Le burn out français et nos résignations

J’ai atteint un tel niveau d’exaspération politique que j’ai l’impression d’être au bord du burn out. Chaque jour je prends directement dans le ventre la honteuse réalité. Je vis dans un pays malade de partout, avec à sa tête des petits français, élus par la magie de tous nos renoncements, assis sur leurs privilèges, vidant les caisses à tour de rôle et à tours de bras sous nos yeux ébahis, se moquant allègrement de nos conversations et de nos avis, s’octroyant des primes, des salaires, des taux, des toits et des avantages généreux, inventant des lois scélérates sous la panique, chantant la Marseillaise au Congrès de Versailles, la larme à l’oeil entre deux mises en examen, désertant leur poste à l’Assemblée, démissionnant de leurs ministères pour retrouver leur mairie, profitant de leur poste, les yeux dans les yeux, pour placer l’oseille au frais, écrivant des livres de promesses malodorantes, courant de plateaux en plateaux pour déverser leurs éléments de langage, vidant le langage de tous ses éléments, bafouant la vérité au profit du profit, mentant le mardi pour se repentir le jeudi et se représenter le dimanche, la gueule enfarinée, rasant gratis et sans état d’âme, bénis par leurs camarades de promotion, coudes à coudes, soudés, calés dans les dorures, au son de la trompette républicaine lustrée par notre impôt massif et note dette souveraine.

J’ai la nausée, elle est là et elle ne me quitte plus, elle s’intensifie.

Je cherche des traces de l’intérêt général, je ne le trouve pas. Il a été noyé sous les partis, les syndicats, les associations, les lobbies, les groupes, les intérêts particuliers, les privilèges des uns qui font les bénéfices des autres. Le blocage est total, les verrous sont rouillés et les flambeurs continuent de parader devant six millions de chômeurs, une école qui se délite, une santé attardée, un indice de bonheur qui s’écroule au 29ème rang derrière le Qatar et une consommation d’anti dépresseurs qui fait le délice de nos laboratoires, eux aussi bien placés dans la course aux bien placés. Je dégueule ma peine et je pisse dans un violon. Comme vous. Français impuissant à qui l’on fait croire tous les cinq ans qu’ils ont leur destin en main, comme des veaux qu’on mène à l’abattoir en leur caressant le flanc sous une musique douce pour faciliter l’anesthésie. Cinq ans à nous déchirer pendant qu’une petite bande de petits français joue avec nos vies, nos économies, nos rêves de bonheur simple et de paix sociale. De temps en temps ils nous filent un os à ronger, qui d’un mariage pour tous, qui d’une loi de renseignement, qui d’une déchéance ou d’une indignité, et nous sautons dessus comme prévu, en bons petits soldats. Ils nous divisent à l’intérieur de nos familles, à l’heure où nous devrions plus que jamais nous aimer. Je suis écoeuré et perdu, silencieux, tétanisé par le sentiment d’impuissance. Les gens comme moi n’appartiennent à aucun intérêt particulier, hors celui de vivre bien ensemble, sans se déchirer, sans se méfier les uns des autres, tranquillement vivants sans faire de vague. Mais ça ne se passe plus comme ça… Cet hiver, l’un des nôtres est mort à trois cents mètres de l’Elysée. Je dis bien l’un des nôtres. Un membre du village, un cousin de cousin, certainement. On l’a laissé crever comme un rat aux pieds du Palais. Sans domicile. Pendant ce temps-là l’Élu assistait à des matchs de rugby et commémorait les chrysanthèmes, s’asseyait sur l’Histoire pour laisser une trace, de frein. Je n’en veux plus, de ces simulacres d’un temps passé et révolu.
Je ne veux plus d’un homme qui dit « moi je », il est temps que nous disions Nous. Aucune raison morale, technique et même de bon sens, qu’un seul homme du haut de ses petits arrangements entre amis, puisse décider d’envoyer le pays dans la guerre, et même de nommer la guerre, sans que nous, NOUS, ayons dit qu’il le pouvait. Aucune raison de modifier notre constitution sur l’autel de la peur. Aucune raison de prendre seul des responsabilités plus grande que lui. Sommes-nous donc fous d’oublier sans cesse, de fermer les yeux, comme ces femmes battues qui voudraient fuir mais ne le peuvent pas, prisonnières d’une peur qui les paralyse ? Si peu de choix entre l’incompétence, la malhonnêteté et la résignation ? Nous irons bientôt, en 2017, comme des moutons sous morphine, choisir entre trois personnages, glissant dans l’urne le nom d’un comédien, maquillé, média-trainé, porté par des intérêts qui nous sont étrangers. Le goût des jeux, même sans le pain, nous donnera quelques temps notre dose d’adrénaline et comblera notre sens du débat. Le lendemain, les trois quarts de la population auront la gueule de bois et retourneront tête baissée vaquer à leurs espoirs corrompus, jusqu’en 2022.

J’ai perdu le goût de ce cirque. Le pays est au bord du burn out et à la fin de cet article, je ne sais toujours pas ce que je peux faire. Cercle vicieux et vertigineux. Ce qui me fait peur, c’est ma propre résignation et cette colère stérile qui ne fait qu’engendrer de la colère stérile. À quel moment la somme de ces colères pourra-t-elle produire un son commun, un premier pas vers une remise au goût du jour de notre dignité ?

La Fracture Française

C’est désormais clair, il y a deux France.
L’une est éduquée, l’autre non.
Je ne parle pas de riches et de pauvres.
D’intelligents et de limités.
De racistes et de tolérants.
De sud contre nord, des quartiers riches contre les cités, etc, etc, etc.
Je répète, JE NE PARLE PAS de fracture morale (alerte aux trolls).
Je parle d’éducation* (pas de diplômes).

Il y a une France qui a poussé ses études et/ou travaillé sa vigilance culturelle, et il y a l’autre, frappée par l’illettrisme, le décrochage scolaire, le divertissement de masse, projetée dans la précarité culturelle, sociale et économique.
Cette France-là vote Front National.
Il n’y a aucun mépris dans ces mots, juste un triste constat.

Cette idée a été confortée ce week-end en lisant l’article de l’Obs sur les électeurs du FN. Un des votants dit cette phrase : « Si on n’aime pas la France, on se casse en Islam ou dans un autre pays où la merde est tolérée. Voilà. »
On comprend bien que les mots ont perdu leurs sens, ou ne les ont jamais eus.
Pour ce graphiste, l’Islam est un concept vague qui ressemble à un pays, peut-être une région abstraite dans laquelle « la merde » est officielle. Pour lui cela a peu d’importance et l’on imagine bien qu’il ne l’a pas appris et n’a pas poussé le dossier : pas la peine. Une autre interviewée rajoute : « Excusez-nous d’être français ! On ne voit que les Arabes, les juifs, mais nous on fait quoi, on est où ? ». Pour Caroline, là aussi, c’est de la bouillie de concepts. On sent poindre une forme de haine qui s’accroche comme elle peut à des mots mal compris. On l’imagine devant sa télévision, le regard figé sur TMC, effrayée par ce reportage sur la BAC de Lyon, avec tous ces juifs et ces arabes en cagoule qui crient Alawakbar et portent des kippas en faisant chabbat avec des femmes en tchador, allez hop, emballé c’est pesé… Tout ça c’est pareil, c’est pas comme nous, c’est bizarre et ça fait peur…

Cette France non éduquée se retrouve dans des idées simples.
Le gentil c’est Nous. Le méchant c’est l’Autre.
On n’ira pas plus loin.
Cela fait quarante ans que cette philosophie de Carambar, sans la blague, perce progressivement pour s’installer désormais au Panthéon de nos angoisses.
Certains disent qu’ils sont cons. Je ne crois pas. Ils manquent simplement de munitions pour comprendre. Ils ne sont pas équipés pour la critique. Pas de références historiques, pas de mémoire, pas d’analogies, pas d’esprit de prospective, pas d’anticipation. Ils n’ont pas lu les philosophes, ni les essayistes, ni qui que ce soit qui pense. Ils n’ont pas défendu d’idées dans des dissertations, pas soutenu leurs pensées à l’oral. Cette France non éduquée vit dans l’instant présent, et l’instant présent est en crise, dominé par le terrorisme, le chômage, les allocations familiales. Rien à péter de COP21 et de la démocratie directe, du pouvoir citoyen et de Jean-Jacques Rousseau. Pas de mémoire et pas d’avenir. Cette France-là emmerde l’autre, elle trace dans le désert une voie qui paraît droite, extrêmement droite. C’est la revanche inconsciente du peuple moqué contre l’instruit prétentieux.

DIPLOMES FNJe vois dans ce constat deux points négatifs et un point positif. Malheureusement la chronologie n’est pas favorable.
Le premier point négatif c’est que l’illettrisme est encore très important en France, que l’échec scolaire est un véritable fléau, que le système éducatif français est en bout de course. On en paie donc le prix cash.
Le point positif c’est que si on se concentre sur l’éducation alors on peut progressivement inverser la vapeur et ré-présenter à toute la population les bases d’une pensée solide qui rejette les idées obscures. C’est jouable. C’est long et compliqué, mais c’est jouable.
Mais le deuxième point négatif, c’est qu’en prenant le pouvoir (et il est en train de le faire !), le Front National aura tout intérêt à maintenir la population dans l’angoisse et la peur, dans l’obsession sécuritaire, dans le rejet et l’exclusion, dans la sous-culture pré-mâchée. En jouant sur les émotions et les réflexes reptiliens, le FN pulvérise le libre-arbitre et l’esprit critique des humanistes. Cercle vicieux bien huilé qui verra les éduqués rejetés aux portes de la démocratie par une population maintenue sous perfusion autoritaire.

C’est donc une sorte de fracture civile (« guerre » ?) culturelle et éducative qui va s’installer, dans laquelle la discussion sera très difficile, car nous ne parlons pas le même langage. La seule possibilité est de trouver un contre-langage positif et humaniste aussi simple que celui du FN, tout en réinvestissant le champs de la culture et de l’éducation.

Pris en tenailles, les gens de tous horizons retrouveront le bon côté de la force, le côté positif de la France.
On y croit.

J’y crois.

*Quand je parle d’éducation, je ne parle pas forcément de diplômes mais de curiosité d’esprit, d’accès au savoir, d’environnement familial favorable, de possibilité de se cultiver. Le graphique n’est là que pour illustrer, il n’a pas valeur de preuve… 

Bataclan : 6, Climat : 0 ?

Ces 15 derniers jours j’ai été négatif avec un paquet de trucs.
Hier j’ai été négatif à propos de COP21. Je sais, ce n’est pas bon pour le karma.
Mais mes désillusions sont le fruit de semaines et de semaines d’érosion , le tout bien pulvérisé le 13 novembre, et enfoui ensuite sous un tas de décisions que tout mon corps rejette. Un peu gavé en somme. Alors se plaindre ne fait pas avancer le bousin. Mais ça détend et on se sent moins seul…

Je reviens cependant sur COP21.

logoCOP21Ce qui est dingue c’est que des milliers de gens travaillent sur cet événement depuis des mois. Des gens qui ne comptent pas leur temps pour nous alerter et nous protéger. Des associations, des institutions, des particuliers, des universitaires, des chercheurs, pour qui le climat est l’enjeu des enjeux. Ces gens composent avec le politique car ils ont compris qu’ils n’avaient pas le choix. Ils acceptent d’avaler des couleuvres pour progresser d’un mètre, puis reculent de deux avant de recommencer. J’imagine à quel point les attentats, au-delà de la douleur partagée, ont dû les décourager, les creuser davantage. 130 morts dans un concert de rock, ça provoque une émotion presque reptilienne, d’une puissance dévastatrice dans la hiérarchie de nos peines. Il suffit de trois photos du Petit Cambodge pour pulvériser tous les arguments pour la planète. Alors que « le réchauffement climatique », c’est comme une thèse à lire, des images à construire, une projection intellectuelle à dessiner. On ne ressent pas les effets du réchauffement dans son corps, on ne visualise pas les conséquences dans le futur, la projection est abstraite. Le climat ne peut pas lutter contre le Bataclan, il est désintégré…

depression1Pour tous ces lanceurs d’alerte, qui gardent leur cap malgré cette tempête terroriste, lire nos statuts et nos tweets sur COP21, réducteurs, faciles parfois, ce sont autant de coups sur leurs gueules, sur eux qui se battent chaque jour pour y croire malgré l’indifférence générale. Bien sûr, ce ne sont pas eux qu’on vise quand on critique, mais dans le peu de temps que l’on prend à argumenter, débattre, développer nos colères, ils prennent dans le lot et puissance dix, car à leur désarroi se joint l’impuissance et l’abandon du public.

Résultat : COP21, qui devrait être notre cause à tous, devient le support de nos ressentiments.
C’est aberrant.

Le problème du climat est au coeur, et peut-être même à la source (entre autres) du problème terroriste. Dans les zones déjà touchées, les morts sont quotidiennes, plus nombreuses (mais moins spectaculaires), et elles créent des exodes effrayants. On se sent impuissant alors que des solutions existent. Plein. On les connait. Mais les gars qui dirigent, et les gars qui financent et influencent les gars qui dirigent, se protègent dans des bunkers pour s’accorder entre eux sur des compromis qui ne rejoignent pas toujours l’intérêt public planétaire. Du coup on est énervé, alors c’est reparti, ça relance la machine à plaintes, moi le premier, on s’emporte, on s’agace, on voudrait tout péter et on écrit des tweets assassins pendant que ceux qui bossent vraiment sur le climat se désespèrent… Et ainsi de suite… Cercle infernal. Stérile.

STOP !

J’en ai assez. Marre de cette inefficacité systémique.

Logo_PlacetoB-2Mon ami et ancien associé Gildas Bonnel, qui est (entre autres) responsable du développement durable à l’AACC, m’a invité à causer le 8 décembre à « Place to smile », qui se tiendra dans le cadre des actions « Place To Be » , et j’ai accepté. Ensemble et avec d’autres nous allons réfléchir à comment parler du climat pour intéresser les gens, même si ça continue de péter autour de nous et que nous rejetons ceux qui tiennent les manettes .
Comment communiquer sur l’urgence d’un problème dont on ne perçoit rien quand dans le même temps on perçoit l’inhumanité et le sang en direct et en images ?
Par soutien, amitié, ras-le-bol de ma complainte et surtout parce que le sujet est critique, je fais le pacte avec moi-même de mettre mes critiques sur COP21 de côté pendant tout l’événement ; nous verrons ensuite ce qu’il ressort de tout cela.
Je vous laisse, je dois y aller. Je dois traverser Paris à pied ils ont bloqué le périph’ ces enc… Pardon.
C’est parti.

C’est donc comme ça que débutent les guerres ?

En étudiant l’histoire, à l’école puis à la fac, je me suis toujours demandé comment il était possible d’entrer en guerre. J’ai toujours été effondré par l’idée que des gens sympas, normaux avec des vies distraites et une bonne convivialité, pouvaient soudainement se placer dans la guerre, s’armer et bombarder, exterminer des civils, des gens sympas, normaux, avec des vies distraites eux aussi et une bonne convivialité la plupart du temps. J’ai été marqué par le conflit en Yougoslavie, m’interrogeant sur ces massacres entre soi, de tous ces gens qui vivaient si proches les uns des autres la minute d’avant, et se violaient, s’exterminaient la minute d’après, alors qu’ils avaient la modernité, la technologie, des championnats de foot et des pop corn au cinéma. Ça n’allait pas ensemble, ce confort, ces distractions familiales, et ces tueries.

MissBourgogneGlobalement je déteste la guerre, comme Miss France. Et je sais que vous aussi, vous détestez la guerre. Tout le monde déteste la guerre, c’est normal, ça pique et ça tue ; sans parler du fait que ce n’est pas très moral, et bien souvent inutile. « Quel gâchis ! » entend-on souvent si l’on tend l’oreille, ou encore « tout ça pour ça… » ou « quelle absurdité ! ».

Et pourtant, il a suffi d’un soir, d’un massacre d’innocents comme nous, d’un seul coup et avec des méthodes dignes des pires cauchemars, pour lancer la France dans la guerre.

EN DEUX JOURS.

J’ai compris donc pour la première fois comment les choses arrivaient dans l’Histoire. J’ai compris que le progrès, les Lumières, l’expérience du passé, l’humanisme revendiqué, l’esprit des anciens, na valaient pas tripette face au consensus sanguinaire. Le besoin de vengeance, animal, est bien plus fort que tous les raisonnements. Il est reptilien, immédiat, naturel. L’exigence de sécurité et le besoin de vengeance sont des instincts primaires, on ne peut pas lutter. Le temps court pulvérise le temps long. L’émotion désintègre la raison. Nous avons eu notre Pearl Harbour…

francois-hollande-arrive-a-versailles-pour-un-discours-face-au-congres-le-16-novembre-2015_5464406J’ai critiqué le congrès de Versailles pendant qu’il se tenait. J’ai détesté cette séquence. Tout mon corps, toute mon âme, savaient que nous allions plonger dans la guerre d’un seul tenant, avec des grands mots et des airs obscurs. C’est arrivé. Ils en ont appelé à l’union sacrée. Si tu critiques, tu es un traître. Si tu doutes, tu es un hippie. L’union sacrée, c’est l’expression massue, imposée par ceux qui pour la deuxième fois de leur mandat peuvent espérer une ébauche d’unité. Je ne dis pas qu’ils se réjouissent, ne soyons pas cynique, mais en tout cas ça tombe bien. Et soudain je me souviens de cette expression que disait mon grand-père pour s’amuser « ce qu’il nous faudrait c’est une bonne guerre ! ». Une « bonne » guerre, c’est un élan collectif, un ennemi commun, des usines qui tournent, une énergie nouvelle qui remet du baume au coeur… Mais embaume les corps. Parce que merde à la fin ! On parle quand même d’aller exercer la peine de mort à grande échelle. C’est ça la guerre. (Notons donc au passage que plein de gens que je connais sont contre la peine de mort, mais pour la guerre. C’est savoureux… Mais bon, je sais, c’est pas pareil, c’est reptilien…)

Un ami m’a dit « Tu ferais moins le philosophe si cela avait été ta femme, ou ta fille, au Bataclan ! ». C’est exact. Je pense que si cela avait été ma femme ou ma fille je serais déjà en guerre partout en train de combattre avec plus de Kalachnikov sur moi que dans tout le Moyen-Orient. Mais c’est pour protéger l’humanité de cela que nous avons créé un tas d’institutions, des lois, des protections collectives. Pour nous éviter ces pulsions de mort, cet instinct de vengeance. Nous protéger de nous-mêmes.

Ces-sept-deputes-qui-n-ont-pas-vote-l-etat-d-urgence_article_landscape_pm_v8Alors quand soudain je vois qu’en moins de deux jours tombent toutes les barrières, je m’effraie.
Quand je vois que seulement six députés ont voté contre la loi sur l’état d’urgence, je suis tétanisé. Je ne dis pas qu’il ne fallait pas la signer, mais s’interroger n’est pas un crime. Prendre du recul est possible. Mais là : non. L’esprit de meute est bien là, le sang au bout des crocs est unanime, et quiconque s’y opposera se prendra une fatwa républicaine. Depuis tout petit je me méfie des groupes et des consensus ; on me l’a souvent reproché, de rester dans mon coin. Je n’y peux rien, c’est plus fort que moi. Le consensus m’angoisse, surtout quand il est spontané, soudain et trempé dans l’émotion et le sang. (et cerise sur le gâteau, savoir que Balkany chante la Marseillaise dans un grand élan d’union nationale a tout pour m’émouvoir, c’est vrai. Pardon. Non mais c’est bien que des soldats français risquent leur vie pendant qu’il bronze dans son riad payé par le contribuable. Tout va bien. Mais je m’égare. Union sacrée, pardonnez-moi.)

Alors voilà, nous sommes en guerre. C’est ainsi. Là-bas, à coté des barbares dans les camps poussiéreux, des enfants, des femmes et d’autres innocents s’en prennent plein la gueule (les bombes choisissent mal leurs cibles), nourrissant souffrances et esprit de vengeance pour des décennies. Echec général de l’humain, de la raison et de l’Histoire. Le massacre continue, à la violence on rajoute la violence. C’est acté, c’est signé, c’est populaire. Et cette guerre là-bas, loin, dans le désert, porte le même nom que cette guerre ici, là, dans les cités, mais aussi dans nos libertés. Un seul mot pour tout compter, tout justifier. Du Rafale qui bombarde en Syrie, à la Loi de Renseignement qui surveille ici, il en reste un petit peu je vous le mets quand même ? Tu prends tout, tu fermes ta gueule et tu serres les fesses, c’est l’union sacrée mec…

« Ok donc t’es contre l’état d’urgence et la fermeté ? » (on me l’a dit)

Pas du tout. Je rappelle au passage que j’ai fait mon service dans l’Infanterie de Marine, que j’ai adoré cette période de ma vie, que j’y ai brassé la France, et que je pense que la suppression du service militaire a été la plus belle connerie de ces dernières décennies. J’ai d’autre part toujours été sensible à la notion de défense et de self-défense, que je pratique d’ailleurs toujours aujourd’hui. Je crois aussi qu’il fallait effectivement mener cette gigantesque campagne d’arrestations et de perquisitions qui se continue aujourd’hui (il y a huit mois ça aurait été bien mais bon, un truc m’échappe.)… Mais je ne crois pas qu’il fallait foncer tête baissée dans la guerre là-bas, en le clamant, tel un croisé, l’oeil ému et le bras tremblant. Cette croisade en Syrie est un autre dossier, un merdier capitalistico-pétroléo-stratégico-mafieux de grande envergure, qui n’a pas grand chose à voir avec notre unité nationale. Le combat ici, oui, plus fort, plus intelligent, concentré, financé, argumenté, accompagné, expliqué. La guerre là-bas ? Au minimum un débat. Une concertation du peuple. Un temps de recul avant de se la jouer Bush. N’a-t-on donc rien retenu des vingt dernières années ?

Et puis j’aurais rêvé que cette campagne ici se fasse au service d’un message plus puissant que simplement « la guerre ». J’aurais rêvé que cette contre-offensive soit le bras armé et imparable de « l’amour ». C’est possible. On aurait pu agir de la même façon sans employer les mots qui fâchent tout de suite. On aurait pu envoyer les mêmes troupes dans les cités sans exacerber cette pulsion de vocabulaire sanguinaire. On aurait pu renouveler notre amour, notre tolérance et notre dignité, comme l’avait fait le ministre Norvégien en son temps. On aurait pu évoquer l’idée de remettre en cause nos accords commerciaux avec des pays chelous (l’Allemagne vient de le faire, avant nous bien sûr), clairement, sans ambiguité. On aurait pu s’exprimer main dans la main avec des musulmans de France, comme cette vielle dame l’a dit, donnant l’espace d’un instant un sourire à tout le monde. On aurait du remettre l’éducation, l’intégration, le partage, les investissements pour l’avenir, en priorité, pour ensuite, dans un deuxième temps, parler de forces de police, d’engagement militaire, etc. Dans cet ordre, le discours aurait tout changé. On serait passé d’un pays qui pense d’abord et agit ensuite, à un pays qui dégaine et finit par regretter, façon Bush.

Nous avons perdu notre sang-froid et avons foncé dans l’Histoire des guerres avec si peu de recul que j’en suis terrifié. Je vous invite à ne pas m’insulter si vous n’êtes pas d’accord : c’est là tout l’enjeu de ce texte.

Vous êtes qui et vous êtes où, vous qui votez FN ?

Ça commence à me courir le haricot cette histoire.
À chaque fois qu’il arrive un truc dans l’actualité on lit immédiatement « c’est bon pour le FN ! ».
Une baston à Calais, « c’est bon pour le FN ».
Un politique de plus corrompu, « c’est bon pour le FN ».
Le chômage qui augmente, « c’est bon pour le FN ».
Tout est bon pour cette masse informe qui se nourrit de la violence du monde, qui engloutit les barrières de la générosité et de la pensée, qui dégueule de solutions, finales ou pas mais simples à comprendre, avec peu de mots et des intonations qui font peur.
Le monde va dans le mur, c’est bon pour le FN.
Le FN ce n’est pas une abstraction bordel ! Il y a bien des gens derrière ces chiffres !?
C’est quoi ce monstre anonyme qui avance à pas de loups vers les 30%, 40% et pourquoi pas 60% non plus ? Êtes-vous des français comme moi ? Vous êtes qui putain, qu’on discute ?
Pour ma part, je ne connais personne qui vote FN.
Enfin, j’ai quelques doutes ici et là, de proches en proches, mais je n’ai pas remué la vase. Alors c’est qui ?
Des français idiots ? Sans culture ni repère ? Prêts à plonger dans le premier piège grossier du premier arriviste bas du front qui passe ?
Et hop, la LePen balance « les bactéries de l’immigration » et hop, mille blaireaux de plus pour dire « qu’elle a raison, c’est vrai ça faut se protéger, au moins elle parle comme nous et elle dit des choses vraies »… Je ne peux pas croire qu’il n’y ait que des abrutis décérébrés dans ce 30% annoncé ? Ou alors ça veut dire qu’un tiers de la population est complètement abruti ?
Famille LE PENIl paraît que dans le tas il y a des jeunes… Je ne pige pas.
Sérieux, c’est au-dessus de mes forces. Comment peut-on être jeune, en France 2015, et voter FN. Ou alors si : ils n’ont pas eu le père et ils découvrent le FN par la fille, et peut-être même par la nièce. Une espèce de vote aveugle qui fait abstraction du passé, des fondations, du « détail », du « durafour-crématoire », des « sidaïques », de l’héritage Lambert, de ce passé nauséabond, d’insultes, de coups et blessures, d’anti-sémitisme et d’incitation à la haine raciale souvent jugés et condamnés, de cette philosophie négatio-nagative qui exclut, rejette, ferme, humilie et renvoie.
(Parfois je regrette que Marine Le Pen ne soit pas la fille de Bayrou.)
(Une Marine Bayrou aurait tout déchiré !)
Mystère. Perplexitude.
Vous êtes où les FN ? Vous me lisez en ce moment ? Soyez sympas dites-le, faites votre coming out puisque le FN est un « parti comme les autres ». Pas de raison de me laisser m’humilier tout seul à avouer que j’ai tracté pour Raymond Barre en 1988…
Allez les gars, faites péter le dialogue qu’on comprenne, qu’on échange. Il ne peut pas y avoir vous d’un côté et nous de l’autre, ça ne mène nulle part. Vous êtes masqués, vous êtes partout mais nulle part, comme une armée silencieuse exprimant son errance derrière un rideau mais n’osant pas l’avouer parce que quelque chose en vous sait que c’est mal.
Allez, je vous promets que je ne dirai rien. Ou presque.

Être gentil jusqu’au moment de ne plus l’être…

Par @Vinvin

Avant c’était plus simple. Il y avait les méchants et les gentils.

FourgonLes gentils étaient protégés par la police et par l’armée. Les méchants étaient faciles à reconnaître, ils avaient un uniforme allemand ou des costards à la Audiard. En cas de pépin, les gentils appelaient soit la police qui arrivait en fourgonnette de boulanger itinérant, soit l’armée qui se retrouvait encerclée. Les gentils se planquaient en attendant des jours meilleurs – ça sert à ça les gentils. Quand les soldats gagnaient, grâce à des héros américains et des résistants communistes-mais-pas-que, les gentils les embrassaient et on dansait toute la nuit en mâchant des chewing-gums.

Telephone rougeEnsuite sont arrivés les combats froids. Une guerre d’intimidation à base de j’en-ai-une-plus-grosse-que-toi et si tu dépasses la frontière je te fais un Hiroshima pour toi tout seul. Planque tes missiles abruti, tout le monde t’as vu mon cochon, il n’y a pas de Baie qui tienne : détente ! Les murs tombant, la guerre s’est réchauffée et chacun a pu garder les moutons ensemble en faisant prospérer le petit commerce. Pendant quelques temps la pistole est restée en haut du placard, pour bien profiter des Glorieuses et faire péter la carte bleue.

Et puis un jour, il faudrait retrouver où et quand, la matrice est devenue floue… Le méchant s’est dilué, il a muté, il s’est glissé en intraveineuse. Aujourd’hui il est partout ; et nulle part. Il frappe par petites touches, qui d’un dessinateur de presse, qui d’une reporter en direct, d’un wagon, d’une école d’adolescentes, d’un lycée, d’un cinéma, d’un marathon, d’un musée, d’une mosquée, d’une synagogue ou d’une église, qui de quoi mais ou et donc or ni car. Il est noir, blanc, jaune ou vert, athée ou croyant, mais il a un flingue, une caméra et une page Youtube. Le mytho-mégalo-psychopathe a vu tous les films et il s’est vu dedans. Tout seul, il met le monde à ses pieds le temps d’un selfie et d’un JT, avant de se faire broyer dans l’oubli comme Mickael Vandetta.

marqueyssac_bastionDu coup quand t’es un gentil con-con, comme 90% de la planète, tu appelles qui ? Un drone ? Le drone c’est sympa, ça vole en stationnaire et ça filme les plus beaux jardins de France pour Stéphane Berne. En revanche, le drone que tu as acheté 90€ chez Auchan à Noël il s’est écrasé sur le toit une heure après l’avoir sorti de sa boîte. Sinon, pour les drones de guerre, ils marchent pas mal pour buter du Taliban récalcitrant, mais ils sont nuls pour l’intérieur des musées, rapport à la hauteur sous plafond.

Ça laisse comme une impression d’impuissance, un petit goût amer, une sorte de voile sur un bonheur possible, car oui, le bonheur est possible ! (si l’on considère qu’il n’y a pas de crise financière, ni morale, ni politique, ni religieuse, ni sociale, ni rien. Les indicateurs sont aux verts parait-il, pendant que les dépressifs sont au rouge. Hips). J’en étais où ? Ah oui, les gentils et les méchants. Solution ! On renforce la surveillance. Grâce aux renseignements, la prochaine fois qu’un mec qui s’appelle Flanagan envoie un fax de 20 pages quelque part on l’oblige à lire un roman de James Joyce, en anglais dans le texte, assis sur le crâne d’Eric Ciotti préalablement enduit de vaseline Morano, la vaseline qu’il vous faut. Ça ne le tuera pas (le méchant) mais on gagnera du temps… Mais je sens que je m’égare.

Trêve de plaisanterie ! Hier avec le coup de ces morts en direct, comme tout humain normal je me suis une fois de plus demandé comment on en était arrivé là… À chaque fois je me dis qu’on a atteint les limites, et une semaine plus tard elles sont à nouveau franchies. Le méchant tape comme la foudre en forêt, ici ou là (comment savoir ?), et il te le raconte en live avec sa tête de noeud. Il te prend à témoin et tu n’as pas d’autre choix que de le supporter, sauf à couper toute liaison avec le temps réel. Après tu l’évacues par tous les pores de ton corps, mais le mal est fait. Il va falloir vivre avec ça, une peur permanente, une trouille statistique, c’est comme l’Euromillions mais avec la mort au bout, même si t’as pas envie de jouer…

suricateContre cette roulette russe grandeur mondiale, en ces temps d’héroïsation des héros héroïques, on nous invite à nous responsabiliser. Ouvre les yeux petit scarabée, renifle le parfum de dynamite, écoute le bruit d’un chargeur qui s’enraie, reconnais le sac de contrebande, dénonce le voisin trop bruyant… Je taquine mais il y a un truc quand même… Il va peut-être falloir vivre autrement, en réapprenant les bases de la survie, trop longtemps déléguées à la police et à l’armée ? Ne plus se contenter de se figer devant le JT, mais refaire appel à nos réflexes reptiliens ? Se réarmer, et je ne parle pas des armes à feu mais de notre capacité à sentir, anticiper, esquiver, fuir au lieu de combattre et inversement…  Est-ce une régression de notre humanité ? Une défaite de la pensée des Lumières ? Un juste retour des choses ? Un cycle ? Une étape ou un nouveau départ ? La ré-acquisition d’une certaine autonomie dans la survie trop longtemps déléguée ? Je n’en sais rien et ça me fait peur.

Pour aller plus loin dans ces questionnements, j’ai décidé d’aller discuter très sérieusement avec un spécialiste de la self défense et bien plus que cela, un type qui a bossé en espaces très secrets secrets, qui forme des mecs qui forment des mecs qui forment des machines de combat, une sorte de Jedi. Je suis en cours de discussion avec lui car je n’en resterai pas là sur ce sujet qui m’intrigue et me passionne. On se fera un Hangout tous ensemble si ça vous branche, pour discuter sérieusement de ces histoires de sécurité, d’héroïsme, de préparation, d’armes ou pas d’armes, de comment vivre en paix dans un monde si violent… Je vous tiens au jus.

J’ai l’impression que si nous, les con-cons, ne reprenons pas la main, on n’a pas fini de commencer.

Musique de film, symphonie, larmes d’émotion, canette de bière.

Amuse ta famille ! Trouve un nouveau nom à la permaculture.

Par Marion

une-perruque-chienPermaculture : kézako ?

La permaculture est née dans les années 70. C’est une philosophie de vie. Ou plutôt une façon d’agir dont l’application la plus connue concerne l’agriculture durable. Ne partez pas ! Je vous assure c’est passionnant ! Permaculture, c’est la contraction de « permanent culture » (en anglais), de culture permanente. À ce stade vous vous demandez quel est le rapport avec le chien à perruque ? Aucun, c’est juste pour garder votre attention quelques secondes de plus. Je fais ce que je peux.
David Holmgren, le créateur de la permaculture (avec Bill Mollison) la définit ainsi :
« La permaculture est un système de conception basé sur une éthique et des principes qu’on peut utiliser pour concevoir, mettre en place, gérer et améliorer toutes sortes d’initiatives individuelles, familiales, et collectives en vue d’un avenir durable. »

0b6125feLe but est donc de :
– diminuer l’effort pour l’être humain en augmentant la productivité
– améliorer l’utilisation de l’énergie sous toutes ses formes (les déchets doivent devenir des ressources)
– travailler en coopération avec la nature (et non contre elle) en prenant modèle sur elle (épuration par les plantes par exemple)

L’attention est aussi portée sur la durabilité d’un système, sa non dangerosité pour nous et les générations futures mais aussi sur sa robustesse (résilience) face aux aléas de la vie (climat, maladies,…). Le type à droite c’est énorme, je sais…

Cela fait donc près de 45 ans que la permaculture existe dans le monde entier et elle commence seulement maintenant à devenir « populaire ». Une piste pour expliquer la lenteur de sa popularité, pourrait résider dans le terme « permaculture » lui-même.

cohabitation-chiot-chien-03Monsieur Vinvin ne cesse de me dire que « c’est pourri comme mot ». Il dit que c’est « chelou », que « c’est un mélange de permafrost et d’agriculture, et que ça donne pas très envie… ». Il le dit avec ses mots mais tous les gens avec qui j’aborde le sujet sont globalement d’accord pour dire que ce mot n’est pas terrible. Or, on dit que nommer une chose la fait exister. Mais comment faire pour changer le nom d’une philosophie qui existe depuis si longtemps, dans tant de pays, et qui commence à peine à être populaire ?
Est-ce trop tard ? Et si on s’amusait à trouver mieux… (trop mimi ce petit chien) ?

Appel à cogitation. Et si on trouvait un nom sexy et compréhensible pour la permaculture ?
N’hésitez pas à laisser vos suggestions, ici ou sur Facebook. Merci pour eux.

Ces héros de comptoir qui savent ce qu’ils auraient fait…

Par @Vinvin

Thalys rijtuig 3_13_23Vous êtes assis à votre siège, coincé par votre voisine qui regarde un film, vous entendez derrière des « clic, clic, clic », des cris, des bruits bizarres… Il s’est déjà passé trois, quatre secondes, et puis quelqu’un court, vous ne savez pas pourquoi, puis encore des cris et des peurs, dans différentes langues, vous vous levez vaguement mais autour de vous des gens se baissent, ils ont peut-être raison, et des bris de verre, des clic, clic encore, des cris, – dix secondes -, vous vous décidez à vous lever et là le train s’arrête, quelqu’un a brisé la glace, en se blessant peut-être. Vous apercevez un type bizarre et un autre qui court vers lui, et des coups. Il s’est écoulé quinze secondes, peut-être vingt, pendant lesquelles ce que vous avez pensé dépend de :
– Si vous êtes seul ou en famille,
– Si vous êtes à une place depuis laquelle vous pouvez vous extirper,
– Si vous vous sentez physiquement capable d’affronter un ou plusieurs hommes armés (les images de Charlie vous hantent encore et pendant ces quelques secondes ce sont plutôt les images de cadavres qui vous reviennent),
– Si vous avez des notions de ju-jitsu,
– Et même si vous en avez, ça ne vous prépare pas à une Kalachnikov, à moins d’être à un mètre en face à face avec une arme en plastique et dans un gymnase,
Des gens passent et vous vous demandez s’ils fuient ou s’ils sont blessés,
– Si vous comprenez bien les cris qu’on entend,
– Si vous pouvez réunir du monde avec vous,
– S’ils sont nombreux ?
– S’ils coupent les têtes, lâchent des bombes et brûlent des femmes ?
Votre pouls s’accélère, vous avez peur, très très peur,
– Si votre fils vous attend à la gare ?
– Si on ne va pas attendre un peu pour voir ce qui se passe, prendre le temps d’analyser parce que là ça va trop vite ?

chronoVous vous levez enfin, enjambez votre voisine, – vingt-cinq secondes -, vous courrez vers le fond du wagon et voyez des types au sol, vous êtes juste derrière des gars solides qui tiennent un mec torse nu, il y a du sang partout, vous étiez juste à quelques mètres, quelques secondes, vous auriez pu bouger, c’est allé tellement vite… On entend des gens pour dire que la situation semble sous contrôle.

Il s’est passé vingt-secondes au choeur du chaos ; comme tout le monde, vous étiez paralysé dans la méconnaissance de ce genre de situation que vous n’avez jamais vécue. Parce que jamais personne ne s’est retrouvé dans un Thalys dans lequel un type tire à la Kalachnikov, et donc il n’y a aucun livre, aucun repère sur ce sujet dont vous ignorez tout : vous ne savez pas, vous n’êtes rien. La peur totale et solitaire, et des bruits sourds qui flottent. Et les héros ? Des types qui avaient un panel de données très différentes, un angle de vue, une position dans la scène, un âge, une force, une cohésion amicale, des informations et des expériences plus précises (retour d’Afghanistan, pas un poste de commercial dans la banque comme vous), une opportunité sans doute, et qui ont transformé ce minimum de temps en une action presque mécanique, comme vous l’auriez d’ailleurs peut-être fait si vous vous étiez retrouvé quatre rangs plus en arrière, à la sortie des toilettes, avec vingt ans de moins, personne à vos côtés, des chaussures sans lacet ou un slip kangourou, que sais-je.
SeagalComment savoir quelle personne vous êtes dans des conditions extrêmes, dans l’urgence absolue ? C’est impossible. C’est juste impossible. Au milieu du chaos les sens partent en sucette, les repères sont brouillés, les décisions se prennent en un dixième de seconde, un battement de coeur qui ne vous appartient plus. Dans le chaos instantané, les « héros » sont mus par une pulsion qui est la synthèse exceptionnelle de ce qu’ils sont, de ce qu’ils ont vécu, des informations qu’ils ont et d’un espace de réaction infime qui se présente à eux. Certains moins solides se baissent en se cachant la tête dans leurs mains, parce qu’à cet instant, en ce dixième de seconde, la somme de leurs données les tétanise plutôt que les met en mouvement ; et d’autres foncent tête baissée et deviennent des héros quand ça tourne bien (merci encore les gars !), des cercueils dans le cas contraire.

Ce que j’aurais fait moi ? Aucune idée. Et je suis toujours épaté par ceux qui savent avec tant de certitude qui sont les lâches et les courageux ; et surtout qui savent avec aplomb comment ils auraient réagi en pareille circonstance. Fascinant.

Coup de gueule de Jean-Michel Planche : à lire.

Par @Vinvin

Au hasard des lectures numériques, parfois on tombe sur une écriture et une pensée qui résonnent avec la vôtre. Dans le cas présent, Jean-Michel Planche réagit dans son article à un article du Business Insider qui relaie la philosophie éducative dans la Valley, préparant les étudiants à « être à la demande »

Je vous pose ici le début de l’article, la suite est sur son blog.

Be on demand …

« Be on demand » … bien sûr on parle d’éducation « on demand », bien sûr …
Et quand je parle d’éducation, je parle d’un apprentissage directement utile pour les sociétés « clientes mentionnées ». (je vous laisse deviner et à défaut lire l’article et chercher)

Il est des fois où je crois que je rêve … mais non. Oser écrire des choses comme cela est déjà grave, mais AUCUNE réaction de la « société civile », engluée dans des fin de mois difficiles pour beaucoup et même dans des débuts de mois difficiles pour d’autres.

Vous allez me dire, mais quel est le problème ? fournir un « job » à « tout plein » de gens, c’est formidable non ?
Et puis ça n’est pas nouveau, depuis l’irruption des entreprises dans le monde éducatif, jusqu’à des programmes comme « tous codeurs », on y est.
On apprend pas à ANALYSER ET PROGRAMMER, mais à coder. On n’apprend pas le sens, l’histoire, le pourquoi, mais à être (si possible) efficace en « dot Net ».
On n’apprend pas les sciences que l’on dit « molles« , on formate à coup d’équations et de « dur ». On apprend pas à penser, mais à résoudre, comme des machines. A ce jeu, serons nous toujours les plus efficaces ?

D’un coté, vous me direz que l’on passe d’un SAVOIR, à un SAVOIR FAIRE et que c’est déjà pas si mal non ? … surtout si cela permet d’avoir un petit « job » peinard, pour subvenir à ses besoin … Et bien non. Je vous dirais que je n’aime pas ce monde que l’on nous dessine formate. (…) La suite est ici.

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Cette illustration et d’autres, ici, trouvées grâce au Twitter de Jean-Michel Planque.

Avec le Grand Bullshit, ça va péter.

Par @Vinvin

BullshitHallOfFameLa rentrée se rapproche, le flux va reprendre, et avec lui le Grand Bullshit.

Mais cette année je l’attends de pied ferme. Je suis prêt. En alerte totale, DEFCON 12 ! J’ai lustré le radar anti-bullshit pendant l’été, j’ai décapé le moteur, poncé mes résistances, nettoyé le pare-brise de mes résignations : plus rien ne passe. Plus rien. C’est en train de modifier mon ADN, je le sens. Chaque coup porté par le mensonge régénère ma batterie anti-bullshit. J’ai même une antenne qui a poussé (et qui me gène un peu pour m’assoir), c’est une antenne qui sort quand un politique essaie de s’introduire dans mon fondement – pour rester poli -, et ça arrive de plus en plus souvent, je suis sûr que vous l’avez remarqué vous aussi. Je ne dis pas qu’ils essaient tous, mais certains sont clairement récidivistes. Comment ça se passe ? Je vois un tweet ou une déclaration d’un politique et hop, mon antenne sort et hop, bidibidibidi : ta gueule ! Je suis protégé l’espace de quelques heures, ça sert de bouclier…

Le problème, c’est que la protection est provisoire et qu’elle nourrit dans le même temps un vent de révolte. Alors je sais bien que nourrir un vent dans le fondement, ce n’est bon pour personne, et c’est bien là le problème. Nous sommes tous, mais tous, en état de fermentation profonde. Pas une conversation qui ne finisse pas par un « ça va péter » ! Et ça, c’est la faute du Grand Bullshit. Je file cette métaphore poétique parce que j’ai le sentiment qu’avec 2017 approchant, le Grand Bullshit va s’intensifier, prendre des dimensions bullshitesques qui feront passer Donald Trump pour un intellectuel et Eric Ciotti pour un humaniste, ou inversement. On va se marrer dans les chaumières à coups d’austérité par-ci, autorité par-là, assistant comme des bovins au passage du train médiatique, ruminant nos gaz méthane jusqu’à la prochaine fois, ballonnés et ballotés, victimes de notre impuissante clairvoyance. Il faut donc que nous, vous, #LesGens, continuions à parler, s’énerver, tenter des trucs, se liker les coudes et surtout partager les belles nouvelles idées.

Le Grand Bullshit doit être combattu, sinon ça va chier.