas toujours facile.

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